Les vignerons montrent aujourd’hui qu’on peut produire du bon vin au Québec, mais c’était loin d’être évident lorsque Luc Beauchemin a vinifié pour la première fois, dans les années 1970. Ce producteur installé à Yamachiche a persévéré et son travail démontre maintenant toute la finesse et le potentiel du terroir d’ici.

Karyne Duplessis Piché
Karyne Duplessis Piché Collaboration spéciale

À quelques mètres de la route 138 qui traverse la petite municipalité de Yamachiche, seul le bruit de l’autoroute brise le calme qui règne au Vignoble et domaine Beauchemin. Derrière le bungalow, quelque 14 000 pi de vigne tanguent dans la plaine du lac Saint-Pierre.

« J’ai cherché une terre sur la rive sud et sur la rive nord du lac Saint-Pierre, raconte-t-il. Je voulais profiter de l’effet du lac sur le climat pour planter mon vignoble. »

Ce vignoble, Luc Beauchemin en rêve depuis son adolescence, lorsqu’un Français s’est installé dans son village de Saint-François-du-Lac, dans le Centre-du-Québec. Il lui a appris la vinification à l’aide de cerises.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Luc Beauchemin, vigneron et fondateur du Vignoble et domaine Beauchemin

J’ai fait mes premières fermentations en cachette dans ma garde-robe. On ne buvait pas de vin chez nous. Mon père était dans un cercle Lacordaire, une ligue anti-alcool. Quand ça s’est mis à couler sous la porte, ma mère n’était pas contente.

Luc Beauchemin, vigneron et fondateur du Vignoble et domaine Beauchemin

Sa mère n’a pas aimé le dégât causé par les fermentations, mais elle a aimé le goût de la boisson. À tel point qu’elle a encouragé son fils à persévérer. Quelques années plus tard, près d’une centaine de vignes poussaient dans la cour des Beauchemin.

Ce vignoble expérimental a permis à Luc Beauchemin de développer son expertise et aussi d’initier son frère, Denis, qui est aujourd’hui propriétaire du vignoble du Nival.

Essai-erreur

Depuis qu’il s’est installé à Yamachiche, en 2010, le vigneron a testé plusieurs cépages. Encore aujourd’hui, une quinzaine de variétés poussent dans son vignoble. On y trouve les traditionnels hybrides comme le frontenac et le radisson, ainsi que des cépages plus rares importés d’Europe comme le grüner-veltliner et le savagnin.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Une quinzaine de cépages poussent dans le vignoble.

À l’ombre de l’immense cerisier qui pousse dans son jardin, Luc Beauchemin débouche fièrement ses bouteilles. Il verse d’abord un assemblage rosé ultraparfumé, puis un pinot noir croquant et juteux. Il hume longtemps son verre avant de décrire les arômes avec entrain. Une fois en bouche, tous ses vins, le blanc, le rosé, le rouge et même l’orange, présentent une pointe saline.

Cette caractéristique provient sans doute du terroir dont le sol était autrefois recouvert par la mer de Champlain. L’endroit possède un autre atout : la proximité avec le lac Saint-Pierre limite les épisodes de gel au début et à la fin de la saison.

Malgré cette position géographique, les dernières années ont été difficiles pour le vigneron. Avec l’aide d’un seul employé sur le domaine, et sans tour à vent, il a perdu la moitié de sa récolte à cause du gel en mai.

Les trois hectares de vignes exigent un travail colossal, c’est pourquoi le domaine n’est pas ouvert au public. Mais à quelques jours des vendanges, le vigneron ne se décourage pas. « La vigne, c’est la plus belle plante du monde, lance-t-il. Aucun autre fruit ne peut donner cette complexité d’arômes. »

La récolte s’annonce petite, mais en levant son verre de chardonnay, Luc Beauchemin sait déjà qu’elle sera bonne.

Consultez le site du Vignoble et domaine Beauchemin

À goûter

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Rosé, pinot noir et chardonnay du Vignoble Beauchemin

Magnifique chardonnay

Les vignes de chardonnay de Luc Beauchemin sont encore jeunes, mais déjà, les fruits démontrent le grand potentiel de son terroir. Dès l’ouverture, le bouquet rappelle les parfums de poire, de fleurs et de cendre. Gourmand et rond en bouche, le vin persiste longtemps et il fait saliver. À déguster maintenant avec des huîtres ou à laisser en cave quelques années.

Vignoble Beauchemin Chardonnay 2020, 31,99 $ (épicerie spécialisée)

Joli rouge

Les variétés hybrides rouges cultivées au domaine Beauchemin sont réunies dans cet assemblage fruité et épicé. Radisson, chambourcin, marquette et frontenac noir s’ouvrent sur des notes de fruits noirs et une touche herbacée. Une fois le vin en bouche, l’attaque juteuse révèle des arômes d’épices douces qui se prolongent dans une longue finale saline. Ce rouge du Québec est tout indiqué pour accompagner les premiers mijotés de l’automne.

Vignoble Beauchemin vin rouge 2020, 22,99 $

Une première version de cet article indiquait que le domaine comptait 5000 pieds de vigne, mais le nombre exact est plutôt 14 000 pieds. Nos excuses.