Étoiles montantes de la restauration, institutions qui résistent à l’épreuve du temps, perles cachées… nos critiques y plongent leur fourchette et vous aident à faire des choix avisés. Cette semaine, arrêt assoiffé sur une des plus belles terrasse de Montréal, au Moqueur.

Vous n’avez sans doute pas entendu parler de Moqueur, mais peut-être de son prédécesseur, Agrikol, un restaurant spécialisé en cuisine haïtienne qui s’est fait connaître à l’époque par ses célèbres copropriétaires Régine Chassagne et Win Butler, d’Arcade Fire.

Le chef Paul Toussaint étant parti pour ouvrir son restaurant Kamúy au centre-ville, l’endroit a été investi depuis l’automne dernier par une autre sorte de cuisine, qui nous vient aussi du Sud : celle de la Louisiane. Un projet qu’on doit au quatuor de propriétaires (Jean Philippe Bouchard, Alexandre Théberge, François Chamberland, Charles Landry) derrière la populaire Taverne Midway, au centre-ville, et la Taverne Marion, dans le Village.

  • Un plat de saison : les asperges

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Un plat de saison : les asperges

  • Le po-boy au poulet croustillant

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Le po-boy au poulet croustillant

  • Les cocktails sont la principale raison de visiter Moqueur.

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Les cocktails sont la principale raison de visiter Moqueur.

  • Le très réussi dirty martini du Moqueur

    PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

    Le très réussi dirty martini du Moqueur

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Mais les deux principales raisons pour visiter cet établissement du quartier Centre-Sud sont, d’abord, sa magnifique terrasse, cachée à l’arrière, et son excellent programme cocktail.

On accède à la terrasse, qui se dévoile comme une oasis au cœur du bitume, en empruntant le petit passage à gauche de l’entrée du restaurant. On pourrait croire à deux entités distinctes tellement les espaces ont chacun leur personnalité. Pas que l’intérieur, qui compte un bar et une mezzanine, ne soit pas joli, mais indéniablement, cette terrasse a un charme et une ambiance uniques, avec son plancher en damier, ses arbres, ses plantes et sa déco qui nous transporte ailleurs.

Nous y étions pour l’apéro, une des belles premières journées de mai, mais nul doute que plus les heures s’allongent, plus l’ambiance est à la fête ici. La clientèle est mixte, plutôt jeune ; touristes, groupes d’amis, couples, gens de tout genre et de tout style s’y mêlent.

  • La magnifique terrasse du Moqueur, idéale pour célébrer les beaux jours

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    La magnifique terrasse du Moqueur, idéale pour célébrer les beaux jours

  • La façade, peinte en blanc, est facilement reconnaissable. Une terrasse a été ajoutée côté rue.

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    La façade, peinte en blanc, est facilement reconnaissable. Une terrasse a été ajoutée côté rue.

  • Vue sur le bar, à l’intérieur

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Vue sur le bar, à l’intérieur

  • À l’intérieur, ce coin lounge de la mezzanine apporte une tout autre ambiance.

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    À l’intérieur, ce coin lounge de la mezzanine apporte une tout autre ambiance.

  • Une partie de l’équipe du Moqueur : Cédrik Lemay (gérant), les mixologues Louis Roberge et Anthony Shea et, en cuisine, Jaydon Bernicky, Antoine Plante et Paul Abraham

    PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

    Une partie de l’équipe du Moqueur : Cédrik Lemay (gérant), les mixologues Louis Roberge et Anthony Shea et, en cuisine, Jaydon Bernicky, Antoine Plante et Paul Abraham

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Devant la carte à boire, notre cœur balance. C’est que le choix est vaste et alléchant. Il fait chaud, donc j’opte pour une barbotine festive : la Grand Margarita (tequila, Grand Marnier) avec purée de kiwi et fruit de la passion, un mélange tropical absolument gagnant. L’amoureux se rafraîchit avec un pisco sour dont l’acidité de l’ananas est relevée par l’argousier. On est charmés.

Suivront un des meilleurs dirty martinis que j’ai bus, grâce au côté crémeux d’une vodka fat washed au beurre clarifié et à un mélange de céleri, poivron et oignon, ainsi qu’une autre création, le Rumble Bee, mélange de rhum, de café et d’épices mettant en vedette un « oléo-saccharum » de miel. Cette technique signifiant « huile-sucre » date du XIXe siècle et consiste à extraire les huiles essentielles des pelures d’agrumes grâce au sucre.

Bref, de l’inventivité et de la créativité, il y en a au cube ici. Du moins, du côté liquide. On aurait aimé retrouver le même dévouement dans l’assiette.

Moqueur est un bar avant tout. L’accent est mis sur l’expérience, l’ambiance, la carte des cocktails et des vins (excellente sélection de pet nat, d’ailleurs), et moins sur la nourriture. Mais aujourd’hui, tout bar digne de ce nom propose quelques articles pour se sustenter à ses clients. C’est une belle occasion de se démarquer.

Le plus décevant fut le sandwich po-boy, sorte de sous-marin originaire de la Louisiane ; on avait opté pour celui à l’épaule de bœuf au jus. Le pain baguette, ordinaire, est devenu détrempé en moins de deux par la garniture en sauce. Les saveurs étaient fades. On passe.

On offre ici quelques préparations à la sauce « blackened ». Différent des épices cajuns, ce mélange d’épices louisianais (paprika, chili, cumin, thym, poivre, etc.) sert à assaisonner les protéines, ensuite grillées à feu vif. Les crevettes ainsi apprêtées étaient correctes, mais l’explosion de saveurs recherchée n’était pas au rendez-vous.

Parmi les bons coups : des frites juliennes ultracroustillantes cuites dans le gras de canard avec épices cajuns et mayo à la truffe. Une petite décadence. Le poulet frit, très satisfaisant et croustillant, avec sa mayo aux épices créoles. L’idée d’un gratin à la chair de crabe de roche était séduisante, mais le résultat, un peu grossier.

Ah, et il ne faut pas passer sous silence les sauces piquantes maison ; on vous apporte une incroyable variété aux degrés de chaleur variables dans un petit panier. J’en ai rarement vu autant dans un établissement, et elles sont franchement incroyables !

Bref, il y a matière à amélioration côté bouffe, mais je crois qu’un petit coup de barre et quelques ajustements pourraient faire une grande différence. En attendant, j’y retournerai avec plaisir me faire surprendre par la créativité des mixologues.

Prix

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Le Moqueur

Les huîtres fraîches et gratinées sont au menu ; une vingtaine de dollars pour 6 et un peu plus de 35 $ pour 12. Les sandwichs po-boy se détaillent entre 21 $ et 28 $. Les plats à partager vont de 12 $ pour les frites à 23 $ pour les crevettes. Les cocktails tournent autour de 15 $ et il y a des vins au verre à partir de 12 $.

Bon à savoir

Vous pouvez réserver, mais pas sur la terrasse ; c’est premier arrivé, premier servi. La terrasse est accessible aux personnes à mobilité réduite, mais pas les toilettes, qui se trouvent à l’étage. L’équipe du Moqueur vient d’ouvrir à côté, dans l’ancien Petit Agrikol, Chez Miller, un bar sportif et karaoké !

Information

Ouvert du mardi au jeudi de 17 h à 23 h, puis les samedis et dimanches de 17 h à minuit. Les mineurs sont admis sur la terrasse, mais pas à l’intérieur.

1844, rue Atateken, Montréal

Consultez le site du Moqueur