La crise actuelle a eu pour effet positif de solidariser une partie des bars du Québec, ceux qui aimeraient bien qu’on leur permette de vendre du vin de qualité et d’autres alcools pour emporter et qui souhaitent aussi changer leur image d’entrepreneurs de seconde classe. La Nouvelle association des bars du Québec (NABQ) vient de naître.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

La NABQ compte déjà une centaine de membres, dont la Taverne Saint-Sacrement, la Buvette chez Simone, le Rouge gorge, Soif Bar à vin, la foire gourmande Le Cathcart, le Jatoba, Philémon, Bar St-Denis, Bar Furco et Majestique.

« Notre priorité, en ce moment, c’est de convaincre le gouvernement qu’il est pressant d’avoir un décret ministériel nous permettant de vendre du vin, de la bière, des cocktails prémélangés, etc. pendant la durée de la crise, comme l’ont fait la ville de New York et l’Ontario, par exemple », affirme Pierre Thibault, président fondateur de la NABQ, initiateur du mouvement #unbarcestunepme et propriétaire de la Taverne Saint-Sacrement.

Rappelons que les titulaires de permis de restaurant du Québec ont le droit de vendre de la bière, du cidre et du vin pour emporter avec un repas. Mais des établissements avec une cuisine réputée comme Loïc, Henrietta, Soif, Bar St-Denis et plusieurs autres ne peuvent pas vendre d’alcool parce qu’ils possèdent un permis de bar.

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L’association se dit en mesure de travailler avec le gouvernement pour fixer les paramètres d’un assouplissement de la loi. « On pourrait proposer des journées et des heures fixes pour la vente et/ou la livraison. Arrêter à 19 h, par exemple, pour éviter que des gens débarquent dans un bar à minuit pour acheter une bouteille de vodka à emporter », propose Pierre Thibault.

On ne veut pas soûler la population ! On ne veut pas non plus paraître pressés de rouvrir. Tout ce qu’on demande, c’est d’avoir la même chance que les restaurants de faire rentrer un peu d’argent pour payer nos frais fixes et ne pas faire faillite.

Pierre Thibault, président fondateur de la NABQ et propriétaire de la Taverne Saint-Sacrement

Jusqu’à maintenant, les bars qui en ont fait la demande ont reçu l’aide aux entreprises canadiennes du gouvernement fédéral (40 000 $ sans intérêt sur 2 ans, dont 10 000 $ en subvention si les autres 30 000 $ sont remboursés avant le 31 décembre 2022). Dans la métropole, on attend maintenant la réponse de PME MTL, qui gère la portion de 40 millions du Programme d’action concertée temporaire aux entreprises (PACTE). Ce fonds de 150 millions a été versé par Investissement Québec aux régions (100 millions) et aux villes de Québec (10 millions) et de Montréal (40 millions).

Quant à l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial qui a été mise en place par le gouvernement fédéral, il reste encore trop d’inconnues pour en connaître le dénouement. L’association aimerait par ailleurs pouvoir alléger le fardeau des baux commerciaux de ses membres au-delà du mois de juin, en négociant de nouvelles ententes provisoires.

Statut des bars

Outre les dossiers urgents générés par la crise, la NABQ souhaite profiter de son erre d’aller pour changer le statut des bars de manière permanente auprès des diverses instances gouvernementales. Si les « débits de boisson » ont réussi à obtenir de l’aide ces dernières semaines, c’est parce qu’on leur a accordé un changement de statut temporaire. Les bars font normalement partie des entreprises non admissibles aux mesures d’urgence économiques. « La NABQ a pour objectif de mettre de l’avant l’importance vitale de nos commerces dans l’économie locale et dans le tissu social québécois », peut-on lire dans le communiqué.

L’association aimerait aussi être consultée dans le cadre de la mise en application de la loi 170 modernisée, qui permettra aux restaurateurs de vendre de l’alcool sans servir de repas. « Dans la mesure où les modifications à cette loi sont faites avec une certaine modération, nous n’y voyons aucun problème. […] Mais nous voulons connaître et discuter des paramètres que la Régie des alcools, des courses et des jeux et le gouvernement du Québec ont prévus à cet effet, pour une cohabitation saine entre les bars et les restaurants », est-il écrit sur site de la NABQ.

Pierre Thibault fait un parallèle entre les bars et l’industrie du taxi. Le permis de bar, longtemps très convoité et d’une grande valeur financière, perdrait beaucoup de son attrait si tout le monde pouvait soudainement commencer à servir de l’alcool sans nourriture.

Finalement, la NABQ demande de faire partie des discussions autour des protocoles de réouverture de ses établissements, parmi les plus durement touchés par les mesures de distanciation physique.