Une des choses les plus difficiles, quand on écrit un livre, c'est de le laisser partir. De couper le cordon.

Mis à jour le 3 nov. 2008
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

C'est d'autant plus douloureux quand on écrit un guide de restaurants, comme les Solutions restos La Presse, dont la fournée 2009 vient d'arriver en librairie. Car il suffit que le livre parte chez l'imprimeur pour que je tombe sur un nouveau coup de coeur. Cette année, c'est la Buvette chez Simone.

Installé avenue du Parc, un peu au sud de Saint-Joseph, ce troquet de quartier au court menu est en quelque sorte la réponse resto à la popularité du supermarché P.A.

 

Jusque-là, je me demandais où les gens qui font leurs courses chez P.A. et traînent dans la section magazines du Renaud-Bray allaient prendre un verre de vin et manger un peu de saucisson. Maintenant, c'est clair, ils vont chez Simone. Publicitaires, militants écolos, cinéastes...

Si j'habitais ce quartier, je m'y retrouverais souvent, c'est clair. Le menu, aux prix raisonnables, n'a rien de compliqué - viandes froides, huîtres, poulet grillé - et peut-être que je finirais par m'en lasser, mais probablement pas, car c'est l'atmosphère relaxe, moderne sans chichi, et surtout la certitude de rencontrer des gens sympathiques qui finiraient par m'y ancrer. D'autant plus que de grandes tables à partager avec des inconnus ou un grand groupe d'amis encouragent cette communication simple de type très post-krach. Bref, un lieu tout à fait pour notre époque.

Manque de détails

Et qu'y mange-t-on? Des assiettes minimalistes qui arrivent à peu près toutes en même temps: huîtres fraîches qui s'épanouissent sous une aigre-douce salsa à la mangue, exquis et brûlants acras de morue qui craquent sous la dent, doux jambon de Parme en tranches fines, rosette de Lyon...

On aimerait un peu plus de détails sur la provenance des produits - la rosette, par exemple, semblait plus locale que de Lyon -, mais de façon générale, aucune assiette ne commet de réel faux pas.

Le poulet aux herbes, par exemple, goûte les herbes et on est ravi de tomber, parmi les légumes grillés qui l'accompagnent, sur de gros morceaux de céleri-rave braisés. La salade grecque - on est, après tout, avenue du Parc! - est remplie de grosses lamelles de poivrons rouges croquants et de minirondelles de concombres libanais qui éclatent sous la dent, tandis que le cube - et non les tranches - de feta lui donne un petit air moderne.

Et le tout est accompagné de bon pain qui ne renouvelle pas le genre, mais soutient tout à fait le style général «nous ne sommes pas des obsédés de la gastronomie qui tiennent à vous en mettre plein la vue, mais nous voulons que ce soit bon».

Au dessert: déception. Il n'y a qu'une option, les brownies au chocolat épicé. Ma fille adore, moi moins. «Que vas-tu dire alors?» me demande-t-elle. Qu'ils sont très bons, bien faits, moelleux et originaux, mais que j'aurais préféré ne pas être obligée de choisir entre ça et rien d'autre.

Côté vin, la carte est remplie de petits choix au verre, sympathiques et hors des lieux communs. Et on fait une belle place aux crus français.

 

Buvette chez Simone

4869, avenue du Parc

Montréal

514-750-6577 (pas de réservation)


Prix: ils varient grandement, selon qu'on veut grignoter en prenant un verre ou carrément prendre un repas. On peut d'ailleurs commander des demi-portions, un quart de poulet ou un poulet entier. On peut même se faire servir des demi-verres de vin. Pour un vrai souper, il faut probablement compter une cinquantaine de dollars par personne après vin, taxes, service, etc.

Carte de vins: c'est une buvette, un bar à vin, donc c'est théoriquement la raison d'être des lieux même si les serveurs en parlent peu. La carte n'est pas pour autant longuissime, mais il y a de quoi faire de jolis choix à bon prix, notamment du côté des vins français.

Service: correct, peut-être pas aussi souriant et prêt à expliquer les choses - surtout côté vin - qu'on le souhaiterait dans un tel lieu.

Décor: sympathique assemblage signé Zébulon Perron, de meubles et de matériaux récupérés. Jolies lampes suspendues et branchées avec de grosses rallonges orangées, très post-industrielles.

Faune: gens de cinéma, de publicité, militants écolos... Faune très Mile End, qui a l'air d'avoir grandi dans l'Outremont pas cher (oui ça existait encore quand ces gens-là étaient petits). Si vous vous cherchez de nouvelles lunettes et que vous voulez connaître les derniers modèles cool, c'est dans cette zone très bo-bo, absolument à l'abri des fashion victims, qu'il faut aller observer.

Le détail qui agace: le beurre dans des petits contenants de plastique.

Le détail qui plaît : les matériaux recyclés.