« Comment décrirais-tu cette cuisine ? » On vient d’arriver chez Beba, Noël et un mois de décembre remplis de fêtes se profilent à l’horizon, l’hiver bien frisquet est manifestement arrivé, et on regarde le menu. La personne qui m’accompagne me pose une colle. J’ignore comment décrire ce que je lis.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Côte de veau et jus à la polenta, un peu italien. Lapin grillé aux chanterelles, on se croirait en France. Cou d’agneau à la salsa verde, O.K., un peu latino. Choux de Bruxelles grillés à la sauce sriracha, pas mal nord-américain.

Finalement, c’est au bas de la page, dans les desserts, que la réponse s’impose. On y parle d’un flan au dulce de leche, le dessert argentin par excellence.

On est donc dans une cuisine du Nouveau Monde où les influences se rencontrent et se métissent, comme les populations qui ont forgé ces pays, ouvrant constamment la porte à une nouveauté de traditions conjuguées.

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Beba propose une cuisine du Nouveau Monde où les influences se rencontrent et se métissent.

À Montréal, cette approche est courante. On va chez Joe Beef, chez Alma, chez Nora Grey, chez Foxy, pour en nommer quelques-uns — mon premier souvenir de cette approche remonte à la Taverne Monkland dans les années 90 —, et on retrouve cette mixité culturelle qui exprime très bien l’identité d’une ville basée sur l’immigration. Son avantage : la variété qu’elle permet. Son défaut : le risque, parfois, d’une certaine confusion.

Beba a ouvert à Verdun à la fin de l’été dernier, projet de Pablo et d’Ariel Schor, deux frères originaires de Winnipeg aux origines argentines.

Ariel, certains s’en souviendront, est l’ancien chef du Liverpool House, dans la Petite-Bourgogne, et c’est lui, en juin 2017, qui a cuisiné pour Justin Trudeau et Barack Obama quand ils y ont mangé en tête à tête.

Ariel est donc aux fourneaux au Beba, tandis que Pablo est au service et à l’accueil. Son français n’est pas encore parfait, mais il mérite certainement un A pour l’effort.

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On s’assure que les convives ne partent surtout pas l’estomac vide : les portions sont généreuses.

Est-ce qu’on traverserait à nouveau la ville pour revenir manger ici ? Pas nécessairement. Mais il est certain que si j’habitais le quartier, j’en ferais une destination refuge. En raison du comptoir où l’on peut manger de façon très informelle, de la carte de vins nature, des plats réconfortants. L’accueil, en outre, est fort souriant. Un peu brouillon, certes, mais tout le monde est gentil.

Qu’avons-nous mangé ?

Des courges Butternut, qu’on grille et dont on retire ensuite la chair pour la mélanger avec du fromage en grains, un peu d’œuf, du grana — fromage qu’on confond souvent avec le parmesan. Ensuite, on remet la mixture dans la peau de la cucurbitacée avant de gratiner le tout avec des graines de citrouille, un peu de chapelure, du beurre noisette et des chips d’ail. Est-ce délicat ? Non. Goûte-t-on encore bien le parfum de la courge ? Plus trop. Mais l’ensemble est réconfortant et roboratif.

On aurait pu dire la même chose de la salade combinant radicchio, endives et fenouil, n’eût été les pommes de terre et les fèves de Lima, qui sont venues, avec leur mollesse, déséquilibrer l’ensemble côté texture.

On a préféré le plat de choux de Bruxelles et de chou-fleur, encore un peu croquant, garni d’amandes fumées et relevé avec une vinaigrette à la sriracha.

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Avec son comptoir où l’on peut manger de façon très informelle, la carte de vins nature et ses plats réconfortants, Beba est une destination intéressante pour les gens du quartier.

Le serveur nous avait promis que le plat de cou d’agneau braisé se mangerait à la cuillère, et c’était le cas. Et c’était certainement une bonne idée de rehausser la richesse de chaque bouchée avec une sauce verte au persil, aux câpres et au citron, cette salsa verde ou chimichurri argentine qui va si bien avec tout. Mais comme, chez Beba, on s’assure que les convives ne partent surtout pas l’estomac vide, la viande partage l’assiette avec de gros gnudi, des quenelles évoquant les gnocchis, mais à base de ricotta. Était-ce nécessaire ? Cette fois, on n’a pas adoré la redondance de textures molles, de la richesse pesante.

En dessert, le gâteau de maïs à la poire pochée dans le safran et le vin blanc, avec sabayon, avait toute la finesse savoureuse qu’il faut pour être aimé, tout comme le joliment riche et soyeux flan au dulce de leche, avec extra crème fouettée.

Mais inutile de préciser qu’on n’a rien terminé. Plus faim du tout.

Notre verdict

On paie : Nos entrées à partager étaient entre 14 $ et 15 $, et le plat principal coûtait 39 $.

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Le joliment riche et soyeux flan au dulce de leche, avec extra crème fouettée

On boit : Des vins nature, bons, qui auraient pu être présentés et expliqués de façon un brin plus professionnelle.

On se sent : Accueillis chaleureusement, de façon un peu décousue, mais sympathique. Décor simple : banquette le long du mur décoré de quelques miroirs ronds, tables de bois très collées, comptoir blanc où l’on peut aisément manger de façon très conviviale. On est dans un restaurant de quartier.

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On aime : Le côté très accueillant et convivial, et les vins sympathiques.

On aime moins : La cuisine qui manque de fraîcheur — oui, c’est possible, même l’automne.

On y retourne : Si on est déjà dans le quartier, oui.

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Beba. 3900, rue Ethel, Montréal. 514 750-7087.

> Consultez le site du restaurant : https://www.restaurantbeba.ca/