(Paris) Les deux principaux organisateurs de salons viticoles en France, Comexposium et le bordelais Vinexpo, ont officialisé mercredi leur fusion pour créer « le 1er organisateur mondial d’événements dédiés au vin », deux ans après le début d’un rapprochement de terroirs, aussi sensible culturellement qu’économiquement.

Isabel MALSANG
Agence France-Presse

La société Comexposium avait déjà marié, sous le nom de Wine Paris il y a deux ans, le salon des vins du sud Vinisud, autrefois basé à Montpellier, et Vinovision, qui célébrait à Paris les vins dits septentrionaux, issus de vignobles plantés au nord du 45e parallèle : Loire, Bourgogne, Alsace, Beaujolais, Champagne, Jura, Savoie, Auvergne.

Ne manquait plus guère à l’appel que Vinexpo, le plus célèbre des salons français, né à Bordeaux, qui battait de l’aile pour n’avoir pas su rassembler le reste des vignobles français.

Petite révolution dans le village très régionaliste et orgueilleux des salons viticoles français, cette année, Vinexpo-Bordeaux, dont le nombre d’exposants et de visiteurs diminuait, s’est délocalisé à Paris, aux mêmes dates et au même endroit que Wine Paris.

Ne restait plus qu’un pas à accomplir, le rapprochement des structures.

Chose faite mercredi lorsque Comexposium et Vinexpo holding, propriété de la chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux-Gironde ont annoncé être entrés « en négociations exclusives » pour « donner naissance à une nouvelle entité qui sera le premier organisateur mondial d’événements dédiés aux vins et spiritueux ».

Le rapprochement « devrait être finalisé avant l’été » ont indiqué les deux partenaires lors d’une conférence de presse mercredi à Paris.

Concurrencer l’Allemagne, copier l’Italie

Dans un environnement « fortement évolutif et mondialisé » et sur fond de baisse de la consommation de vin en France, la nouvelle structure sera chargée d’organiser des manifestations « accueillant annuellement plus de 78 000 visiteurs issus de 140 pays et 5900 exposants », ont-ils précisé.

Le siège social de la nouvelle société, qui n’a pas encore de nom, sera à Bordeaux et la cinquantaine de salariés répartis sur trois sites, Paris, Bordeaux et Madrid. Un directeur général sera nommé dans la foulée.

« On est face à des marchés en tension aux États-Unis comme au Royaume-Uni avec le Brexit, et une consommation qui baisse, il y avait un besoin de trouver de nouveaux débouchés, c’était le bon moment de passer outre les rivalités » en réunissant les complémentarités existantes autour des 13 interprofessions viticoles liées à Comexposium et toutes les marques et châteaux liés à Vinexpo, explique Rodolphe Lameyse, directeur général de Vinexpo.

Après le coup de massue reçu en octobre lors de l’imposition de taxes par l’administration Trump sur les vins français de moins de 14 degrés, et dans l’attente d’une possible deuxième vague de taxes américaines sur les vins pétillants, le premier rôle de la nouvelle structure, détenue à parts égales par les deux acteurs, sera en effet de promouvoir l’exportation.

Deuxième rôle, imposer Paris comme une capitale internationale du vin. Alors que la France est le premier exportateur mondial en valeur, le premier salon européen du secteur, ProWein, se tient chaque année en mars, à Düsseldorf en Allemagne, ayant peu à peu pris le pas sur Vinexpo qui fut jusqu’en 2007 en position de tête.

En pariant sur un atout essentiel : être capable, lors du salon Wine Paris qui sera désormais annuel début février, d’être le premier vignoble européen à faire goûter — dès février — son millésime de la vendange précédente à tout ce que la planète compte d’importateurs, sommeliers, œnologues, cavistes ou acheteurs de la grande distribution ou de la restauration.

La nouvelle entité organisera aussi les expositions viticoles jusqu’à présent assurées par Comexposium et Vinexpo, à Amsterdam, Hong Kong, Shanghaï ou New York. Vinexpo Bordeaux continuera de se tenir tous les deux ans sous un format renouvelé.

L’idée est aussi de sortir du fier particularisme opposant les terroirs français, jaloux de leurs traditions locales, pour copier l’Italie, capable de regrouper ses forces agroalimentaires et ses terroirs sous une même bannière à l’exportation (Eatitaly).

Reste néanmoins un acteur de poids indépendant dans le secteur, et en plein développement : le salon mondial des vins biologiques Millésime bio, qui se tient du 27 au 29 janvier à Montpellier.