Manger pour mieux nourrir son cerveau. C’est ce que propose la nutritionniste Elisabeth Cerqueira dans TDAH – 21 jours de menus, qui vient de paraître chez Modus Vivendi. Mère de trois enfants, dont l’une présente un TDAH, elle y propose des recommandations ainsi que 55 recettes nutritives. La Presse l’a jointe au Portugal, où elle était en vacances en famille.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Vous mentionnez que l’alimentation ne cause pas le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, mais que les habitudes alimentaires peuvent en atténuer ou en exacerber les symptômes ?

Oui. Les gens pensent que l’alimentation peut causer le TDAH, mais pas du tout. Le TDAH est un problème neurocomportemental, neurobiochimique. C’est vraiment au niveau du cerveau. Le TDAH peut toutefois provoquer des effets comme l’impulsivité alimentaire, la sélectivité alimentaire ou les troubles de l’appétit qui font qu’une personne ne va pas manger du tout, puis dévaliser le frigidaire.

Votre livre s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes, autant aux personnes qui prennent de la médication qu’à celles qui n’en prennent pas ?

Oui. Des gens ont pensé que notre livre portait sur l’alimentation pour éviter la médication. Ce n’est pas notre but. Jusqu’à présent, les études ne démontrent pas que changer son alimentation permet d’éviter la médication, dans le cas du TDAH. Prendre ou ne pas prendre de médication, c’est un choix qui doit être fait avec le médecin et les parents.

Vous soulignez l’importance d’avoir de saines habitudes de vie, dont une bonne alimentation ?

Un enfant qui a un TDAH et qui ne dort pas bien sera beaucoup plus affecté par le manque de sommeil qu’un autre enfant. C’est la même chose avec l’alimentation : si la personne avec un TDAH ne mange pas assez de protéines, de vitamines, de minéraux, bref, de nutriments, elle va être plus affectée qu’un autre enfant ou qu’un autre adulte.

Des études ont démontré que les personnes avec un TDAH présentent majoritairement des taux plus faibles en fer, en plusieurs vitamines, en magnésium et en zinc, des nutriments qui participent au développement du cerveau ?

PHOTO FOURNIE PAR MODUS VIVENDI

TDAH —21 jours de menus, d’Elisabeth Cerqueira en collaboration avec Marlène Bouillon

Oui. Il faut comprendre que le cerveau d’un enfant avec un TDAH n’est pas aussi mature qu’un autre cerveau. Il faut donc travailler fort pour que son alimentation favorise le neurodéveloppement. Le parent qui a un enfant avec un TDAH doit s’assurer, encore plus qu’un autre, de répondre à ses besoins nutritionnels.

Ce que vous conseillez, c’est une alimentation très saine, plutôt méditerranéenne, avec des légumes, des fruits, des légumineuses, des grains entiers, des poissons et des noix. C’est bon pour tout le monde, en fait ?

Oui. Dans une famille, c’est bon pour tout le monde, de bien manger et d’être actif.

Vous recommandez de cuisiner à la maison, de planifier repas et collations, d’éviter les additifs alimentaires et les produits ultra-transformés, comme les bonbons ou le bouillon en cube. Là aussi, ces recommandations sont pour tous ?

Oui. Ceux qui ont un TDAH pourraient toutefois réagir encore plus à certains colorants. Manger des bonbons ne va pas créer le TDAH, mais ça peut augmenter ses effets.

Appliquez-vous les conseils que vous donnez dans votre famille ?

Oui. Je suis bien placée pour en parler : je suis nutritionniste et je suis une maman occupée avec trois enfants, dont une fille qui a un TDAH. C’est tout un défi. Quand l’enfant a faim, c’est tout de suite. Son côté agressif peut parfois ressortir. À ce moment-là, il veut tout manger… Après, il ne mange rien du bon repas qu’on a préparé. Cela affecte sa concentration le lendemain. C’est vraiment une roue qui tourne… Il faut une planification alimentaire pour réussir.

Les propos d’Elisabeth Cerqueira ont été édités en raison de l’espace limité.

TDAH – 21 jours de menus, d’Elisabeth Cerqueira en collaboration avec Marlène Bouillon, collection Savoir quoi manger, éditions Modus Vivendi.