Tarder à s’abonner à un panier de légumes hebdomadaires, c’était, il n’y a pas si longtemps encore, risquer de devoir s’en passer pour la saison. Or, après un été complètement fou en 2020, l’offre est aujourd’hui plus grande que jamais… Il est donc encore temps de choisir son panier. Et de se protéger, du coup, des aléas de l’inflation.

Publié le 23 avril
Simon Chabot
Simon Chabot La Presse

En 2020, les Québécois ont eu très faim de paniers bios, au point où de nombreuses fermes ont été débordées. « Ç’a été ma plus grosse année à vie », raconte Yan Gordon, du Potager des nues mains, à Sutton.

Même si cet appétit s’est quelque peu résorbé depuis, cette ruée vers les paniers est arrivée à point nommé pour des fermes de plus en plus nombreuses. « Les écoles d’agriculture forment beaucoup de relève et il y a de nombreux démarrages, explique Caroline Poirier, de la ferme Croque-Saison, à Lingwick, en Estrie. Encore aujourd’hui, on voit l’offre augmenter. On souhaite donc que les gens continuent de s’abonner aux paniers bios en grand nombre. »

L’offre grandit… et se diversifie pour mieux répondre aux attentes des clients. Beaucoup de fermes multiplient ainsi les points de chute, les formats des paniers ou le nombre de livraisons par abonnement. Les paniers à la pièce ou d’hiver sont aussi de plus en plus fréquents.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Anna B. Trépanier, membre de la coopérative des Jardins de la résistance, et Olivier Lamoureux, cofondateur de la coop

Et face à la concurrence accrue de distributeurs comme Lufa ou Fergus, qui permettent de choisir tout ce qui se trouvera dans une livraison hebdomadaire, nombre de fermes abandonnent aussi le modèle du panier « fermé », dont le contenu reste inconnu jusqu’à sa livraison.

« On mise maintenant sur une formule de mini-marché, explique Olivier Lamoureux, des Jardins de la résistance, à Ormstown, en Montérégie. Tous les légumes sont livrés en vrac et les gens composent ensuite leur panier. »

Du côté de la ferme Les Carottés, à Brigham, en Estrie, les abonnés achètent en fait un crédit à dépenser pour remplir des paniers au fil de la saison. « Les gens se présentent à nos marchés de Brigham ou de Verdun et dépensent comme ils le veulent, les semaines qu’ils veulent, explique la copropriétaire Laurence Harnois. On leur donne le plus de flexibilité possible. »

Avec l’inflation qui atteint des sommets, certains clients hésitent à s’engager pour des sommes importantes en vue de l’été, constate Laurence Harnois. Pourtant, selon elle, « c’est tellement une façon économique de s’approvisionner. Avec des fermiers, tu as accès directement aux légumes, sans intermédiaires pour gonfler les prix. Surtout pour ceux qui mangent bio, c’est vraiment avantageux ».

Il n’y a pas de variation de prix pendant la saison, ce qui aide à la planification d’un budget alimentaire.

Laurence Harnois, de la ferme Les Carottés

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA FERME LES CAROTTÉS

Laurence Harnois, de la ferme Les Carottés, à Brigham, en Estrie

Les abonnés qui paient aujourd’hui une somme fixe pour un nombre donné de paniers s’évitent aussi des hausses de prix inattendues en cours d’été.

Légumes de saison

Peu importe le modèle proposé, le contenu des paniers continue de varier en fonction des saisons. Et c’est très bien ainsi, estime Caroline Poirier, jusqu’à récemment présidente de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPE), qui chapeaute le réseau des Fermiers de famille.

« À la ferme, on se donne aussi le mandat de faire connaître aux gens, en juin, ce qu’on est capables de faire pousser, comme des bok choy, un légume printanier délicieux que les gens ne vont pas choisir d’emblée. Ça fait aussi partie du plaisir d’avoir un panier. Chez Croque-Saison, sur un panier de 10 ou 11 articles, environ la moitié sera imposée, le reste est au choix. »

PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE

Caroline Poirier, de la ferme Croque-Saison

Ce qui rend cette forme d’agriculture là possible, c’est que les gens acceptent une certaine forme de contrainte. Pour l’horaire, mais aussi celle liée à la saisonnalité de l’agriculture. Chacun a son bout de chemin à faire. Mais on évolue avec la clientèle et, avec le temps, on peut s’adapter à ses préférences.

Caroline Poirier, de la ferme Croque-Saison

« Et il y a moyen d’avoir une belle diversité de légumes toute l’année, poursuit la fermière. Chez nous, on a encore une quinzaine de légumes différents récoltés à l’automne. » Parmi eux, carottes, betteraves, choux, courges, céleris-raves, panais, rutabagas, oignons, ail et échalotes françaises… en plus des pommes de terre, bien entendu.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Dans les serres, les verdures poussent déjà depuis plusieurs semaines… comme ici aux Jardins de la résistance.

« Et ça, c’est sans compter sur ce qu’on a en verdurette en serre, des roquettes, des épinards, du kale, des bok choy, qui n’ont déjà plus besoin de chauffage à cette période-ci de l’année », ajoute Mme Poirier.

Des fruits aussi

Les paniers, livrés en général à partir du début de juin, contiennent surtout des légumes… mais pas seulement. Les Carottés feront pousser fraises et melons cette année. Et, pour la première fois en sept saisons, ils proposeront aussi des champignons shiitakes.

Les Éco Jardins de la Rive-Sud, à Sainte-Julie, près de Montréal, annoncent de leur côté prunes, bleuets, cerises de terre, melons et pommes, en plus de produits transformés (confitures, pâtés, miel, etc.) que ceux qui viennent récupérer leur panier sur place peuvent se procurer. D’autres prévoient aussi de livrer cassis, rhubarbe, raisins, poires, etc.

Le réseau des Fermiers de famille compte à ce jour plus de 150 producteurs qui pratiquent l’agriculture durable à la grandeur du Québec, et même en Acadie. Le site du regroupement permet de trouver un panier par ferme ou par point de chute, avec l’aide aussi d’une carte, qui indique en outre quels producteurs offrent de la viande.

Essayer le panier bio, pour la plupart de gens, c’est l’adopter, constate Caroline Poirier, dont la clientèle ne cesse de croître depuis 15 ans. « Le plaisir de manger des aliments qui sont goûteux, la fraîcheur et le choix des variétés, ça n’a rien à voir avec ce qu’on trouve en épicerie, conclut-elle. En plus, les gens nous le disent, ils ne veulent pas perdre une seule miette de ce qu’on leur livre chaque semaine. Ça réduit même le gaspillage alimentaire ! »

Consultez le site de Fermier de famille