On entre à la Knesset comme dans un aéroport. Passeport, détecteurs à rayons X: il faut montrer patte blanche aux gardiens armés qui veillent sur le parlement israélien. C'est le prix à payer pour pénétrer au coeur du seul État démocratique au Moyen-Orient.

Isabelle Hachey

Trop démocratique, peut-être.

Israël est l'un des rares pays à utiliser la représentation proportionnelle pure. «Le Parlement reflète complètement la diversité de la population. C'est très démocratique, mais pas très gouvernable», dit Sergio Della Pergola, démographe à l'Université hébraïque de Jérusalem.

Les gouvernements reposent sur des coalitions de quatre ou cinq partis, souvent opposés idéologiquement. «Des petits partis ont le pouvoir de faire monter les enchères en échange de leur soutien. C'est pourquoi les partis religieux ont un poids politique nettement supérieur à leur poids démographique», ajoute M. Della Pergola.

Le système rend la politique israélienne divertissante: les ministres se querellent constamment entre eux sur la place publique. Mais pour Dan Ben-David, économiste à l'Université de Tel-Aviv, il n'y a pas de quoi rire. «Ce système fait ressortir le pire de tout le monde. Les politiciens ne s'occupent que de leurs groupes sectaires, religieux ou ethniques. Personne ne pense au pays.»

La marge de manoeuvre du premier ministre est infime, ajoute M. Ben-David. «Aucun ministre ne travaille pour lui. Ce sont de gros bonnets de leur parti, et chacun se pense le remplaçant naturel du premier ministre. Quand ce dernier fait quelque chose, tous ses ministres veulent faire le contraire, juste pour le faire tomber. Comment pouvez-vous diriger un pays comme ça?»

Impossible consensus

Le système bloque toutes les tentatives d'améliorer les conditions des Israéliens, regrette encore l'économiste. «Les bonnes idées que nous avons pour réformer l'éducation ou pour diminuer le chômage sont enterrées, parce que nous n'avons jamais de consensus.»

Dans les pires cas, le système menace carrément la sécurité nationale, en permettant par exemple à quelques dizaines de milliers de colons juifs d'influencer la politique israélienne dans les territoires occupés.

Le directeur de l'Institut d'études pour la sécurité nationale, Oded Oran, ne changerait pourtant de système pour rien au monde. «La société israélienne compte des groupes ethniques et religieux très différents. Ces groupes doivent absolument être représentés au parlement si l'on veut se prétendre une vraie démocratie.»