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La Blanche dans le rayon des coolers?

Qu'ont en commun la Blanche de Chambly, la Saint-Ambroise aux abricots et la... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Photo Bernard Brault, La Presse

Qu'ont en commun la Blanche de Chambly, la Saint-Ambroise aux abricots et la dorée de Boréale? Elles devront biffer le mot bière de leurs étiquettes et s'afficher comme des coolers si le gouvernement du Québec va de l'avant avec son projet de règlement sur les boissons alcooliques composées de bière.

C'est du moins ce que craignent les microbrasseries, qui ont pris connaissance en même temps que tout le monde du futur règlement, publié dans la Gazette officielle du Québec au début de mars. Celui-ci a pour but d'interdire les boissons de malt à fort pourcentage d'alcool qui se présentent comme des substituts de vodka, de rhum ou de dry gin, en resserrant les normes de fabrication et d'étiquetage des coolers.

La définition de «mélange à la bière» a fait sursauter les brasseurs. En plus de couvrir les additions de jus, d'eau ou de gaz carbonique, celle-ci inclut toute bière à laquelle des substances aromatiques ont été ajoutées en dehors du processus de fermentation, dénoncent-ils. Ces substances aromatiques peuvent être des herbes, des épices, des fruits, des plantes, du miel ou du sirop d'érable, par exemple.

Bières artisanales

Or, plusieurs bières artisanales se voient bonifiées d'ingrédients dits «naturels» avant, pendant ou après la fermentation. C'est le cas des gros noms cités plus haut. «Nous, on filtre nos bières et on rajoute un peu de sucre. De la façon dont c'est écrit là, on ne ferait plus aucune bière traditionnelle, mais seulement des mélanges de bière», croit Frédéric Tremblay, président de la microbrasserie Charlevoix, dont les créations ont été maintes fois récompensées.

Le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE), qui pilote l'exercice réglementaire, réfute cette interprétation. Dans une position fournie aux journalistes par courriel, la conseillère en communications France Verrette affirme que les produits «qui sont reconnus comme de la bière (format, saveur, apparence, etc.) ne sont pas visés par le règlement. Seul l'article 9 impose aux bières certaines contraintes d'étiquettes». Elle répète que ce sont plutôt les poppers et autres alcomalts se présentant comme des spiritueux qui sont dans la mire de Québec.

L'Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) n'est pas rassurée le moins du monde, bien que des fonctionnaires lui aient servi la même réponse. «Le texte n'est pas clair. Si on change de personne qui interprète ou si un concurrent porte plainte, on est dans le trouble», dit son directeur général, Jean-Pierre Tremblay.

Le MDEIE réplique que l'analyse des commentaires reçus d'ici le 17 avril, fin de la période de consultation de 45 jours, «permettra d'examiner plus à fond le libellé du projet de règlement avant de proposer son adoption».

M. Tremblay en a aussi contre l'article 3 du règlement qui plafonne le taux d'alcool à 11,9 % pour les produits vendus dans les dépanneurs et les marchés d'alimentation. Bien que cette limite corresponde à celle établie récemment par le gouvernement fédéral pour le paiement de la taxe d'accise, M. Tremblay estime qu'elle empêche le développement de nouveaux produits inspirés de la tradition des bières fortes de Belgique.

Une méconnaissance

Peter McAuslan, de la brasserie du même nom, voit dans l'offensive gouvernementale la preuve d'une méconnaissance des méthodes de fabrication de la bière et de la puissance des lobbys des brasseurs industriels et des grands distillateurs.

Selon lui, ce règlement permet aux gros joueurs de se défendre contre toutes les boissons qui sortent de l'ordinaire.

Les détaillants en alimentation s'élèvent aussi contre le règlement sur les boissons alcooliques composées de bière.

Grandes bannières, indépendants et dépanneurs ont signé une lettre conjointe demandant au ministre Raymond Bachand de surseoir à son projet.

Bien qu'ils soient d'accord pour empêcher toute référence aux spiritueux dans les noms, ceux-ci craignent la disparition de produits qui plaisent aux consommateurs et leur font faire des profits. «La bière est presque toujours vendue à perte ou à prix minimum. Tous les produits qui sont capables de nous sortir de ce cadre-là sont les bienvenus», témoigne Pierre-Alexandre Blouin, directeur des affaires publiques de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ).

Les distributeurs en ont également contre le pouvoir donné à la Société des alcools du Québec (SAQ) d'attester de la conformité des boissons à base de bière et de commercialiser les produits dont le taux d'alcool dépasse les 11,9 %.

«La SAQ est juge et partie puisque c'est elle qui représente les distillateurs», souligne Frédéric Alberro, porte-parole du Conseil canadien des distributeurs en alimentation. «Le gouvernement devient un compétiteur et fausse le marché», ajoute Michel Gadbois, vice-président principal de l'Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA).

L'argument voulant que la société d'État contrôle plus rigoureusement l'âge des consommateurs et prévienne donc l'achat de produits fortement alcoolisés par des mineurs ne tient pas la route, selon lui. «Des sondages ont prouvé qu'on faisait mieux que la SAQ dans bien des cas», dit M. Gadbois.

 




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