(Saint-Ambroise) À l’approche des Fêtes l’an dernier, la file d’attente s’étirait longuement devant le Baron BBQ, avant même l’ouverture. Nourri par le bouche-à-oreille et une grande couverture médiatique, l’engouement pour la tourtine était tel que les propriétaires de ce jeune restaurant, situé dans un village paisible du Saguenay, ont dû barricader les fenêtres de leur établissement. Un an plus tard, la demande ne faiblit pas.

Publié le 19 déc. 2021
Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

« Je pensais que ça allait juste faire rire le monde un peu et faire jaser, mais c’est devenu la folie furieuse, se souvient Julien Fortin, attablé dans le restaurant aux airs de saloon duquel il est chef et copropriétaire. Des line-up jusqu’à l’autre bout du village, à -40 °C, trois heures à l’avance, à cogner dans les fenêtres. Il y a du monde qui rentrait par en arrière à minuit le soir. C’était incroyable. »

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La tourtine est servie avec de la salade de chou et des légumes locaux marinés.

Vous pensez qu’il exagère ? Il faut entendre ce client interviewé par une journaliste de Radio-Canada le 20 décembre 2020. « Hier, on était 170e et ils ont bloqué juste devant nous autres, car ils n’en avaient plus. Donc, on est revenus tôt pour n’avoir personne devant nous. »

Un achalandage d’autant plus étonnant que le restaurant est situé sur une route passante certes (la 172, qui relie le Saguenay au Lac-Saint-Jean), mais dans une petite municipalité, Saint-Ambroise, qui compte moins de 4000 habitants. Malgré les foules, encore à ce jour, de nombreux Saguenéens et Jeannois n’ont pu goûter le fameux plat.

Comme son nom le laisse deviner, la tourtine résulte de l’union entre la tourtière, telle qu’on la cuisine au Saguenay–Lac-Saint-Jean, et la poutine. La tourtine du Baron BBQ diffère de celle lancée par le restaurant Au Pied de cochon il y a plusieurs années. Pas de frites ici, mais des pommes de terre (locales) en cubes. Porc effiloché, brisket (poitrine) de bœuf, cheddar en grains et sauce demi-glace au foie gras complètent cet assemblage que Julien Fortin n’hésite pas à qualifier de « gastrotrash ».

Les gens me demandent : « Tu penses vraiment qu’on mange huit là-dessus [le seul format offert pour les Fêtes] ? » Je te le garantis et il va t’en rester demain !

Julien Fortin, chef et copropriétaire du Baron BBQ

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Julien Fortin, chef et propriétaire du Baron BBQ, pose devant l’un des deux fumoirs de l’établissement qui fonctionnent toute l’année.

Les viandes utilisées dans la tourtine séjournent dans les imposants fumoirs, situés à l’extérieur du restaurant, pendant près de 16 heures. Une fumaison qui donne au plat un petit goût texan fort agréable, carte de visite du Baron BBQ. Si certains ont crié au sacrilège de voir la tourtière traditionnelle ainsi dénaturée, Julien Fortin ne s’en fait pas outre mesure.

C’est justement l’envie de se démarquer qui est à l’origine de la tourtine. Leur plan d’ouvrir un restaurant ayant été bousculé par la pandémie, Jean-Sébastien Gauthier et Julien Fortin, qui était revenu dans sa région natale pour se consacrer à ce projet, ont dû revoir leur stratégie.

1000 par semaine

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Baron BBQ affiche ses couleurs, en bordure de la route 172, à Saint-Ambroise.

« Je ne voulais pas être une autre personne qui fait simplement de la tourtière, dit Julien Fortin. On a pensé à la tourtine. J’en ai fait 30, je les ai vendues en cinq minutes. J’en ai fait 400 la semaine d’après. Et 1000 la suivante. » De jour comme de nuit, des équipes travaillaient à la fabrication des tourtines. Prévue comme une offre saisonnière, la tourtine est maintenant vendue toute l’année. Des variations sur le même thème, nommées la « sea-pout » et la « pourtiére » ont même été créées.

Si cette fois, les restaurateurs sont mieux préparés, ils admettent qu’ils auront encore de la difficulté à satisfaire à la demande pour le temps des Fêtes. « On a un potentiel d’en fabriquer entre 800 et 1000 par semaine. C’est bon, mais pas assez pour répondre à la demande. » Afin de distribuer son produit à l’extérieur de la région, le duo avait fait affaire avec un sous-traitant l’an dernier, mais l’instabilité du produit et la perte de son côté artisanal ne lui a pas plu. Pour s’en procurer ailleurs au Québec, il faut désormais guetter les arrivages sur le marché en ligne Maturin. Dans la région, des tourtines congelées à emporter sont offertes au restaurant de Saint-Ambroise ainsi qu’au local du Baron BBQ, situé au centre-ville de Chicoutimi.

La tourtine de Baron BBQ a fait des émules ailleurs dans la province, parfois avec la bénédiction de ses créateurs… Mais gare aux imposteurs !

Il y a beaucoup de monde qui l’a fait et j’encourage encore les gens à le faire. On ne fournit pas, de toute manière. Mais faites votre version. Les possibilités sont infinies.

Julien Fortin, chef et copropriétaire du Baron BBQ

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Julien Fortin sort une tourtine du four. Celle-ci est prévue pour servir huit personnes.

Ce qu’il n’a pas apprécié, c’est d’en voir d’autres se faire passer pour eux. « “La vraie authentique tourtine texane” livrée en arrière du Couche-Tard, au nord du lac, on a vu ça. C’est là que ça devient ambigu, dans l’appellation et l’affichage. Après, je reçois des plaintes de gens comme quoi ce n’était pas bon. Ça, ç’a été dur. »

Avec la tourtine, les deux entrepreneurs ont trouvé la façon d’exploiter, de façon viable, leur restaurant à longueur d’année. L’été, ils reçoivent les convives en plein air, parfois en formule souper-spectacle, dans un grand stationnement où assiettes de brisket texane, côtes levées, porc effiloché, saucisses maison et poulet BBQ sont servis. Cet hiver, ce sont des motoneigistes qui sont attendus ; le Baron BBQ ayant officiellement obtenu le titre de relais. « On veut devenir une destination », résume Julien Fortin.

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