« L'espoir est comme le ciel des nuits : il n'est pas coin si sombre où l'œil qui s'obstine ne finisse par découvrir une étoile ». (Octave Feuillet)
Le Québec a perdu son enthousiasme et il a le mal de vivre. Il sent la mort. Il sent l'abandon. Il sent le désenchantement général. Le climat politique actuel permet de mesurer l'épaisseur de l'inintelligence collective, le marasme des esprits, l'égarement du plus grand nombre.
La grisaille assaille la totalité du panorama politique; l'écœurement se mesure à l'aune de l'indifférence généralisée; le dégoût obnubile les chercheurs de vérité; le mensonge détrône toutes les certitudes engrangées.
Pour se convaincre d'exister, les uns cherchent la voie du dénigrement et de la dérision; les autres espèrent l'explosion des cages et des prisons préfabriquées par des anonymes d'ici et d'ailleurs et, il va de soi, cherchent une ouverture vers la lumière.
Les solutions courageuses et positives disparaissent devant le plongeon dans la saleté collective. Afin d'essayer de faire triompher l'« autrement » mal défini, on s'amuse à patauger dans le merdier qu'inconsciemment, et depuis de nombreuses années, toute la collectivité a bâti, a élevé, a érigé en système.
La masse informe, nauséabonde, gluante colle à la peau. Les pestiférés n'osent pas imaginer qu'ils sont responsables du mal généralisé. Ils attaquent, au gré des courants d'opinion fabriqués, celui qui semble, en face d'eux, la cause de leur dégénérescence observée.
Il s'est passé quelque chose au Québec. Une chose est arrivée et a tué l'espoir. Ce quelque chose a éclipsé les chemins innovateurs, les alignements de l'histoire. Il a ébranlé la foi nouvelle et il a dispersé les solidarités créées, les convictions éprouvées, les ténacités cimentées.
L'individualisme a triomphé. Le chacun-pour-soi a démobilisé. La critique acerbe, les procès d'intention, les vulgaires allusions, les déclarations du passé, les fouilles systématiques des opinions ont assassiné les meilleurs, les vivants, les citoyens debout, les libérés. Je ne reconnais plus le Québec des grands projets. Je ne vois que le Québec aseptisé, rapetissé, dénudé.
Et pour se déculpabiliser du travail de sabotage bien orchestré, le pouvoir s'est amusé à creuser le dépotoir dans lequel toute la collectivité est plongée. Les assoiffés du pouvoir incapables de proposer quelque chose pour rassembler, se sont amusés à dessiner l'ampleur du mal démesuré. Ils ont scruté sa profondeur, son immensité, pensant qu'en faisant voir le mal dans sa généralité, les jeunes pousses allaient tout naturellement éclater. La soif du pouvoir a pensé qu'en fouillant dans le gâchis du passé, elle pourrait engendrer la confiance et préparer l'avenir espéré. Peine perdue. Le monde cherche de l'espoir. Il est fatigué de voir les fouilles cadavériques. Il en a assez de sentir ce que ça sent. D'entendre ce qu'il entend. De voir ce qu'il voit.
Le peuple se meurt et agonise dans l'histoire qui devait le faire naître, le créer, l'engendrer. Inconsciemment ou pas, quelque chose a procédé. J'ose nommer cette chose : c'est le pouvoir de l'argent ou l'argent qui achète le pouvoir. Mes chers concitoyens et concitoyennes, je vous demande de bouger. Je vous demande de vous réveiller. Je vous supplie de sortir de vos cocons et de vous solidariser pour autre chose qu'une liasse de dollars, qu'une grosse maison à payer, un gros char de la dernière année à acheter. Dans le ciel de nos nuits, il est possible de découvrir l'étoile cherchée. Elle porte un nom : générosité.