J'aurais aimé que ma sœur vive sa mort autrement. J'étais présente à ses côtés lorsque, plongée dans une profonde souffrance morale à cause d'une situation familiale complexe, ma sœur a demandé qu'on l'aide à mourir rapidement. On lui a exprimé clairement qu'on n'allait pas la laisser souffrir. En effet, on a apaisé ses douleurs physiques mais sans se préoccuper de sa détresse psychologique. Ma sœur est décédée un 18 décembre dans des conditions difficiles et je suis dans son souvenir. C'était une femme de courage, de jugement, de tolérance et elle aurait sûrement souhaité que mon message ressemble à celui-ci.
À l'heure où l'on parle de « mourir dans la dignité » et de soulager la douleur chez la personne en fin de vie, que ceux qui choisissent d'œuvrer en soins palliatifs se souviennent que des soins de qualité vont au-delà du décorum d'un lieu. La présence de personnes capables de chaleur humaine, d'authenticité, de compassion, aptes à assurer réconfort et soutien au mourant et à ses proches est légitime. Du professionnel au bénévole, être en mesure de discerner les vrais enjeux: saisir les besoins véritables jusque dans le non-dit, les souhaits, les attentes et faire du respect de ceux-ci une priorité. Et se rappeler que l'exercice est à refaire pour chaque individu.
L'expérience de fin de vie est incontournable et unique à chacun. À cette étape ultime, seul devrait prévaloir l'amour qui fut donné et reçu. Et même s'il y a manquement ou échec, que ceux-ci soient considérés comme un boni laissé en héritage par celui qui nous quitte et qu'on lui en soit reconnaissant. Il nous aura offert la possibilité de faire mieux pour ceux qui suivront, d'en tirer de précieuses leçons, d'élever notre conscience et d'apprivoiser un peu plus notre propre fin.