Le snacking gagne en popularité depuis quelques années. Cinq questions pour mieux comprendre cette tendance.

Le snacking, c’est quoi ?

Oubliez les trois repas, matin, midi et soir. Lorsqu’il est question de snacking, on parle plutôt de cinq à sept « occasions de consommation par jour », indique Guillaume Mathieu, cofondateur d’ilot, entreprise spécialisée en stratégie et gestion de marque dans le domaine alimentaire. Il peut s’agir de consommer des collations entre des repas plus légers ou de carrément remplacer certains repas par des collations. On mange plus souvent, mais les portions sont plus petites. Une habitude qui gagne du terrain au Canada, révèle une étude publiée dans Bouillon, guide annuel destiné à l’industrie agroalimentaire produit par ilot. « Les deux tiers des Canadiens aiment mieux manger plusieurs petits repas tout au long de la journée plutôt que quelques gros repas. Ce nombre a connu une augmentation significative de 13 % depuis 2019 », explique Guillaume Mathieu. Existe-t-il un équivalent français au terme snacking ? « Collation », peut-être ? « Moi, je mets toujours entre guillemets, “snack”, “snacking”, parce qu’en français, quand on dit “collation”, ça n’envoie pas le signal de remplacement d’un repas par un plus petit plat », répond l’expert en agroalimentaire.

N’est-ce pas une habitude liée à la pandémie ?

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Guillaume Mathieu, cofondateur d’ilot

Grignoter à tout moment de la journée, n’est-ce pas une pratique qui a beaucoup été observée lors d’une période pas si lointaine qu’on préfère oublier ? « On parle plus de snacking depuis la pandémie, depuis qu’il y a plus de gens qui travaillent à la maison, confirme la nutritionniste Marie-Ève Caplette, de Québec. Le frigo est souvent à côté, donc c’est plus facile d’aller se chercher des collations. » Or, pendant cette période anxiogène, les gens grignotaient surtout pour se désennuyer ou pour atténuer leur stress, note Guillaume Mathieu. Des motivations différentes animent les adeptes du snacking en 2024.

Pourquoi le snacking gagne-t-il en popularité ?

Qu’est-ce qui pousse les gens à délaisser les trois repas par jour et à préférer les collations ? D’abord, l’aspect pratique. « J’ai l’impression que le snacking est populaire chez les personnes pressées, les gens qui mangent en se déplaçant ou qui ont moins de temps pour préparer un gros repas », observe Marie-Ève Caplette. Le plaisir est également un élément recherché, ajoute Guillaume Mathieu. Certains restaurants ou entreprises alimentaires mettent de l’avant ces deux aspects quand vient le temps de faire la promotion de leurs produits. L’expert en agroalimentaire donne l’exemple du wrap éclair chez McDonald’s : il est facile à manger d’une seule main et comble les envies malgré son format réduit. Un mélange de noix à la saveur de gâteau de fête est une autre illustration de collation à la fois pratique et ludique. Finalement, l’aspect financier entre aussi en jeu pour certains. « C’est moins cher de manger une barre protéinée pour dîner que de manger un repas complet et équilibré », souligne Guillaume Mathieu.

Est-ce une pratique alimentaire qui convient davantage à certains types de personnes ?

Le snacking peut bien répondre aux besoins des sportifs, indique la nutritionniste Marie-Ève Caplette. « Si, par exemple, je vais m’entraîner pas trop longtemps après le dîner, c’est une meilleure idée de manger un plus petit repas et de manger un autre petit repas après l’entraînement. » Les gens en télétravail peuvent également tirer avantage de cette pratique, croit-elle. L’horaire plus flexible permet de se nourrir lorsqu’on a réellement faim, « pour remplir notre niveau d’énergie » et non seulement parce qu’il est midi et que c’est l’heure de la pause.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-ÈVE CAPLETTE

Marie-Ève Caplette, nutritionniste

C’est une belle occasion de se reconnecter à nos signaux.

Marie-Ève Caplette, nutritionniste

Car, en fin de compte, c’est ces signaux de faim et de satiété qui devraient nous guider quand vient le temps de s’alimenter. La nutritionniste Audrey-Ann Brunelle, de Laval, met d’ailleurs en garde les gens qui auraient envie d’adopter le snacking pour suivre une tendance. « Quelqu’un qui collationne à tout prix, pour moi, ça n’a pas nécessairement de sens. » Elle prône une approche flexible, qui peut varier de jour en jour, dans laquelle on écoute sa faim et on mange lentement, sans être distrait.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Audrey-Ann Brunelle, nutritionniste

Des gens vont collationner […] par ennui ou parce qu’ils ont besoin d’une pause dans leur travail. La collation a 100 % sa place, mais si tu collationnes pour collationner, simplement par besoin de distraction, pour apaiser certaines émotions négatives ou comme méthode de gestion du stress, ce n’est pas souhaitable.

Audrey-Ann Brunelle, nutritionniste

Quelle est la réponse de l’industrie alimentaire ?

Cette tendance qu’ont les gens de multiplier les collations dans leur journée se reflète dans l’offre alimentaire. La croissance annuelle du marché des collations au Canada est estimée à plus de 5 %, de 2024 à 2029, selon la firme Statista. « C’est quand même beaucoup parce qu’en ce moment, avec la forte inflation, les gens ont réduit leur panier d’achats », observe Guillaume Mathieu. Or, avec cet engouement viennent deux désavantages, selon la nutritionniste Marie-Ève Caplette : la qualité nutritionnelle qui n’est pas toujours au rendez-vous et le suremballage. Deux problèmes qu’on peut contourner en cuisinant soi-même ses collations, croit-elle. Bien consciente que tous n’ont pas le temps de le faire, elle souligne que des producteurs et des distributeurs de fruits de légumes offrent des options intéressantes pour les collations, comme des tomates raisins ou des concombres libanais, dont le format est petit et pratique. « On n’a pas besoin de les couper ou de les préparer », résume-t-elle.

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