(Soweto) En ce lundi, l’ambiance est festive dès le petit matin pourtant glacial dans le township sud-africain de Soweto : des dizaines de personnes font la queue devant des magasins d’alcool prêts à rouvrir après neuf semaines de régime sec.

Michelle GUMEDE
Agence France-Presse

Depuis le début du confinement anti-coronavirus le 27 mars, il était interdit d’acheter bière, vin et spiritueux en Afrique du Sud, le pays du continent le plus touché par la pandémie avec plus de 34 000 cas, dont 705 décès.

Officiellement, l’interdiction était destinée à réduire la pression sur les services d’urgence et à limiter les violences conjugales, véritable fléau dans la société sud-africaine.

Mais après une forte pression des consommateurs et de l’industrie, les cavistes ont pu rouvrir lundi dans le cadre d’un assouplissement des mesures destinées à lutter contre la propagation de la COVID-19.

« On est sur un petit nuage, tellement excités », confie un client, Bongani Khumalo, 36 ans. « Il y a foule », ajoute-t-il devant un magasin de Soweto, dans la grande banlieue de Johannesburg.

« Je suis là pour acheter ma bière adorée », explique Anele Mapoma, un infirmier de 31 ans. « Ça fait un sacré bout de temps que je n’ai pas trempé mes lèvres dans la mousse et fait... des rots », lance-t-il en souriant.

Dans la file d’attente sinueuse, des clients, masques sur le visage, ont les bras chargés de caisses de bière vides prêtes à être remplies.

« Je me suis réveillé très tôt pour être ici », explique un jeune homme de 24 ans qui avoue, sous couvert de l’anonymat, attendre « ce jour depuis un mois ».

« Traumatisant »

À 9 h pile, les magasins d’alcool rouvrent enfin.

À l’entrée, des gardes de sécurité prennent la température des clients, qui entrent par petites grappes.

En ce début de mois, « les gens ont été payés et d’autres sont contents de retourner enfin au travail. Je pense que les gens ont toutes les raisons de faire la fête », estime Bongani Khumalo, un travailleur indépendant.

L’Afrique du Sud est passée lundi du niveau d’alerte sanitaire 4 au niveau 3 — sur une échelle de 5 — avec le retour de plus de 8 millions de salariés au travail.

Bongani Khumalo est soulagé, car la prohibition a alimenté pendant plus de deux mois le marché noir. « C’était très traumatisant quand des gens devaient acheter de l’alcool illégalement, ils ont fait tellement grimper les prix », explique-t-il.

Même constat pour les cigarettes, dont la vente reste toujours interdite, en dépit de la colère des consommateurs et des industriels qui ont saisi la justice.

L’interdiction de la vente d’alcool a été levée, mais les ventes restent très encadrées : les achats en magasin ne sont possibles que du lundi au jeudi de 9 h à 17 h.

Pendant le confinement, le ministre de la Police Bheki Cele s’est fait le champion de la prohibition, en lui attribuant la baisse de la criminalité constatée depuis fin mars. Il n’a pas caché qu’il aurait été favorable au maintien de l’interdiction.

L’Afrique du Sud figure au 30e rang mondial en termes de consommation d’alcool par habitant, selon des chiffres de 2010 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Asenathi Faleni, 22 ans, qui reconnaît être un accro de la bouteille, juge d’ailleurs totalement justifiée l’interdiction de plusieurs semaines qui l’a mis au régime sec.

« Sinon, le virus se serait propagé beaucoup plus rapidement parce que nous les buveurs, on n’écoute pas vraiment une fois qu’on est ivres », reconnait-il avant de refaire le plein.