(Montréal) La pandémie de COVID-19 n’a pas seulement incité davantage de consommateurs à faire leur épicerie en ligne ; elle semble également avoir stimulé la demande dans l’industrie des plats prêts à cuisiner, alors que celle-ci chercher à fidéliser sa clientèle.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Depuis la mi-mars, Marché Goodfood, l’un des principaux joueurs du secteur aux côtés des Cook it et Miss Fresh, dit avoir constaté une hausse de la demande ainsi qu’une augmentation de la facture moyenne par commande.

« Nous réfléchissons à la façon dont cette crise peut avoir un impact majeur sur l’adoption de l’épicerie en ligne de manière permanente », a expliqué le président et chef de la direction de l’entreprise montréalaise, Jonathan Ferrari, mercredi, au cours d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du deuxième trimestre terminé le 29 février — avant que ne soient décrétées les nombreuses mesures visant à freiner la propagation du coronavirus.

Même si elle est plus occupée qu’à l’habitude, Goodfood, qui offre la livraison de produits de base que l’on retrouve dans les épiceries, n’a pas fourni de prévisions quant à sa performance pour le troisième trimestre en cours.

La hausse de la demande se traduit également par une augmentation des coûts, puisque la société a dû embaucher plus de 500 personnes récemment, principalement dans ses sites montréalais. Elle doit également consacrer une plus grande partie de son budget à l’achat des aliments.

« Je dirais qu’il y a un impact sur la demande des nouveaux abonnés et des abonnés existants, a dit M. Ferrari. Mais l’effet s’observe davantage chez les nouveaux abonnés. »

À l’heure actuelle, les repas préparés représentent 90 % du chiffre d’affaires de Goodfood, par rapport à 10 % pour les produits d’épicerie de marque privée.

Dans la foulée des recommandations des autorités sanitaires et gouvernementales exhortant les gens à pratiquer l’isolement social, les épiciers et les services tiers ont connu une hausse de la demande pour leurs livraisons, ce qui a provoqué des périodes d’attente plus longues que la normale.

« À notre avis, plus la crise COVID-19 perdure, plus il est probable que les habitudes de consommation changent de façon permanente, a estimé l’analyste Frédéric Tremblay, de Desjardins Marchés des capitaux, dans une note. Dans l’ensemble, nous prévoyons que la pandémie accélérera l’adoption de l’épicerie en ligne. »

Le directeur principal du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, a abondé dans le même sens.

En date du 1er avril, plus de 10 % des répondants à un sondage pancanadien mené par son équipe affirmaient vouloir acheter plus souvent des plats prêts à cuisiner une fois que l’on aura tourné la page sur la pandémie, une hausse de deux points de pourcentage en une semaine.

Selon M. Charlebois, les entreprises comme Goodfood auront probablement à s’adapter étant donné que de nombreux consommateurs auront moins d’argent dans leurs poches en raison de la tempête économique provoquée par la pandémie.

« Des repas à 10 $ ou 12 $, je ne suis pas certain que tout le monde sera en mesure de s’offrir cela », a-t-il estimé au cours d’un entretien téléphonique.

Dans une note d’analyse publiée à la fin mars, M. Charlebois estimait que d’ici cinq ans, de 20 % à 25 % de tous les aliments pourraient être vendus en ligne ou par l’entremise d’applications. Cela pourrait représenter 60 milliards, par rapport à 7 milliards à 9 milliards actuellement.

Goodfood constatait déjà une hausse de la demande avant que le pays ne soit frappé par la pandémie, puisqu’à la fin du deuxième trimestre terminé le 29 février, l’entreprise comptait 246 000 membres actifs, ce qui constitue une hausse de 55 % par rapport à la même période l’an passé.

Ses revenus ont bondi de 61 %, à 58,8 millions, tandis que sa perte nette est passée de 6,6 millions à 3,4 millions.