Cette chronique Projet espoir m'a ramenée cinq ans en arrière alors qu'avec un groupe de bénévoles québécoises, nous avions réalisé une activité semblable pour souligner la Journée de la femme. À ce moment, nous travaillions depuis trois ans avec des femmes d'origine maya dans l'une des zones les plus défavorisées de la capitale du Guatemala. Nous avions aménagé un atelier de couture, apportant tout le matériel nécessaire à la mise en place d'un lieu où des femmes pourraient apprendre à coudre pour améliorer leurs conditions de vie tout en profitant d'un local agréable afin de pouvoir échanger et partager leurs expériences de vie.
Déjà, nous avions connu une quarantaine de femmes en travaillant avec elles et, de ce nombre, il n'en restait plus qu'une dizaine. Les autres avaient dû abandonner pour diverses raisons bien souvent hors de leur volonté. Celles qui restaient, nous les connaissions bien même si, chaque jour, nous découvrions des aspects de leur réalité quotidienne qui nous laissaient sans voix. Par exemple, le fait qu'elles devaient se lever au milieu de la nuit pour faire le lavage car, dans leur quartier misérable, l'eau n'était distribuée que tous les huit jours. Il leur fallait donc se hâter car, après cette tâche, elles devaient pouvoir faire leur réserve d'eau dans des seaux pour la prochaine huitaine. Rien dans leur attitude, sauf la fatigue, ne laissait transparaître leur pénible quotidien. Toujours souriantes et bien mises, elles étaient pour nous une source d'inspiration constante dans notre travail bénévole. Elles nous donnaient de belles leçons de vie à nous qui vivions bien loin de ce genre de souci.
Cette année-là, lors de la Journée mondiale de la femme, nous avions eu l'idée d'échanger sur nos rêves de femmes. Québécoises et Guatémaltèques réunies autour d'une table, nous parlions de nos espoirs, de nos aspirations. Nous avions remarqué à quel point il leur était difficile d'exprimer un quelconque rêve. À la fin du repas, nous les avons quand même invitées à écrire sur une feuille l'un de leurs rêves et à le garder jusqu'à l'année suivante. Nous pourrions alors voir le chemin parcouru vers sa réalisation.
Un an plus tard, l'une d'elles, âgée d'environ 35 ans, nous a fait ce témoignage : « Écrire mon rêve m'a fait réaliser pour la première fois de ma vie que je pouvais avoir des rêves. Je n'avais jamais pensé à cela. Personne ne m'en avait parlé auparavant. Je me suis rappelée, au moment de l'écrire, qu'un jour ma mère en visite chez moi m'avait dit qu'elle avait toujours rêvé d'avoir une maison comme la mienne. Moi, je vivais dans cette maison, je prenais soin de mes enfants et je pensais que c'est tout ce qui m'arriverait jusqu'à la fin de mes jours, sans plus. Je n'avais jamais imaginé ma vie autrement. Pourtant, quand j'allais à l'école, j'avais de très bonnes notes, je gagnais des prix. Mais je n'ai jamais pensé que ça pourrait me permettre un jour d'aller plus loin. Tout en écrivant mon rêve l'an dernier, je me disais que j'avais déjà réussi quelque chose de plus que le rêve de ma mère. Aujourd'hui, je viens travailler, j'étudie, je m'occupe de mes enfants. Je réalise que je suis capable de faire tout ça. Et j'ai encore beaucoup d'autres rêves pour le futur.»
Puissent-elles, toutes les femmes dans le monde, réaliser qu'elles ont le droit d'avoir des rêves! Et surtout être convaincues qu'elles ont aussi le droit de les réaliser, particulièrement celles qui vivent dans un environnement de pauvreté, de guerre, d'exploitation, de violence, de discrimination.