(BAROLO, Italie ) À mi-chemin entre les pentes enneigées des Alpes et les plages de la mer Ligure, le temps semble figé dans le paysage vallonné du Piémont. La région réputée pour ses truffes, ses noisettes et son vin a longtemps évité les modes, respectant jalousement ses façons de faire ancestrales et ses coutumes. Avec la popularité grandissante de ses crus, les touristes débarquent en quête d’authenticité. Et ils sont servis.

Karyne Duplessis Piché Karyne Duplessis Piché
Spécialiste en vin, collaboratrice invitée

Au sommet du campanile de La Morra, les collines du Piémont s’étendent à perte de vue. De là-haut, les parcelles de vigne semblent former un immense casse-tête, découpé par des routes sinueuses et surveillé par des châteaux depuis l’époque médiévale.

La famille Dogliani, propriétaire du domaine Batasiolo, est installée depuis trois générations au pied du bucolique village. Au début du mois d’août, alors qu’à l’autre bout du pays, les vignerons siciliens démarrent les vendanges, dans le Piémont, les grappes de nebbiolo commencent à peine à changer de couleur.

« C’est le cépage le plus tardif de la région, explique Firenzo Dogliani. On le récolte en octobre alors qu’il y a beaucoup de nebbia, c’est-à-dire de brume. »

Le nebbiolo n’est pas le cépage le plus planté du Piémont. Il ne représente que 10 % de la production. Ses rouges de couleur pâle, souvent comparés à ceux à base de pinot noir, ont fait la renommée de la région.

PHOTO KARYNE DUPLESSIS PICHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Autour de Barolo, les vignes abondent.

Une fois en bouche, la ressemblance avec le cépage bourguignon prend fin. Le nebbiolo possède des tannins si puissants que les experts ont longtemps conseillé d’ouvrir les bouteilles de Barolo et de Barbaresco la veille du service.

Héritage

Comme plusieurs producteurs du Piémont, Firenzo Dogliani s’exprime en français. Pendant plusieurs siècles, la région a fait partie du Duché de Savoie. Un héritage profond qui se ressent dans la valorisation de son terroir.

Comme en Bourgogne, les vignes des communes piémontaises sont divisées en micro parcelles, des crus, cultivées par plusieurs producteurs. Cette mise en valeur complexe des compositions du sol et de l’exposition des vignes n’est pas la seule similitude avec la mythique région française.

Même si le Piémont peut se targuer de produire parmi les plus prestigieux vins du monde, sur la route qui relie Barolo à Alba, les domaines s’affichent peu. Comme en Bourgogne. Cette discrétion protège le charme rustique des villages, mais il rend plus complexe la visite de la région.

Trouver le domaine de la famille Colla, près de Barbaresco, relève d’ailleurs de l’exploit. Même avec un GPS.

Une fois au sommet du chemin bordé d’arbres, Tino Colla montre avec fierté ses parcelles de barbera et de dolcetto, les deux autres variétés rouges locales. Le vigneron a étudié en Bourgogne et il a rapporté dans ses bagages du pinot noir. Ce cépage côtoie les cépages traditionnels dans son vignoble. Une menace à la typicité locale ? Pas vraiment.

Pour Tino Colla, le patrimoine piémontais va au-delà de ses cépages.

PHOTO KARYNE DUPLESSIS PICHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Tino Colla montre avec fierté ses parcelles de barbera et de dolcetto.

Les boisés autour des vignes sont très importants. C’est à cet endroit que pousse la truffe. Il y a eu des études pour trouver un moyen de les reproduire, mais c’est impossible. Ça fait partie de notre terroir.

Tino Colla, vigneron piémontais

Au creux des collines, là où la vigne ne donne pas de bons fruits, c’est un autre produit incontournable de la région qui pousse : la noisette. Dans le berceau du Nutella, où est installée la fabrique de Ferrero, l’aveline possède un goût puissant et singulier.

Une fois les visites terminées, ces spécialités de la gastronomie piémontaise se réunissent à table. Sur la terrasse de l’Osteria dell’Unione à Treiso, où le mouvement Slow Food est né, on sert des plin — pâtes farcies de viande — et on râpe des copeaux de truffe blanche sur tous les plats.

Sur la longue carte des vins, c’est le Piémont bien sûr qui est roi.

Deux vins pour découvrir le Piémont

S’initier au dolcetto

PHOTO FOURNIE PAR LA SAQ

Andrea Oberto Dolcetto d'Alba 2017, 19,40$ (12688560)

Ce rouge du Piémont provient de la commune de La Morra où le producteur Andrea Oberto vinifie le dolcetto. Ce cépage fait partie du classique trio piémontais en compagnie de la barbera et du célèbre nebbiolo. Cette variété offre des vins aux couleurs soutenues, mais souvent moins puissants. C’est le cas ici. Cette cuvée s’ouvre sur des notes de fruits noirs mûrs et une touche de fines herbes. En bouche, les tannins, légèrement asséchants, sont soutenus par un fruité gourmand et une finale épicée. Une aubaine à ce prix ! Autre coup de cœur à surveiller : la cuvée « Rooster Label » de Poderi Colla arrivera dans quelques semaines à la SAQ (code 13674362).

Andrea Oberto Dolcetto d'Alba 2017, 19,40$ (12688560)

> Consultez la fiche de la SAQ

Pour se gâter

PHOTO FOURNIE PAR LA SAQ

Beni di Batasiolo Barolo 2015, 30,10 $ (10856777)

Élaboré avec les jeunes vignes de différentes parcelles de la commune, ce barolo est l’un des moins chers en vente au Québec. Il est cependant parfait pour s’initier à ces vins renommés. Il s’ouvre sur des notes de prune, de mûre et d’herbes aromatiques. On perçoit également de l’encens et de la rose. Le tout se retrouve dans une bouche aux tannins agréables et moyennement puissants. Idéal pour accompagner l’osso buco. N’hésitez pas à le carafer au moins deux heures pour en profiter pleinement.

Beni di Batasiolo Barolo 2015, 30,10 $ (10856777)

> Consultez la fiche de la SAQ