Avoir le vin heureux : voilà exactement le sentiment qui nous habite au sortir du vinvinvin, ce sympathique bar à vin du quartier Rosemont, où l’on boit bien et s’amuse tout autant.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Le vinvinvin a tout pour plaire, ce qu’il fait depuis son ouverture, l’été dernier : à chacune de nos visites dans cet établissement animé situé rue Beaubien Est, l’endroit était bondé, sans doute en grande majorité des gens vivant dans Rosemont–La Petite-Patrie, trop heureux de profiter enfin d’un bar à vin digne de ce nom dans le quartier.

D’abord, le décor, signé par le designer Guillaume Ménard et l’architecte David Dworkind (firme MRDK), est vraiment très réussi, coloré et bien pensé, avec le grand comptoir à l’entrée, où sont disposées au centre les nombreuses bouteilles servies au verre, et où l’on peut s’accouder en attendant une place au bar, sur une des tables basses ou hautes ou à l’une des banquettes qui accueillent les groupes plus nombreux, à l’arrière. L’ambiance est animée, la musique est entraînante sans être dérangeante et le service, impeccable et sympathique.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les pleurotes frits : une idée intéressante, qui gagnerait à être peaufinée.

Et puis, la carte des vins est vraiment inspirante, un travail exemplaire de la part du sommelier Nikolas Da Fonseca (autrefois au Mousso), qui est l’un des copropriétaires de l’endroit, en compagnie des équipes de l’Isle de Garde, du Harricana, de l’agence d’importation privée Ward & Associés, du maître d’hôtel Antonin Frénette-Laporte et de la chef Marina De Figueiredo (anciennement au Candide).

Ici, les jus vivants, nature et en biodynamie, sont mis de l’avant. La carte est composée à environ 50 % de vins importés par Ward & Associés, ce qui n’est pas pour nous déplaire, l’agence se spécialisant en vins autrichiens et allemands, des vins frais et de soif faciles à aimer, parfaits pour une introduction en douceur à l’univers des vins nature.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

À l’entrée, un comptoir permet de s’accouder pour siroter un verre en attendant d’avoir une place.

Le tout est complété par une sélection en constante évolution, présentée sur la carte d’une façon très intuitive qui nous a plu et qui permet aux non-initiés comme aux connaisseurs de faire leur choix plus facilement. Au menu, des vins « tranquilles » ou « pas tranquilles », les seconds étant catégorisés en vins « minéral », « soif », « émotions », « punk » ou « joufflu ». Des pastilles de couleur permettent d’identifier les couleurs, de blanc à orange, en passant par les rosés et les rouges.

Le soir de notre passage, nous avons fait plusieurs découvertes qui nous ont enthousiasmés, du vin pétillant rouge Helena, de République tchèque, offrant une belle amertume en apéro, jusqu’à un vin orange complexe et minéral de Slovaquie, le Veltlina, pour accompagner notre repas.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La salade de tomates et fromage frais est très réussie.

Cuisine intéressante, mais inégale

Pour accompagner le tout, la cuisine propose une carte courte, un peu hétéroclite : sandwich au baloney, moule & maïs avec guanciale, coquelet pour deux, pleurotes frits… Élaborée par la chef-propriétaire, actuellement en congé de maternité, la carte est exécutée en cuisine par la brigade menée par le chef Adrien Renaud (Foodlab de la SAT, Laloux).

Ce qu’on en pense ? Il y a du très bon, des idées intéressantes, et certains plats qui laissent plus perplexe.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le décor est signé par la firme MRDK, réunissant le designer Guillaume Ménard et l’architecte David Dworkind.

Très populaire, le sandwich au baloney est un succès. Rappelant le burger avec son pain brioché, mais aussi les saveurs du smoked meat avec sa moutarde, ses cornichons acidulés et ses chips maison croustillantes comme il se doit, il se présente avec plusieurs fines tranches de saucisson de Bologne très minces, grillées généreusement. Un plat réconfortant qui donne envie d’y revenir.

Plus classique, la salade de tomates et fromage frais était également fort réussie grâce à une belle complexité des saveurs, amenée par la touche citronnée ajoutée au fromage de style ricotta et les jeunes feuilles de basilic. On y trouvait aussi diverses variétés de tomates fraîches de saison, très charnues et goûteuses, et de croquantes tuiles de craquelin maison, pour un plat gagnant, englouti trop vite.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

L’inspirante carte des vins est signée par le sommelier Nikolas Da Fonseca.

Intéressant, le plat de pleurotes frits aurait besoin de quelques ajustements pour être vraiment réussi. La panure des champignons gagnerait à être moins épaisse, façon calmars frits. Plus légèrement enrobés, les champignons, qu’on a trouvés trop frits, se mélangeraient plus facilement aux champignons crinières de lion marinés — fort délicieux — et à la crème sure étalée au fond de l’assiette, qu’on aurait aimée davantage assaisonnée. Une touche d’acidité aurait également été la bienvenue, ne serait-ce que sous la forme de quartiers de citron en à-côté.

Passons vite sur les choux de Bruxelles, mal égouttés, qui perdaient encore leur eau dans l’assiette. L’accord avec la Tomme du Maréchal, un fromage de chèvre goûteux, accentuait le côté terreux des choux, et les chips d’ail n’aidaient pas à améliorer le tout. À repenser.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le décor, coloré, offre une esthétique flirtant avec les années 70.

Intrigante, la « pogaufre » est un plat qui divise les convives, aimé ou honni, selon les goûts de chacun. L’idée est amusante, et saugrenue : des bourgots enrobés d’une pâte à gaufre, façonnée en forme de pogo. Le tout est ensuite frit. Il faut aimer le côté caoutchouteux du mollusque. Les pogos qui nous ont été servis manquaient de coloration et de cuisson, ce qui explique leur manque de succès à notre tablée, même accompagnés de leur mayonnaise au céleri.

En finale sucrée, le petit financier a fait bonne impression. Pas trop lourd, il était très bien accompagné d’une légère crème diplomate à la vanille et de morceaux de prune caramélisés. Idéal pour finir le repas… en sirotant un dernier verre de vin (promis !).

Notre verdict

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Le sandwich au baloney est un succès.

On paie : En moyenne une quinzaine de dollars par plat, 30 $ pour le coquelet pour deux et une dizaine de dollars pour le dessert.

On boit : Des vins vivants et frais, avec beaucoup de trouvailles issues de cépages provenant d’Europe centrale — d’Autriche, de Slovénie, de République tchèque, etc. — ainsi que quelques bouteilles québécoises. Des bières en fût de l’Isle de Garde et du Harricana, ainsi qu’une courte liste de cocktails plutôt classiques complètent l’offre à boire.

On se sent : Dans un lieu qu’on a immédiatement envie d’adopter. Le décor, l’ambiance et le service forment un tout absolument gagnant. À noter que l’endroit ne prend pas de réservations.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le pogaufre aux bourgots est un plat clivant, qu’on aime ou qu’on déteste.

On aime : La carte des vins avec ses jolies trouvailles, des plats originaux qui sortent des sentiers battus.

On aime moins : Des idées moins abouties dans l’assiette, quelques erreurs d’exécution en cuisine.

On y retourne ? Certainement.

Vinvinvin. 1290, rue Beaubien Est, Montréal. http://vinvinvin.ca