Toutes pareilles, les vodkas ? La première microdistillerie de Charlevoix  – Menaud – entend bien convaincre les consommateurs québécois que la vodka n’est pas qu’un alcool fort, et insipide, avec sa première cuvée produite du grain à la bouteille. Et 100 % locale.

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

La vodka Menaud est préparée exclusivement avec du blé (en majorité, 75 %) et du seigle (25 %) cultivés par une seule et même famille à L’Isle-aux-Coudres, puis transformés à Clermont, dans Charlevoix. La microdistillerie vient d’obtenir le permis officiel de la SAQ pour commercialiser ses premières bouteilles (fort jolies, par ailleurs : leur design a été primé par le Conseil de la transformation alimentaire du Québec).

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C’est à Victoria, en Colombie-Britannique, que le distillateur a été fabriqué sur mesure pour Menaud. 

« Ç’a été long, remarque Charles Boissonneau, l’un des quatre partenaires de Menaud. La SAQ considère qu’une vodka est un spiritueux incolore, inodore, et qu’il n’y a pas vraiment de distinction par rapport au goût, alors que notre alcool neutre a un goût de grains, de fruits secs, même si c’est assez subtil. » Lors des premières dégustations, et de notre passage en janvier, la vodka avait même des notes de banane, qu’on a justement travaillé à effacer en modifiant la température de fermentation. « Ce n’est pas un goût qui plaît à tous », remarque-t-il. Depuis, la vodka a remporté deux prix, aux Sip Awards (argent, dans sa catégorie) et à la Compétition internationale de spiritueux de New York (argent, dans sa catégorie).

De grands projets

Il faut dire que la microdistillerie voit grand. À terme, elle vise une capacité de production de 250 000 bouteilles de gin (80 % de la production) et de vodka (20 %), et on ne ferme pas la porte à des exportations hors Québec.

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L’alambic en cuivre de Menaud est à la portée du regard des visiteurs. 

Notre rythme est un peu plus lent qu’ailleurs parce que nous produisons du grain à la bouteille, nous n’achetons pas de l’alcool neutre qu’on aromatise pour faire le gin. » — Charles Boissonneau

Mais ce n’est pas tout : plus tôt cet été, on a mis en barrique la première cuvée de whisky, qui sera prête à être commercialisée dans cinq ans.

Menaud produit aussi des bières, en canette ou en bouteille : les cuvées embouteillées sont systématiquement préparées avec des ingrédients locaux (salicorne, framboise, miel, entre autres) ou avec des produits d’artisans locaux, comme celle à l’expresso, hommage au torréfacteur de Baie-Saint-Paul.

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Martin Brisson, au bar, est le maître distillateur de la vodka et du gin chez Menaud. Les visiteurs peuvent s’arrêter pour goûter aux spiritueux et aux bières au bar jouxtant la microdistillerie. Cet été, une terrasse sera ajoutée pour les dégustations en plein air. 

Les bières sous verre ne sont, pour le moment, offertes qu’à la microdistillerie. Clermont n’est pas tout à côté – 400 km de Montréal, tout de même –, mais Menaud est judicieusement située sur le chemin menant au parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, si apprécié des randonneurs pour son magnifique sentier de l’Acropole-des-Draveurs. La microdistillerie est doublée d’un joli salon de dégustation avec vue sur les alambics. Cet été, une terrasse peut accueillir une cinquantaine de clients. Menaud n’a pas de permis de restaurant pour le moment, mais la clientèle peut apporter quelques victuailles pour accompagner bières et spiritueux. Les enfants sont admis.