La critique de restaurants prend un nouveau virage à La Presse. Comme toujours, nos critiques vous racontent leur expérience en soulignant les bons et, parfois, les moins bons coups. Mais nous vous expliquons désormais le choix d’un restaurant ou d’un autre. Nous vous présentons aussi l’équipe en salle et en cuisine. Cette semaine : La Belle Histoire

Publié le 7 nov. 2021
Iris Gagnon-Paradis
Iris Gagnon-Paradis La Presse

Pourquoi en parler ?

Il y a d’abord l’endroit, mythique, où La Belle Histoire s’est installé, soit l’ancien Bistro à Champlain, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. En 2019, le couple composé du chef Étienne Demers et de la sommelière Sophie Allaire (qui connaît Champlain et Monique Charest depuis l’enfance) s’est fait offrir l’incroyable occasion de redonner vie à l’endroit, fermé depuis 2014. Nommé trois fois aux derniers Lauriers de la gastronomie, La Belle Histoire a remporté le prix, collectif cette année, de Meilleur restaurant, et Sophie Allaire, celui du Meilleur service en salle. Alors que la région des Laurentides, longtemps réputée pour ses excellentes tables, semble profiter d’un nouvel élan, ce restaurant est tout simplement un incontournable à visiter.

Qui sont-ils ?

  • Le chef copropriétaire Étienne Demers, au centre, flanqué, à gauche, du pâtissier Benjamin Brouillard et, à droite, du sous-chef Félix Carrier et de Renaud Letellier

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Le chef copropriétaire Étienne Demers, au centre, flanqué, à gauche, du pâtissier Benjamin Brouillard et, à droite, du sous-chef Félix Carrier et de Renaud Letellier

  • L’équipe en salle : Mélanie Simard, la copropriétaire et sommelière Sophie Allaire, Geneviève Gaudette et Maggie Boucher

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    L’équipe en salle : Mélanie Simard, la copropriétaire et sommelière Sophie Allaire, Geneviève Gaudette et Maggie Boucher

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Le chef Étienne Demers est passé par des établissements montréalais reconnus comme Accords et Hoogan et Beaufort ; Sophie Allaire a exercé son métier à des tables comme Marconi et Joséphine. Ces derniers sont appuyés par une petite équipe solide et très impliquée : la sommelière souligne avec fierté avoir gardé tous ses employés durant la difficile période de fermeture des salles à manger ; parmi eux, Félix Carrier, sous-chef, Renaud Letellier, le boulanger maison qui mitonne les pâtes fraîches et aussi des desserts (avec le nouvel appui du pâtissier Benjamin Brouillard), ou encore Mélanie Simard, qui signe la carte des cocktails, et Maggie Boucher qui, en plus d’y travailler comme suiteuse, est aussi la photographe officielle de l’endroit… et son papa, un pêcheur sur le lac Saint-Pierre qui fournit ses délicieuses prises au restaurant.

Notre expérience

  • La Belle Histoire s’est installé dans l’ancien Bistro à Champlain.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La Belle Histoire s’est installé dans l’ancien Bistro à Champlain.

  • La salle à manger est décorée sobrement et avec goût.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La salle à manger est décorée sobrement et avec goût.

  • Les œuvres d’art qui ornent les murs, signées Louise Prescott (la maman de Sophie Allaire), témoignent d’une continuité avec le Bistro à Champlain, où on pouvait admirer entre autres des toiles de Riopelle.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Les œuvres d’art qui ornent les murs, signées Louise Prescott (la maman de Sophie Allaire), témoignent d’une continuité avec le Bistro à Champlain, où on pouvait admirer entre autres des toiles de Riopelle.

  • La deuxième partie de la salle à manger, vitrée, offre une vue sur le lac Masson.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La deuxième partie de la salle à manger, vitrée, offre une vue sur le lac Masson.

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Ayant déjà visité La Belle Histoire pour un article sur le renouveau gastronomique des Laurentides, nous savions un peu à quoi nous attendre en nous attablant, par un vendredi soir frisquet de fin octobre, à l’invitante salle du restaurant, décorée avec goût avec ses banquettes de velours sarcelle, et dont les murs aux larges poutres en pin rappellent l’âge vénérable de cet ancien magasin général datant de 1864, que Jean Paul Riopelle avait convaincu Champlain Charest d’acheter dans les années 1970.

Relisez notre article « Laurentides : le Nord par la fourchette »

À quoi nous attendre, donc ? À une cuisine du marché précise, soignée et élégante, mettant en valeur les produits de la région, toujours en phase avec les saisons. À un service super professionnel, juste assez décontracté, jamais pincé. À une ambiance chaleureuse et accueillante dans un cadre d’exception.

Et c’est exactement à tout cela que nous avons eu droit pour notre petite famille de trois. Le chef est un as lorsque vient le temps de composer des assiettes qui savent faire briller les produits de la plus savoureuse des façons. Il le fait avec beaucoup de finesse et d’esthétisme, et on se régale avec ses sauces exécutées de main de maître, ses protéines apprêtées à la perfection, ses légumes travaillés avec minutie.

