Trente-sept ans se sont écoulés pour que je me décide à écrire ces mots.
L'idée d'écrire à un journal m'était déjà venue avant cet appel à tous, suite à un incident survenu avec un des membres de ma famille sur le réseau social Facebook. Il est à noter que toute ma famille vit en Amérique du Sud, d'où je suis originaire.
Un de mes neveux a publié sur son mur une phrase à caractère homophobe. Cet événement a provoqué toute une tempête familiale car cela, soudainement, a fait remonter en moi toutes les souffrances et humiliations que j'ai vécues en silence pendant ma jeunesse.
Il faut dire que je suis d'orientation sexuelle homosexuelle.
Surpris par ma propre réaction, j'ai réalisé que les traumatismes défient le passage du temps et qu'il suffit d'un simple rappel pour que toutes les émotions rejaillissent intactes, comme si les événements étaient survenus hier.
Plus récemment, le suicide du jeune Ontarien Jamie Hubbley, le coming outde David Tiesto, ainsi que la publication intitulée «Mon coming out» écrite par Pierre Papineau-Legault et parue dans La Presse du samedi 19 novembre 2011, m'ont poussé, moi aussi, à faire mon propre coming out public.
Revenant à mon histoire personnelle, j'avais déjà réalisé que j'avais quitté mon pays parce que vivre mon homosexualité là-bas aurait été quelque chose d'étouffant, et que probablement, j'aurais fini comme ce jeune homme ontarien, étranglé par la discrimination, le mépris d'autrui et l'exclusion.
Je bénis cette terre qui m'a accueilli un jour, il y a de cela presque 25 ans aujourd'hui. Ici, enfin, je n'avais pas d'histoire et de plus, la tolérance envers l'homosexualité et le respect de l'individualité m'ont permis de me développer en tant qu'être humain. Ainsi suis-je devenu un travailleur social dans le domaine de la psychiatrie, en aidant la plupart du temps, des gens qui n'en peuvent plus de leur propre souffrance et qui veulent s'enlever la vie.
Mon rêve que l'homophobie soit éradiquée de toutes les familles vient de ma propre histoire et souffrance, mais aussi du constat que, même aujourd'hui, des milliers de jeunes souffrent en silence, pensant qu'ils sont les seuls au monde à vivre leur différence, car il n'y a pas d'éducation ni de respect envers tout ce qui est en dehors des valeurs traditionnelles des dites «bonnes» familles…
S'il n'y avait pas d'homophobie au sein de toutes et chacune des familles, il n'y aurait pas d'homophobie dans les écoles, dans les milieux de travail, dans le milieu du sport professionnel et j'en passe… voire dans la société tout entière. Je rêve d'un jour où toute différence sera acceptée grâce à l'apprentissage au sein de chaque famille de la diversité et de la différence, comme en témoigne l'essence unique et précieuse de chaque individualité humaine.