Trop sucrées, fades ou carrément imbuvables, les boissons sans alcool ont longtemps eu mauvaise réputation. Ce temps est révolu.

Publié le 23 janv. 2021
Karyne Duplessis Piché
Karyne Duplessis Piché Spécialiste en vin, collaboratrice invitée

L’offre des produits à 0,5 % d’alcool a explosé en 2020, et ce n’est que le début. Devant cet engouement, la Société des alcools du Québec (SAQ) a même créé une affiche afin qu’on puisse mieux repérer les boissons sans alcool dans ses succursales.

Étienne Boulay n’aurait jamais imaginé devenir une tête d’affiche pour les boissons sans alcool. Depuis qu’il a arrêté de consommer, il y a quatre ans, l’ancien joueur de football a tout essayé : le vin désalcoolisé, la bière 0,5 %, puis les cocktails. Il trouvait les options plutôt limitées.

« Dans les cocktails sans alcool, faciles à faire à la maison, il y a bien sûr le Virgin Caesar, dit-il. On va se le dire, c’est du Clamato. Quand tu en as bu un verre, tu n’as pas nécessairement envie d’un deuxième. »

Une rencontre avec Jonathan Robin, un ami de longue date, propriétaire de la distillerie Noroi, a tout changé. À l’aide d’un équipement de pointe, ils ont créé la gamme de prêts-à-boire sans alcool Atypique. Le goût de ces boissons rappelle parfaitement celui des cocktails comme le rhum-cola ou le spritz. La popularité des boissons, offertes en épicerie, a surpris l’équipe. « On a vendu 250 000 canettes en un mois, indique Étienne Boulay. C’est au-delà de nos attentes. »

Ce succès n’étonne pas Jonathan Robin. La distillerie Noroi a commercialisé l’an dernier le tout premier gin-tonic prêt à boire sans alcool à la SAQ. Ce qui devait être un test pour l’entreprise de Saint-Hyacinthe est devenu partie intégrante de son plan d’affaires.

Après de nombreux tests, Noroi s’apprête maintenant à commercialiser le premier rhum sans alcool ainsi qu’un gin sans alcool. Tout comme les prêts-à-boire, les spiritueux sans alcool connaissent un engouement hors norme.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Jonathan Robin, propriétaire de la distillerie Noroi

Spiritueux sans alcool

Dans la campagne anglaise, le jeune Ben Branson a élaboré en 2015 le tout premier spiritueux sans alcool. Cette boisson aqueuse permet de remplacer la vodka ou le gin dans un cocktail tout en conservant l’impression de chaleur liée à l’alcool. Ces produits nommés Seedlip ont eu l’effet d’une bombe dans les bars. Seulement en Angleterre, selon les données recueillies par l’International Wine and Spirit Research, les ventes de spiritueux sans alcool ont bondi de 170 % au cours des deux dernières années.

Cette tendance n’est pas passée inaperçue au Québec. Dans le quartier industriel de Lévis, la distillerie des Appalaches souffle à peine sa première bougie. Après avoir commercialisé deux gins, elle vient de lancer un spiritueux sans alcool nommé Alphonse.

C’est un beau défi. On a travaillé plusieurs mois avant de trouver les ingrédients qui imitent le serrement de gorge de l’alcool et la bonne quantité d’arômes.

Dave Ricard, président de la distillerie des Appalaches

Contrairement au vin ou à la bière à 0,5 %, les spiritueux sans alcool ne sont pas désalcoolisés. Ils sont produits dans un alambic de manière à concentrer les arômes, mais sans l’alcool. Selon Dave Ricard, la quantité d’aromates nécessaire pour parfumer ces boissons est de trois à quatre fois plus élevée que dans un spiritueux classique.

À Saint-Hyacinthe, Jonathan Robin le concède : concentrer des arômes dans l’eau n’est pas une mince tâche. Il a d’ailleurs choisi de ne pas filtrer son gin sans alcool afin de conserver un maximum de saveurs. « C’est légèrement cloudy, dit-il. Mais si on filtre, on perd de 10 à 20 % d’arômes et on n’a pas les moyens d’en perdre. »

Tout comme le gin sans alcool de la distillerie des Appalaches, les spiritueux sans alcool de Noroi se retrouveront sur les tablettes de la SAQ. Car même si ces nouvelles boissons peuvent être vendues en épicerie, les ventes de produits sans alcool sont en croissance à la société d’État. « On va augmenter l’offre au cours des prochains mois, explique la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard. La saveur est maintenant au rendez-vous dans cette catégorie. »

PHOTO FOURNIE PAR BLUEPEARL DISTILLERIE

Le gin-tonic Jardin verde

Vins, bières et même cidres ; une centaine de produits sans alcool sont vendus à la SAQ. La société d’État mettra également en vente Lumette, un gin sans alcool de la Colombie-Britannique qui a gagné le prix du meilleur gin contemporain à Londres, l’an dernier. Une autre canette québécoise, Jardin verde sans alcool, sera aussi mise en vente ce printemps.

Pour qu’on puisse mieux les reconnaître, la société d’État a créé une affiche de couleur turquoise qui sera déployée dans un maximum de succursales au cours de l’année.

À déguster

Gin-tonic

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE LA SAQ

Noroi, Esprit de London

Parmi les trois gins sans alcool produits au Québec, celui de Noroi est sans doute celui qui a le plus de caractère. Ses parfums évoquent le thé des bois et le gingembre. Il se démarque par sa présence tannique en bouche. Servi avec un peu de tonic, des glaçons et du citron, difficile de faire la différence avec la version alcoolisée.

Noroi, Esprit de London, 29,90 $ (14681231)

> Consultez la fiche de la SAQ

Spritz du Québec

PHOTO FOURNIE PAR LE VERGER HEMMINGFORD

Spritzöl sans alcool

Les créateurs du spritz prêt-à-boire à base de cidre du Québec, le Spritzöl, ont préparé une version désalcoolisée de leur produit. La canette sera mise en vente dans quelques jours et le goût de la version sans alcool est si proche de celui de l'original qu’il est difficile de les différencier. François Pouliot élabore le produit au Verger Hemmingford.

Spritzöl sans alcool, 12,80 $ pour 4 canettes de 250 ml (14590398)

> Consultez le site du Verger Hemmingford