  • Entrée mettant à l’honneur l’esturgeon fumé, tout en délicatesse

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Entrée mettant à l’honneur l’esturgeon fumé, tout en délicatesse

  • La pintade, une assiette tout simplement impeccable

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    La pintade, une assiette tout simplement impeccable

  • Un étonnant gâteau incorporant le topinambour

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Un étonnant gâteau incorporant le topinambour

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À La Belle Histoire, chaque plat semble avoir son histoire. Comme cette entrée d’esturgeon, fraîchement pêché par le papa de Maggie, qui est livré entier au resto, éviscéré, levé en filets, saumuré, cuit et fumé sur place. Une entrée tout en délicatesse, aux saveurs plutôt subtiles, qui se présente avec de fines tranches et purée de céleri-rave, du daikon en rondelles et de petits morceaux d’amande.

L’autre entrée, réussie sans être notre favorite de la soirée, offrait un mariage intéressant de saveurs, et beaucoup de textures : tofu soyeux maison (un peu granuleux), sucrine grillée, pétales d’oignon rouge marinés, oignons caramélisés, chips de pommes de terre, brins de mizuna, sumac. Original (et végétalien) !

En plat principal, impossible de résister aux deux viandes au menu : l’agneau du Québec et la pintade. Le premier est servi de deux façons, grillé et braisé. La viande, d’une tendreté absolue, était bien accompagnée : bette à carde, fèves plates, navets japonais, le tout nappé d’un délicieux jus de viande. Il faut redemander une deuxième portion du très bon pain au levain maison (et se battre avec fiston pour qu’il nous laisse une part) pour ne pas en perdre une goutte.

Provenant de la ferme Plume des Champs, à Rigaud, la pintade était irréprochable : peau qui croustille sous la dent, chair juteuse et tendre, séduisante sauce à la truffe, le tout servi (ce soir-là) avec de charnues feuilles de choux de Bruxelles, des champignons maitakés, des échalotes marinées : une explosion de saveurs créant un parfait équilibre en bouche.

En dessert, l’émerveillement continue. On a droit ici à des propositions étonnantes, où brillent les légumes comme la courge confite au miel ou encore le gâteau étagé à la purée de datte et au crémeux de topinambour caramélisé (dont les pelures, frites, ornent le dessus du gâteau), un jeu autour du classique gâteau Reine Élizabeth qui nous a vraiment ravis, servi avec un sorbet à la poire et des petits carrés croustillants au sésame.

Dans notre verre

  • Aperçu de la très convaincante carte des vins de La Belle Histoire

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Aperçu de la très convaincante carte des vins de La Belle Histoire

  • Classique de la carte des cocktails, le Champlain rend hommage à l’histoire des lieux et marie gin Barr Hill, liqueur de sureau, miel d’Anicet et concombre.

    PHOTO MAGGIE BOUCHER, FOURNIE PAR LA BELLE HISTOIRE

    Classique de la carte des cocktails, le Champlain rend hommage à l’histoire des lieux et marie gin Barr Hill, liqueur de sureau, miel d’Anicet et concombre.

  • Un autre cocktail parfois à la carte, l’Alter Rain

    PHOTO MAGGIE BOUCHER, FOURNIE PAR LA BELLE HISTOIRE

    Un autre cocktail parfois à la carte, l’Alter Rain

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Sur sa carte à boire, Sophie Allaire se fait un point d’honneur de consacrer une page entière aux vins québécois, en plus de proposer plusieurs cidres, bières et spiritueux locaux. Vous y trouverez des vignobles en vue (Pinard et Filles, Negondos, Domaine du Nival) et plusieurs découvertes. Le reste de la carte s’accorde bien avec la cuisine du chef : des vins légers, bien équilibrés, dont plusieurs jus natures ou bio, comme le Vej 180 du vignoble italien Podere Pradarolo, dégusté avec notre repas, un vin de macération floral, tout en fraîcheur. Mention spéciale à la carte des cocktails, originale, avec plusieurs choix de mocktails.

Combien ?

Des produits d’exception, locaux, artisanaux, travaillés avec soin, tout cela a un prix : lors de notre passage, les entrées se détaillaient enture 16 $ et 21 $ et, outre le plat de pâtes fraîches du moment, à 30 $, les trois autres plats principaux tournaient autour de 50 $. Les cocktails maison et les desserts sont proposés à environ 15 $ chacun.

Bon à savoir

La carte de La Belle Histoire change chaque semaine, selon les arrivages et inspirations de saison — au bas du menu de la semaine, vous trouverez toujours mentionnés les fournisseurs du moment. Il y a généralement une entrée et un plat principal végétarien, et toujours la possibilité de commander une assiette de pâtes fraîches toute simple pour les enfants. Des escaliers sont situés à l’entrée du restaurant, mais on nous glisse à l’oreille que les personnes à mobilité réduite ont leur entrée VIP et peuvent passer par l’entrée de la cuisine, plus facilement accessible, au besoin.

Information

La Belle Histoire est en action du jeudi au samedi, de 17 h 30 à 21 h 30. Les réservations sont hautement recommandées.

75, chemin Masson, Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

Consultez le site de La Belle Histoire