(Brighton, Angleterre) Les Anglais ont toujours été de grands consommateurs de vin mousseux. Or, ils ne sont plus de simples acheteurs : le pays est discrètement en train de devenir un producteur sérieux. Au cours de la dernière décennie, la superficie du vignoble anglais a été multipliée par trois et ses artisans rêvent désormais de jouer dans la cour des grands.

Karyne Duplessis Piché Karyne Duplessis Piché
Spécialiste en vin, collaboratrice invitée

À la fin du mois de septembre, quelques reflets dorés et rouges annoncent l’arrivée de l’automne dans la campagne anglaise. L’étroite route qui relie Londres au sud du pays traverse de nombreux villages où se succèdent les maisons en rangée de briques rouges et celles au toit de chaume. Un peu plus loin, posé dans un pré verdoyant, un château semble tout droit débarquer de la série Downton Abbey. La féérie est totale.

Une heure après avoir quitté la capitale, les premières vignes apparaissent dans le paysage vallonné du Sussex. En tout, plus de 700 entreprises cultivent du raisin en Angleterre. Parmi elles, 165 produisent du vin, dont la majorité se trouvent dans le Sud.

Kirsty Goring descend d’une charrette, tirée par un tracteur, où a pris place un groupe de touristes anglais. En ce samedi matin ensoleillé, la jeune femme raconte aux visiteurs l’histoire du domaine. Sa famille possède une immense propriété depuis le XVIIIe siècle. Non loin du château familial et des écuries, les Goring ont planté de la vigne pour créer en 2006 le vignoble Wiston.

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Kirsty Goring

« Les vignes sont plantées dans un sol calcaire comme en Champagne », explique Mme Goring aux visiteurs.

Cette similitude entre les sols intéresse depuis longtemps les Anglais. Avant les années 90, quelques pionniers ont planté de la vigne dans l’espoir de produire de grands vins effervescents. Or, le temps froid limitait leurs ambitions.

Plus maintenant. Les changements climatiques ont bouleversé les perspectives au cours des 20 dernières années. Les étés sont plus longs, moins pluvieux et, surtout, les nombreux investissements permettent aujourd’hui de cultiver les mêmes variétés de raisin qu’en Champagne.

Car les vignerons anglais ont un objectif en tête : produire de grands vins effervescents. Et ce rêve semble de plus en plus à portée de main, malgré les défis.

Un climat capricieux

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Le domaine Wiston

Charles et Ruth Simpson possèdent depuis plusieurs années un vignoble dans le Languedoc, dans le sud de la France. En 2014, le couple d’origine britannique a démarré un nouveau projet viticole dans le Kent, dans le sud-est de l’Angleterre. Cette région est réputée plus clémente, plus chaude et plus lumineuse.

Au printemps 2017, comme les autres vignerons anglais, les Simpson ont été surpris par les caprices du climat.

« On a perdu 70 % de la récolte à cause du gel printanier », explique Henry Rymill, qui s’occupe des ventes au sein de l’entreprise.

Corinne Seely a vinifié aux quatre coins du monde avant de s’installer en Angleterre, il y a 10 ans. Les défis du climat anglais ne rebutent pas l’œnologue d’origine française. Au contraire. Elle est convaincue du potentiel viticole.

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Corinne Seely a vinifié aux quatre coins du monde avant de s’installer en Angleterre, il y a 10 ans.

« Je ne suis pas ici pour faire du vin français, dit-elle. On est dans une nouvelle catégorie, un monde à part. »

Pour s’assurer de la qualité de ses vins, peu importe la qualité de la vendange, elle utilise, au domaine Exton Park, la même façon de faire qu’en Champagne. Elle assemble le vin de plusieurs années afin de créer un goût constant.

« Les vins d’assemblage de millésime me permettent de créer une qualité constante et un goût similaire à chaque tirage », explique l’œnologue.

