(Dijon) Frappés par un épisode de gel exceptionnel, les vignerons de Bourgogne et de la vallée du Rhône dressaient vendredi avec effroi un premier bilan pouvant, par endroits, aller jusqu’à une perte quasi totale de la récolte.  

Agence France-Presse

« Ce sera la plus petite récolte des Côtes du Rhône de ces 40 dernières années » : Philippe Pellaton, président d’Inter-Rhône, évalue à « environ 80 % à 90 % » les pertes subies sur les près de 68 000 hectares de ce terroir.  

« Le phénomène a touché presque l’intégralité du territoire, ce qui est très rare. Normalement, on a des épisodes de gel bien plus localisés », ajoute le responsable, qui s’alarme : « les viticulteurs sont catastrophés, abattus ».

« Entre le Brexit, les taxes Trump ou la COVID-19, ça fait beaucoup pour nous, petits viticulteurs. Pour les moins solides financièrement, ça va être très compliqué », confirme Michaël Gerin, président de l’appellation Côte-Rôtie, qui évalue ses pertes de production à « 80, voire 100 % ».

« Beaucoup d’entre nous ne sont pas assurés. C’est souvent trop cher. La déclaration de l’état de calamité agricole est un premier pas mais il va falloir aller au-delà », ajoute-t-il.

« Je pense que, depuis 1938, on n’a jamais vu ça », renchérit Christophe Pichon, président de l’appellation Condrieu.  

La situation n’est pas meilleure en Bourgogne (28 841 hectares de vignes), et en particulier pour la prestigieuse appellation Chablis (Yonne).  

Les dégâts se chiffrent entre « 80 et 90 % », estime Frédéric Gueguen, du bureau de la Fédération de défense de l’appellation Chablis. « Je crains qu’il y ait certaines exploitations qui ne s’en remettent pas », avertit le viticulteur, qui pense à arracher une partie de sa vigne pour « revenir à des cultures vivrières ».  

Sur l’ensemble de la Bourgogne viticole, « on a au moins 50 % de dégâts », évalue François Labet, président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB).  

« Ça pourrait être pire que 2016 », quand la vigne de la région avait été touchée jusqu’à 70 % en fonction des zones. « En 2016, on n’avait qu’un coup de blizzard. Cette fois-ci, on a eu trois nuits de fortes gelées », a expliqué M. Labet.

Tout changer ?

« On constate une ampleur de dégâts assez importante », acquiesce Ludivine Griveau, régisseuse des 60 hectares de vignes des Hospices de Beaune (Côte d’Or). « On sent du découragement. Il y en a qui en ont marre d’être vignerons », ajoute Mme Griveau.

Le sud de la Bourgogne a particulièrement souffert, avec notamment -8° à Igé (Saône-et-Loire), souligne Thomas Canonier, conseiller viticole au Vinipôle Sud-Bourgogne.  

« C’est historique par l’intensité du gel et l’ampleur des zones touchées : personne n’a été épargné en Saône-et-Loire. C’est exceptionnel », souligne-t-il, attribuant ce phénomène au changement climatique. Les températures sont « plus douces en hiver » donc les vignes bourgeonnent plus vite, bien avant que les risques de gel soient passés, explique-t-il.

En visite dans la célèbre appellation de Pouilly-Fuissé, le préfet Julien Charles a assuré qu’il allait « déployer à court et long terme tout ce que l’on peut pour passer cette phase délicate ».

Mais le régime de calamité agricole est « très a posteriori », estime François Labet, de l’interprofession bourguignonne. « Ce qui nous intéresse, c’est l’a priori : il faudrait plutôt s’attaquer au problème que de le résoudre a posteriori ».

Ce nouvel épisode de gel devrait pousser les viticulteurs à « une réflexion globale et collective », abonde Mme Griveau. « On parle du gel en avril et, en juin, on parlera de sécheresse ! Il faut tout changer, modifier nos conditions de production et assez vite ».