Peut-on encore réinventer la restauration comme on l’a réinventée durant la dernière décennie ? Peut-on trouver de nouvelles formules, de nouvelles approches, de nouveaux modèles d’affaires ?

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Si les années 2010 ont été marquées par l’arrivée des « food trucks » nouveau genre, surtout en milieu urbain, ces cantines ambulantes qui ont apporté de la nourriture intéressante dans des lieux improbables — en commençant par les champs de béton du Stade olympique à Montréal ! —, réinventant du même coup les formats, les prix et les saveurs accessibles au quotidien, de quoi sera fait l’avenir ?

De livraison à domicile ? De cuisine simplifiée ?

Non ça, les UberEats, les Foodora et tous les Cook It du monde entier l’ont déjà mis en place.

Idée : et si la tendance du moment était du côté des « food courts » ? Des aires de restauration nouveau genre qui réinventent la formule de la même façon que les artisans de la cuisine de rue ont fait éclater les carcans il y a 10 ans.

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Le resto Charles-Antoine Crète et Cheryl Johnson au TimeOut Market

Ce n’est pas un restaurant, ce n’est pas un kiosque dehors, à roues ou pas. Ce sont des lieux où des restaurants proposent un échantillon de leur offre, réunis dans des espaces où les consommateurs peuvent faire chacun leurs choix et manger ensemble à des tables communes.

À Montréal, la tendance est là.

En 2019, deux de ces lieux ont ouvert : le Central, angle boulevard Saint-Laurent et rue Sainte-Catherine, et le TimeOut Market, dans le Centre Eaton, rue Sainte-Catherine Ouest. Et ouvrira sous peu un troisième, le Cathcart, à la Place Ville Marie réaménagée. 

Avant Noël, je suis allée essayer le Central et le TimeOut, voici ce que ça a donné.

D’abord, le TimeOut Market

TimeOut, c’est la marque d’un magazine au départ britannique, qui s’est déclinée dans le monde depuis 50 ans, en papier puis en ligne, en s’attachant à des villes, pour informer les lecteurs sur ce qu’il y a à faire : restaurants, culture, magasinage… Récemment, la marque a pris un autre chemin : l’ouverture d’aires de restauration réunissant ce qui se fait de mieux en ville. C’est ainsi qu’en 2014, le TimeOut Market Lisbonne a ouvert, puis ceux de Boston, New York, Miami. Et de Montréal.

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On trouve un comptoir Club Chasse et Pêche au TimeOut Market.

Ici, les meilleurs restaurants en ville sont représentés. Toqué !, Foxy, Club Chasse et Pêche, Montréal Plaza… La formule est simple : on commande au comptoir que l’on veut et on mange dans un espace central.

Il y a aussi une zone où on peut boire de l’alcool : du vin, des cocktails, de la bière. 

J’y suis allée à quelques occasions. J’ai réellement apprécié la qualité de la nourriture. Omble et betterave avec blinis et crème sure chez Club Chasse et Pêche, bourgots façon escargots de Bourgogne, un peu rétro, chez Charles-Antoine Crète et Cheryl Johnson, truite et salade de chou avec canard effiloché chez Foxy. 

Les plats sont à la hauteur de ce qui se fait dans les établissements.

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Il y a aussi au TimeOut Market une zone où on peut boire de l’alcool : du vin, des cocktails, de la bière. 

Mais j’ai néanmoins quelques réserves face à ce « market ».

Quand je paie 80 $ pour de la nourriture et du vin en soirée, tout inclus (50 $ pour de la salade de chou, une assiette de truite et une autre de patate douce chez Foxy et 30 $ pour un grand verre de vin nature), ou une trentaine de dollars pour un dîner (30,34 $ pour une assiette d’omble et des légumes chez Club Chasse et Pêche), je n’ai pas envie de me battre pour trouver une place où m’asseoir, comme si j’étais dans une cafétéria de centre de ski un midi de week-end en janvier. Or, c’est ce qui s’est passé les deux fois où je suis allée au TimeOut Market, qui était plus que bondé. Aussi, il faut commander, payer et attendre avec un gadget électronique qui nous avertit quand notre assiette est prête. Si on est trois personnes avec trois commandes différentes à trois comptoirs, il faut interrompre les conversations, choisir qui reste à table pour surveiller les affaires et ne pas se faire prendre sa place, pendant que l’un ou l’autre part chercher la nourriture. Puis il faudra récupérer le vin à un autre comptoir, où il faudra attendre en ligne. Pas relax.

L’expérience est en décalage avec la qualité de ce qui est dans l’assiette. 

Puis, le Central

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Un espace pour manger face à la Mignonette du Central

Au Central, c’est différent.

Les restaurants qui s’y sont installés sont plus terre à terre. Il y a un petit indien, le Super Qualité, un comptoir qui propose du poulet portugais grillé avec des frites à 10,95 $ – suggestion d’ailleurs pour la Cantine Emilia : des frites de patates douces. De délicieuses crêpes au caramel Chez Milo et Fine, ou des plats d’huîtres sans façon chez Mignonette. Je recommande aussi fortement la pizza chez Heirloom – croûte à la fois craquante et moelleuse, garnitures généreuses. 

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Le comptoir de Morso au Central

Là aussi, j’y suis allée deux fois. Et chaque fois, trouver de la place pour s’asseoir n’a pas été difficile du tout. Un soir, on y est allés en groupe, pour célébrer un anniversaire, et c’était particulièrement adapté comme formule. Chacun prend ce qu’il veut, incluant du vin. On se retrouve ensemble sur une longue table à pique-nique. Pas besoin d’aller dans une section particulière pour boire de l’alcool. Les enfants jouaient autour de nous. Relax.

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Chez Milo et Fine, au Central

Est-ce que la qualité des plats est la même ? Non. Mais c’est une coche au-dessus de la cuisine de rue. Et plus varié et intéressant que dans les aires des centres commerciaux traditionnels.

Est-ce que j’y retournerai ? Avec plaisir. Au TimeOut ? Pas sûre.

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La Cantine Emilia du Central

TimeOut Market, 705, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 514 370-3883, https://www.timeoutmarket.com/montreal/

Le Central, 30, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, lecentral.ca