Cette façon de faire est encore peu répandue en Angleterre, même si 70 % des cuvées élaborées dans le pays sont effervescentes.

Gros capitaux, gros prix

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De jeunes vignes au domaine Exton Park

Corinne Seely n’est pas la seule Française à croire à l’avenir du vin anglais. Les maisons champenoises Taittinger et Vankren-Pommery ont planté de la vigne dans l’île britannique. Et comme en Champagne, les bulles anglaises coûtent cher. En moyenne, le prix minimum d’une bouteille est de 25 livres sterling (45 $CAN).

Selon le directeur des ventes Chris Delves, du domaine Hattingley, l’un des plus importants producteurs de mousseux anglais, les prix élevés sont justifiés.

« Le prix est le même qu’un champagne, parce que le vin anglais est de la même qualité, dit-il. Ce n’est pas le même vin, mais c’est la même qualité. »

Le prix des bouteilles semble cependant freiner les exportations, du moins au Québec, où les agences d’importation privée arrivent difficilement à convaincre la SAQ de commander des cuvées.

Cet enjeu préoccupe peu la jeune région viticole. Car pendant que la menace du Brexit et des tarifs douaniers plane sur le commerce européen, sur les terrasses de Brighton, les Britanniques trinquent tranquillement avec des bulles de chez eux.

Trois vins anglais

À la SAQ

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Exton Park Blanc de Noirs NM, Code SAQ : 14134801, 49,75 $

Les vins d’Exton Park sont les seules cuvées anglaises offertes à la SAQ. Ça tombe bien, ses bulles sont parmi les meilleures dégustées lors du séjour dans les vignobles d’Angleterre. Autre bonne nouvelle : ses prix ne sont pas exagérés. La cuvée Blanc de noirs est élaborée uniquement avec du pinot noir. Dans le verre, le vin sent les petits fruits d’été, le bleuet et la framboise. Après un élevage de 24 mois sur lattes, ses bulles sont très crémeuses et elles sont soutenues par une acidité croquante.

Exton Park Blanc de Noirs NM (14134801) 49,75 $

> Consultez la fiche de la SAQ : https://www.saq.com/page/fr/saqcom/vin-mousseux/exton-park-blanc-de-noirs-nm/14134801

Bientôt à la SAQ

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Simpsons Estate, Gravel Castel 2018, à venir au printemps, autour de 23,80 $

Simpsons Estate est l’un des plus jeunes vignobles anglais et il est sans doute l’un des plus prometteurs. Son chardonnay non boisé (et sans bulles) surprend par la complexité de ses arômes et sa texture en bouche. Il s’ouvre sur des notes de pommes vertes, de citron et une pointe de fumée. Sur les papilles, l’élevage sur lies confère une texture ronde et des notes de noisette. C’est fruité et très long. Le domaine utilise uniquement les raisins de la propriété, et comme les vignes sont encore jeunes, les prochains vins gagneront en finesse.

Simpsons Estate, Gravel Castel 2018, à venir au printemps, autour de 23,80 $

En importation privée

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Tillingham, R18, 38,91 $, importation privée

Ben Walgate vinifiait au domaine Gusborne avant de démarrer un petit vignoble à son image, soit excentrique et marginale. Établi sur le site d’une ancienne ferme de houblon, il vinifie une vingtaine de cuvées nature, dont plusieurs avec des cépages hybrides, encore répandus en Angleterre. C’est le cas de son rouge R18. Il est produit avec une variété appelée régent. Il fermente d’abord les raisins en entier selon la technique de la macération carbonique, qui permet de mettre en évidence les notes fruitées, puis il presse les raisins avec les pieds. Il termine enfin l’élevage dans des amphores de terre cuite. Très fruité, c’est un vin anglais hors norme.

Tillingham, R18, 38,91 $, importation privée

> Consultez le site de l’agence Les Vieux Garçons : http://www.lesvieuxgarcons.ca