Le Bar Mamie est le projet de trois jeunes restaurateurs allumés qui ont décidé, malgré la pandémie, d’ouvrir leur établissement au mois de mars comme ils l’avaient prévu, avec une offre pour emporter. Depuis, ils ont pu enfin accueillir les premiers clients dans leur salle — et surtout sur leur très achalandée terrasse — en bonne et due forme.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

En ce vendredi soir du début de septembre, on a l’impression d’attraper les derniers rayons de l’été même si une petite fraîche se fait sentir, signe annonciateur que l’automne reprendra bientôt ses droits. Il est 17 h 30 lorsque nous arrivons devant le Bar Mamie, qui occupe l’intersection des rues Beaubien Est et Drolet, dans La Petite-Patrie. La terrasse, joliment aménagée dans un souci de distanciation, est pleine ; s’y côtoient amis, couples, petites familles, signe que l’endroit a déjà été adopté par la faune du quartier.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le Bar Mamie a installé une terrasse, à l’angle des rues Beaubien Est et Drolet, fort courue par beau temps.

Décidés à profiter d’une des dernières soirées assez chaudes, sans doute, pour manger dehors, nous décidons d’attendre. Une petite file se forme derrière nous, certains optant pour la salle, à l’intérieur, chaleureuse avec ses murs en bois et ses décorations rétro bigarrées.

Trente minutes plus tard, notre patience est récompensée et voici qu’apparaît notre table pour deux. Vite, à boire ! Notre serveur, empressé et d’une gentillesse non feinte, s’amène avec l’ardoise où sont inscrits les choix du jour pour se désaltérer comme il se doit. Une carte assez bien tournée, parsemée de découvertes et d’importations privées, que nous découvrirons, au verre, tout au long de la soirée.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

L’intérieur du restaurant est chaleureux avec ses murs et meubles en bois et sa décoration rétro bigarrée.

Pour célébrer la fin de l’été — et le retour, enfin, des critiques restos dans nos écrans —, nous débutons avec un verre de bulles. Tout en rondeur et charnues sont celles qui se posent devant nous, de jolies bulles nommées Les Remparts #17, tirées de la gamme de vins nature de négoce La Ligue, par le domaine français Le Sot de l’Ange.

Belles planches

Le Bar Mamie est d’abord un endroit pour prendre l’apéro, et son offre à manger s’inscrit dans cette lignée. À l’honneur, des planches, qu’il ne faudrait pas bouder, car elles sont jolies et satisfaisantes. Fromages ou charcuteries ? Pourquoi pas les deux, avec la planche mixte, qui arrive justement à notre table.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La carte à boire, axée sur les vins nature, vaut le détour.

Sans réinventer la roue, la planche offre une belle sélection de fromages et de charcuteries diverses, certaines maison, comme les rillettes de ribs maison, délicieuses, et aussi un gravlax de saumon accompagné de crème sure citronnée.

S’ajoutent des incontournables et spécialités comme la soprassada, un saucisson de type chorizo à tartiner, la coppa ou la rosette de Lyon, ainsi que quelques accompagnements choisis, comme des noix, des cornichons ou un rayon de miel de sarrasin, une belle idée. Avec une corbeille de pain, et en sirotant le Dilao, un vin orange parfumé et floral de Géorgie, à la macération légère, on découvre que le bonheur peut parfois tenir à de bien simples choses.

Les autres choix à l’ardoise sont assez hétéroclites, témoignant d’une cuisine qui n’a peut-être pas encore tout à fait trouvé son identité : potage de betterave et carotte, croque-monsieur à la truffe, risotto à la crème courgette, pâté en croûte, pavé de saumon...

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le trio derrière le Bar Mamie : Isabelle Corriveau, Cynthia Moreau et Max Rosselin.

Déception, les beignets fleur de courgettes sont tous envolés, mais les frites d’aubergine nous font oublier le tout tellement elles sont délicieuses. Croustillantes et légères, elles sont simplement surmontées d’une sauce acidulée aux graines de moutarde, cidre de pomme et miel, qui leur va à merveille. Elles sont vite avalées.

Le reste s’avère moins convaincant. L’os à la moelle, servi avec des tronçons de poireau confits froids, n’est pas mémorable ; la moelle, généreuse, aurait gagné à être assaisonnée. Les poireaux ne complètent pas particulièrement bien le tout non plus, l’assiette manque de cohérence. Mais heureusement, notre verre de La Clé des Champs, un chardonnay nature tout en fraîcheur sans le côté beurré typique de ce cépage, nous réjouit.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Bien que roboratif, le plat de Berthoud de Savoie manquait d’assaisonnement et d’équilibre.

Notre autre choix, costaud, un Berthoud de Savoie — un plat typique de Haute-Savoie qui a des parentés avec la tartiflette —, est présenté comme une nouveauté et transition vers la saison froide. Encore ici, le manque d’assaisonnement se fait sentir et, bien que roboratif avec ses quartiers de pommes de terre, son bacon et son fromage fondu, le plat manque de profondeur — et, étonnamment, de sel. Sur la salade, un simple mesclun où on a jeté quelques tomates cerises, l’absence de vinaigrette nous déçoit, alors qu’un peu d’acidité aurait été bienvenue pour casser le gras du plat. Un peu plus d’originalité dans la verdure servie en à-côté (et, pourquoi pas, des marinades) contribuerait à rendre ce plat beaucoup plus intéressant.

Quant aux desserts, ils ne sont pas non plus tout à fait à la hauteur. La classique mousse au chocolat et à la fleur de sel est correcte, mais sa texture pourrait être plus travaillée. Quant aux pêches caramélisées, servies avec crème fouettée, un plat qui a tout pour plaire, il souffre de fruits pas assez mûrs, qui manquent de caramélisation. Difficile à expliquer, surtout lorsqu’on sait que les pêches sont de saison en ce moment.

Malgré ces quelques anicroches, notre expérience au Bar Mamie fut somme toute positive. On le recommande surtout pour l’apéro, en attendant que la cuisine gagne en caractère et en recherche. Mais avec son ambiance chaleureuse, son personnel très sympathique, sa carte des vins inspirée et ses planches gourmandes, nul doute que l’endroit a plusieurs bons atouts dans sa manche pour devenir un incontournable du quartier.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Un plat simple, mais fort réussi, les frites d’aubergine

Notre verdict

On paie : 18 $ pour des planches de fromages ou de charcuteries, 32 $ pour la planche mixte. Les prix des entrées et plats varient de 6 $ à 24 $ environ.

On boit : Une carte des vins toujours évolutive, consacrée majoritairement aux vins nature, en biodynamie et importations privées. Plusieurs sont offerts au verre. Il y a également du « vin à la verse », offert en plusieurs couleurs et formats (jusqu’à 3 litres !), et quelques bières et cocktails, dont l’incontournable spritz.

On se sent : Très bien accueillis et pris en charge. L’ambiance est festive et chaleureuse, et les enfants sont les bienvenues sur la terrasse. Un excellent endroit pour prendre l’apéro en toute convivialité.

On aime : La sélection à boire, les planches, le service, l’ambiance.

On aime moins : Une offre à manger qui va un peu dans toutes les directions, un manque d’assaisonnement et d’équilibre dans certains plats. À noter que l’endroit ne prend pas de réservations et qu’il faut arriver tôt, dès l’ouverture, pour profiter de la terrasse par beau temps sans avoir à attendre.

On y retourne ? Pour l’apéro, sans hésiter.

Bar Mamie. 328, rue Beaubien Est, Montréal. 514 398-0111.

Consultez le site du resto