(Ampuis) Les consommateurs privilégient de plus en plus le vin blanc. Résultat: une demande accrue pour cette couleur, reçue 5 sur 5 par l’interprofession de la Vallée du Rhône, majoritairement plantée en rouge, et qui prévoit de «blanchir» un peu ses vignobles.

Agence France-Presse

Ce «“plan structurel global pour les vins blancs de la Vallée du Rhône” fait partie de nos axes stratégiques et devrait voir le jour à la fin de l’année», a expliqué lundi Eric Rosaz, délégué général d’Inter Rhône, lors d’un conférence de presse à Ampuis (Rhône), terre de la prestigieuse appellation Côte Rôtie.

«Il s’agit d’un chantier majeur pour l’avenir de la Vallée du Rhône qui permettra de révéler nos grands terroirs à blancs, en réponse à des consommations croissantes», a-t-il poursuivi.

Les vignobles rhodaniens qui s’étendent de Lyon à Avignon produisent déjà près de 300 000 hectolitres de blancs, avec certains crus ou domaines réputés, comme le Condrieu. Mais le rouge y représente plus de 85 % de la production.

«Les milléniaux veulent boire frais et aiment les bulles», résume le président d’Inter Rhône Michel Chapoutier. Du coup, ils délaissent les rouges au profit des blancs et des effervescents.

La mode des bulles profite aux vins du Diois (Drôme), qui viennent de rejoindre Inter Rhône. Les exportations de vins effervescents du Diois (Clairette de Die et Crémant) ont atteint 12 000 hectolitres en 2018 pour un chiffre d’affaires de 5,8 millions d’euros (8,8 millions $).

«Il faudrait aussi oser servir le vin rouge frais. La conception d’un rouge forcément chambré date du 19e siècle! Ce que les nouveaux consommateurs n’apprécient pas, ce n’est pas le tanin, c’est la température de service», affirme M. Chapoutier.

«Sur les grandes tables gastronomiques, il y a de plus en plus de mariages mets/vins avec du blanc», ajoute-t-il.

Pour accompagner le «plan blanc», les professionnels disposent d’un SIG (système d’information géographique), qui permet d’identifier des zones de production disponibles «qui pourraient répondre au mieux à nos besoins en blancs», relève l’interprofession.

Ce SIG pourra aider les vignerons à mieux sélectionner les parcelles à forts potentiels «blanc» méritant d’être replantées dans les cépages les mieux adaptés.

Globalement, plus de 2,7 millions d’hectolitres du millésime 2018 ont été récoltés dans les vignobles de la Vallée du Rhône qui s’étendent sur 68 132 hectares, et 365 millions de bouteilles commercialisées, selon l’interprofession.

Côté exportations, la Chine est aujourd’hui le quatrième marché export pour le vignoble rhodanien. À ce jour, majoritairement en rouge, mais la demande en blanc y progresse également.

Premier marché en valeur, les États-Unis le deviennent aussi en volume. Les exportations rhodaniennes y ont progressé de 82 % en dix ans, à 146 600 hectolitres en 2018, et ont doublé en valeur, passant de 52 millions d’euros à 107 millions. Quelle que soit la couleur, la «premiumisation» s’y poursuit avec une hausse des ventes au-delà de 10 dollars la bouteille.

Le Royaume Uni atteint quant à lui la deuxième place en volume et le demeure en valeur, même si les incertitudes liées au Brexit et la dévaluation de la livre ont perturbé un marché qui, souligne Inter Rhône, «reste essentiel» pour le deuxième vignoble d’AOP tricolore, avec 32 appellations et 2 IG (indication géographique), derrière Bordeaux.

La Belgique est le troisième marché pour la Vallée du Rhône avec 137 000 hectolitres.