Vous entrez à la pharmacie. Au comptoir des cosmétiques, où se trouvent habituellement des parfums et des crèmes, la boisson OCÓO (à prononcer okou) est proposée. « La fontaine de Jouvence est un mythe, OCÓO est réalité », dit la brochure qui accompagne les bouteilles de 250 ml. Importée d’Allemagne par Naturapharma, OCÓO prétend offrir beauté et bien-être. Faut-il avaler cela ?

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Multiples allégations

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De nombreux bienfaits sont énumérés sur la bouteille d’OCÓO.

OCÓO dit « sublimer peau, cheveux et ongles », en plus d’aider « à cicatriser les blessures cutanées », d’être un « boosteur de collagène », de contribuer au « bon fonctionnement du système immunitaire », au « maintien des fonctions cognitives », etc.

« CETTE BOISSON CHANGE TOUT, lit-on en majuscules et en caractères gras dans le site internet ocoo.ca. OCÓO établit la norme mondiale en alimentation fonctionnelle : soutenue par la recherche scientifique, OCÓO est la première boisson beauté et bien-être aux multiples bienfaits reconnus. »

Or, quand on regarde la liste des ingrédients, OCÓO est composée d’eau (à 69 %), de concentré de jus de fruit, de pulpe de pomme et de raisin, de vitamines, de minéraux et de sucralose (un édulcorant artificiel). C’est tout. Au goût, c’est une boisson agréable, fruitée et sucrée.

Quelles études scientifiques ?

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« C’est beaucoup d’argent pour quelque chose que vous allez facilement retrouver dans les aliments que vous consommez tous les jours », note Yves Jalbert, de l’Association pour la santé publique du Québec.

« Ce qui m’étonne toujours avec ce genre de produit, c’est qu’on dit que c’est scientifiquement reconnu, dit Yves Jalbert, spécialiste de contenu à l’Association pour la santé publique du Québec. Mais quand on va sur le site internet d’OCÓO, dans l’onglet Science, on ne renvoie à aucune étude scientifique. » Le même constat est fait par Karine Gravel, nutritionniste et docteure en nutrition. « Il n’y a pas d’étude où on a évalué les effets de OCÓO avec des groupes de participants », regrette-t-elle.

Comment cela s’explique-t-il ? Les revendications de la boisson sont basées sur ses ingrédients, en « s’appuyant sur les nombreuses études reconnues par Santé Canada sur les bénéfices de ces ingrédients », indique Jennifer Roussin, directrice générale de Cabinet PR, chargée des relations de presse d’OCÓO. Exemple : Santé Canada admet que la vitamine C « protège contre les dommages causés par les radicaux libres ». Puisqu’une bouteille d’OCÓO contient 40 mg de vitamine C, le fabricant peut faire valoir que sa boisson aide à combattre les radicaux libres. Aussi bien manger une orange, qui contient de 60 à 80 mg de vitamine C, selon les Diététistes du Canada.

Enrichir son urine

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« Même si on prend deux ou trois fois trop de vitamines B2, B3 ou B6, ça ne va pas nous donner de super beaux cheveux tout d’un coup », souligne Karine Gravel, nutritionniste et docteure en nutrition.

De toute façon, moins de 3 % des adultes canadiens ont une carence en vitamine C, selon l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé 2012-2013 de Statistique Canada. C’est la même chose pour les autres vitamines et minéraux contenus dans OCÓO : avec une alimentation équilibrée, une personne en santé n’en manque pas.

« Même si on prend deux ou trois fois trop de vitamines B2, B3 ou B6, ça ne va pas nous donner de super beaux cheveux tout d’un coup, souligne Karine Gravel. Notre corps ne peut pas faire des réserves de vitamines du complexe B, ni de la vitamine C. Donc, si on a comblé nos besoins et qu’on a un surplus dans notre corps, on va l’éliminer dans l’urine. Ce n’est pas intéressant de payer pour ça. »

Cher payé

OCÓO recommande de suivre un « programme d’attaque ». Il consiste à « consommer un OCÓO (250 ml) par jour pendant un minimum de quatre à six semaines ». Chez Uniprix, La Presse a payé 4,59 $ pour une bouteille, avec taxes. Au bout de six semaines, une consommation quotidienne d’OCÓO revient à près de 200 $. « C’est beaucoup d’argent pour quelque chose que vous allez facilement retrouver dans les aliments que vous consommez tous les jours », note Yves Jalbert. D’autant plus qu’après ces six semaines, OCÓO conseille de continuer à boire une boisson par jour !

En petits caractères, OCÓO ajoute : « Adoptez une alimentation diversifiée et équilibrée ainsi qu’un mode de vie sain. » Yves Jalbert s’interroge : si vous vous nourrissez bien et que vous prenez de saines habitudes, comment saurez-vous si c’est OCÓO — ou votre mode de vie — qui vous assure beauté et bien-être ?

Est-ce que la boisson Ocoo est autorisée à faire toutes ces allégations ?

« Santé Canada évalue présentement le site Web de la boisson OCÓO pour déterminer la classification appropriée du produit et s’il y a une non-conformité aux exigences réglementaires applicables, répond Geoffroy Legault-Thivierge, agent de relations avec les médias à Santé Canada. Si des cas de non-conformité sont relevés, le Ministère prendra les mesures qui s’imposent. »