Il revire cul par-dessus tête les préjugés qui collent facilement à la peau des végétaliens ; l’humour caustique de Jean-Philippe Cyr est sans aucun doute une des raisons qui expliquent le succès phénoménal de sa chaîne YouTube et de son premier livre de recettes. La deuxième ? « Mes recettes fonctionnent ! » Tout simplement.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

C’est mardi que Jean-Philippe Cyr a lancé son deuxième livre de recettes, Mes grands classiques véganes, qui réunit 100 nouvelles recettes de mets réconfort véganes. Un livre attendu par plusieurs de ses fans, alors que le premier, La cuisine de Jean-Philippe, s’est vendu à 50 000 exemplaires.

Un succès qui a pris au dépourvu le principal concerné. « Je suis un peu tombé sur le cul, le livre est encore dans les palmarès des meilleures ventes ! », s’étonne-t-il.

Avec ce deuxième essai, le cuisinier végane dit être resté dans la même lignée : des recettes conviviales et faciles à cuisiner, qui plairont à un grand nombre. Des classiques « véganisés », quoi : jambon de tofu à l’ananas, Hamburger Helper végane, ragoût de boulettes, pâté chinois, moussaka…

Évidemment, ses ingrédients de prédilection – dont le bien-aimé tofu, qui a la qualité d’être « insipide » et de prendre le goût qu’on veut bien lui donner, mais aussi le tempeh, les champignons et les légumineuses – y font des apparitions, permettant de remplacer la viande sans faire de compromis sur le goût, juge-t-il.

« Ce sont des plats qu’on s’ennuie de manger quand on est végane. J’ai voulu faire ressortir le fait que ce n’est pas une punition de manger des légumes et des légumineuses. Ce n’est pas un compromis ni un supplice de manger végane », lance celui qui assure en riant que son livre est certifié « 100 % sans kale ».

Car le cliché du végane qui fait du yoga tous les jours et mange de la salade sans vinaigrette, Jean-Philippe Cyr s’applique à le défaire, à coups de beaucoup d’humour et d’autodérision. « On a essayé la luzerne dans les années 80 et ça n’a convaincu personne ! Moi, je ne suis pas nutritionniste, ce que je veux, c’est que les gens finissent leur assiette… et ne se rendent pas compte que c’est végane. »

Une bonne recette, c’est une bonne recette, que ce soit végane ou pas.

Jean-Philippe Cyr

Esthétiquement, son nouveau livre pousse à fond la note kitsch, avec plusieurs photos décalées du cuisinier qui pose sur fond de couleur vive, accompagnées de citations comme : « Végane, c’est pas de viande, pas de poisson, pas d’œufs, pas de produits laitiers… pas d’amis. » « Je peux rire des véganes, comme je suis moi-même végane ! », lance-t-il.

Un succès à la sauce végane

Si Jean-Philippe Cyr met beaucoup son minois et sa personnalité de l’avant – il y a même une page centrale dépliable et détachable dans le livre rappelant certains magazines pour adultes… –, son but n’était pas de devenir une personnalité populaire, assure-t-il.

« Au départ, ce sont vraiment les gens qui ont partagé mes recettes. Elles ont été connues avant moi. Puis, les gens ont vu que derrière ces recettes, il y avait un gars qui fait des blagues et qui est drôle des fois. Et au Québec, on aime deux choses : la cuisine et l’humour ! »

Pour le cuisinier de formation qui est passé dans plusieurs cuisines de restaurant et d’hôtel – il a même été grillardin ! –, tout a commencé il y a environ six ans. C’est après avoir servi de l’agneau pour 400 personnes dans un banquet – agneau qui a à peine été touché par les convives – qu’il a réalisé à quel point on sacrifie les animaux pour rien dans notre société.

« Prêt à faire le saut », il a adopté l’alimentation végane et commencé à adapter des recettes. Son premier cobaye a été le plus difficile à gagner : sa blonde. « Disons que ma blonde n’était pas très portée sur la salade et le quinoa ! Je l’ai convaincue avec mon Hamburger Helper végane et de la sauce à spagh », se souvient-il.

C’est d’abord sur Facebook que le cuisinier a commencé à publier des vidéos de ses recettes. Rapidement, les gens se sont mis à les partager, et ses vidéos sont devenues virales. Sa chaîne YouTube, lancée il y a trois ans, compte aujourd’hui plus de 50 000 abonnés, alors que plus de 186 000 personnes suivent la page La cuisine de Jean-Philippe sur Facebook.

Au-delà de son humour, qui a pour effet d’intéresser des gens qui ne sont pas, de prime abord, attirés par la cuisine végane, Jean-Philippe Cyr attribue surtout son succès au fait que ses recettes fonctionnent. « L’important pour moi, c’est les recettes ; l’humour, c’est la deuxième couche. Si je suis rendu là, c’est que mes recettes fonctionnent, que les gens les ont faites, refaites et partagées. »

L’accessibilité est également non négociable pour l’homme. « Si l’ingrédient ne se trouve pas au IGA de Joliette, où j’habite, je ne le mets pas dans le livre. Des fois, certains chefs vont chercher des ingrédients un peu farfelus, ça coûte 35 $ pour de la poudre de perlimpinpin ! C’est pas ça, la vraie vie, les gens n’ont pas 5 heures pour préparer leur souper, ils ont 15 minutes ! »

Mes grands classiques véganes, de Jean-Philippe Cyr, Éditions Cardinal, 224 pages

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS CARDINAL

Mes grands classiques véganes, Jean-Philippe Cyr, éditions Cardinal, 224 pages