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Appétissants, les chefs!

Le chef Boyardee doit se retourner dans sa tombe. Exit le cuisinier moustachu et bedonnant, tout de blanc vêtu. Aujourd'hui, apparemment, les chefs sont jeunes, beaux, fiers de leurs pectoraux. Coïncidence? Et s'ils cherchaient à nous convaincre de leurs talents par le pur plaisir de nos sens, de tous nos sens?

Soyons francs (franches?): qu'il s'agisse du souriant Stefano Faita, de la pulpeuse Nigella Lawson, du charmeur Jamie Oliver, du sympathique Ricardo, du ténébreux Martin Juneau, disons pudiquement qu'il y a pire en matière de look. Jadis reclus dans les coulisses, les chefs ont pris l'avant-scène, et nous éblouissent désormais tant les papilles que les pupilles.

Invité récemment à Tout le monde en parle, le chef du Garde-Manger Chuck Hughes a été présenté par Guy A. Lepage non pas d'abord comme un cuisinier, mais comme une «star montante». Sur le plateau, la discussion s'est étendue presque aussi longuement sur les tatous du nouvel animateur à Food Network Canada que sur les différentes déclinaisons de sa cuisine.

Aussi exotiques soient ces tatouages (qui peut se vanter d'avoir une huître tatouée sur le bras?), avouons qu'il y a quelque chose d'un poil troublant de voir les chefs, jadis à l'arrière-scène, prendre ainsi la vedette, tant pour leur look que pour leurs recettes.

Luc Dupont, professeur de communications à l'Université d'Ottawa, est un spécialiste de l'image. Il est aussi loin de croire que tout cela soit innocent. Au contraire, c'est très étudié, dit-il. «Ils vont tous vous dire que non. Mais je ne pourrais pas imaginer qu'un chef, convaincu de l'importance de l'apparence de ses petits plats, ne soit pas par ailleurs conscient de l'importance de son image, avance-t-il. Par déformation professionnelle, le cuisinier a conscience de l'importance de l'image qu'il incarne.»

Selon lui, la cuisine est une industrie de l'odeur, des formes, des sens, «donc de l'image». Et le chef ne peut s'en dérober. S'il a pris le virage séduction, ce n'est peut-être pas un hasard non plus. «Ce sont encore beaucoup les femmes qui font la cuisine. Et ce sont ici précisément des messieurs, de beaux messieurs, qui sont les porte-parole de ce mouvement. Ce n'est peut-être pas innocent.» Certainement suffisamment convaincant pour ramener quelques femmes aux fourneaux...

Ne vous laissez pas berner, met toutefois en garde le chef François Martel, propriétaire de l'Académie culinaire de Montréal. Car s'il est «sûr que ça aide», la belle gueule n'est toutefois pas garante de la bonne assiette, dit-il. Jolie, bien disposée, peut-être. Mais bonne? «Il y a un meilleur souci de la présentation, reconnaît-il. Mais une assiette a cinq sens. On joue avec les cinq sens. Si l'assiette reflète certainement le look du cuisinier, le look n'est pas nécessairement garant de sa saveur.»

François Longpré, copropriétaire du magasin Les Touilleurs, organise régulièrement des ateliers de cuisine avec des chefs invités. C'est moins la beauté des chefs («je n'irais pas jusque-là, on en a de tous les formats!» blague-t-il) que leur nombre et leur jeunesse qui le surprennent. «Nous avons une relève et une jeunesse extraordinaire, beaucoup plus curieuse et connaisseuse qu'il y a quelques années. Il y a 30 ans, quand tu sortais de l'ITHQ (l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec), tu épluchais des asperges. Ce n'était pas glamour du tout.» Avec l'ouverture du Québec sur le monde, l'internet, Martha Stewart, et l'explosion des chaînes spécialisées est apparue une nouvelle génération de cuisiniers «jeunes, dégourdis, instruits, et plus curieux que ce qu'on était à l'époque».

Tous ces jeunes ne cherchent toutefois pas la vedette, précise Germaine Salois, directrice du volet gastronomique du festival Montréal en lumière. Normand Laprise, pour ne nommer que lui, ne fait pas souvent les tribunes. «Ce sont des choix qu'ils font. Il y a des gens qui sont bons pour communiquer, d'autres qui ont leur resto et qui n'ont tout simplement pas le temps.» Et tous ceux qui ont la vedette ne sont pas non plus des canons. N'oublions pas qu'au Québec, c'est soeur Angèle qui a été l'une des premières à lancer le bal des émissions de cuisine.

N'oublions pas non plus qu'ailleurs, notamment en France, les chefs sont depuis longtemps de grandes vedettes. «Bocuse a joué pour beaucoup dans la starification du chef», signale le publicitaire Patrick Beauduin, de Cossette Communication. C'est toutefois Jamie Oliver, le Naked Chef des Anglais, qui aurait lancé la vogue du jeune et joli chef, croit-il, un des premiers «gamins» à prendre la parole, et à parler non seulement de recettes, mais de santé au sens large. Un discours désormais en vogue, repris depuis par tous les di Stasio et autres Ricardo de ce monde.

Bien sûr, poursuit-il, les plus charmeurs vont chercher plus de visibilité de la part des médias. Parce que ceux-ci ont besoin de «créer des stars, dit-il. Les médias ont besoin d'étoiles dans les professions à la mode.» Et ici, une de ces stars est sans équivoque Martin Picard. «Et ce n'est pas un beau jeune homme à la Jamie Oliver! Mais il a une personnalité truculente, un caractère, une audace, à la limite, il incarne le Mickey Rourke de la cuisine, conclut le publicitaire. Parce que dans un star-système, il faut plusieurs profils. Martin Picard en est un.»




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