En cette ère presque post-pandémique, la restauration prend un nouveau souffle. L’environnement dans lequel on retrouve nos amis pour manger et boire prend peut-être encore plus d’importance qu’avant. Voici trois endroits qui se font un honneur d’être aussi beaux que bons.

Publié le 17 septembre
Sophie Ouimet
Sophie Ouimet La Presse

Le vin dans les voiles : vin nature à saveur tropicale

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Valériane Paré et Julie Audette dans leur quartier général, rénové par les architectes de la firme Dupont Blouin

Qu’est-ce que c’est ? Le quartier général de l’agence de vin nature Le vin dans les voiles

Qu’est-ce qu’on boit ? Du vin nature

Propriétaires : Julie Audette et Valériane Paré

Architectes : Marie-Josée Dupont et Olivier Blouin

Julie Audette et Valériane Paré sont des bourlingueuses. Copropriétaires de l’agence de vin nature Le vin dans les voiles, elles ont toujours parcouru le monde à la recherche des meilleurs vins et vignerons.

Évidemment, cette vie, c’était avant la pandémie. Mais même si cela reprend tranquillement aujourd’hui, elles ont eu envie de créer un endroit où elles pourraient… se sentir en vacances toute l’année, même quand ce n’était pas le cas. « On voulait un local très chaleureux, tropical, qui inspire le voyage. On aime beaucoup voyager, c’est pour ça qu’on fait ce métier », affirme Julie, confortablement assise dans l’un des fauteuils du quartier général où l’on rencontre son associée et elle.

Chaleureux, le résultat l’est, effectivement. Dans le grand local au look industriel situé dans l’édifice Grover, rue Parthenais, le soleil entre à flots. Il y a du plancher de bois franc, des plantes, un papier peint déjanté (nous y reviendrons), des livres sur le vin… Mais surtout, la pièce est dominée par le bar vert forêt et le grand rideau rosé, imaginés par les architectes de la firme Dupont Blouin.

Un bar à l’italienne

C’est lors d’un évènement chez elle que Julie a abordé Marie-Josée Dupont et Olivier Blouin, qu’elle connaissait déjà un peu. À sa grande surprise, ils ont volontiers accepté de travailler sur le projet. Valériane et elle avaient notamment besoin d’un bar de dégustation comptant un point d’eau et d’un bon espace de rangement.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Les architectes Marie-Josée Dupont et Olivier Blouin

Les architectes ont répondu à ces demandes par deux grands gestes : un bar à l’italienne, avec comptoir haut où l’on déguste les vins debout, ainsi qu’un grand rideau qui, au-delà de ses qualités esthétiques, sert à dissimuler tout ce qu’on ne veut pas nécessairement voir.

  • Le matériau du bar, en métal ondulé peint en vert, vient rappeler ces bars temporaires en acier ondulé qu’on voit parfois sur les plages.

    PHOTO OLIVIER BLOUIN, FOURNIE PAR V2COM

    Le matériau du bar, en métal ondulé peint en vert, vient rappeler ces bars temporaires en acier ondulé qu’on voit parfois sur les plages.

  • Puisque le copain de Julie travaille dans une entreprise qui vend du mobilier de bureau, le local était déjà meublé quand les architectes ont été engagés. Il ne manquait que le bar !

    PHOTO OLIVIER BLOUIN, FOURNIE PAR V2COM

    Puisque le copain de Julie travaille dans une entreprise qui vend du mobilier de bureau, le local était déjà meublé quand les architectes ont été engagés. Il ne manquait que le bar !

  • Le rideau permet notamment d’absorber les sons, précisent les architectes.

    PHOTO OLIVIER BLOUIN, FOURNIE PAR V2COM

    Le rideau permet notamment d’absorber les sons, précisent les architectes.

  • L’extrémité du bar, là où on voit le marchepied,
peut servir de comptoir-lunch.

    PHOTO OLIVIER BLOUIN, FOURNIE PAR V2COM

    L’extrémité du bar, là où on voit le marchepied,
peut servir de comptoir-lunch.

  • L’illustratrice Aurore Danielou a créé ce papier peint sur mesure pour les filles du Vin dans les voiles.

    PHOTO OLIVIER BLOUIN, FOURNIE PAR V2COM

    L’illustratrice Aurore Danielou a créé ce papier peint sur mesure pour les filles du Vin dans les voiles.

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L’objet en plastique ondulé vert a plusieurs utilités à lui seul, souligne Olivier Blouin. « L’idée, c’était de faire un geste ultrasimple qui venait prendre tous les besoins du bar : l’espace de dégustation, mais aussi tout ce qui est électros, eau, rangement, poubelle », résume-t-il. Le tout est rangé dans des caissons IKEA cachés sous le comptoir.

En tête d’îlot, on trouve une section avec des tabourets pour les employés qui voudraient prendre leur pause lunch.

Le matériau ondulé n’est pas sans rappeler ces bars temporaires en acier qu’on trouve parfois à la plage. « Comme c’était un petit budget, on a pris le choix d’utiliser un plastique ondulé qui est beaucoup moins cher », affirme Marie-Josée.

Le rideau aussi rappelle le métal ondulé. Si on pousse un peu la sémantique du tropical et de la voile, ça peut être comme des ondes, des vagues.

Olivier Blouin, architecte

Le rideau offre également, derrière lui, beaucoup d’espace pour ranger bottes et manteaux, boîtes, caisses… Entre les deux pans de tissu trône un meuble de rangement turquoise qui permet d’exposer les bouteilles de vin, ajouter des plantes, suspendre des verres.

  • Le but de louer ce local était notamment d’offrir un endroit pour
les employés de l’agence qui avaient envie de sortir de la maison.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Le but de louer ce local était notamment d’offrir un endroit pour
les employés de l’agence qui avaient envie de sortir de la maison.

  • La tapisserie rend hommage au chien de Julie, décédé l’an dernier, qui trône au milieu de l’image.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    La tapisserie rend hommage au chien de Julie, décédé l’an dernier, qui trône au milieu de l’image.

  • Un coin de la pièce compte un support à vêtements de Solo Échantillons, boutique de l’avenue Laurier Est qui appartient à une amie de Julie.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Un coin de la pièce compte un support à vêtements de Solo Échantillons, boutique de l’avenue Laurier Est qui appartient à une amie de Julie.

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Les filles ont aussi fait appel à leur amie Aurore Danielou pour créer un papier peint. On y trouve leurs animaux préférés – dont le chien de Julie, mort l’an dernier –, mais également des licornes…

C’était aussi pour illustrer la folie dans l’univers du vin, pour se démarquer par rapport à tout ce qui est classique. Le vin, c’est juste du raisin fermenté ! C’est du plaisir, ça n’a pas à être snob.

Julie Audette, copropriétaire de l’agence de vin nature Le vin dans les voiles

L’idée était aussi d’avoir un endroit confortable pour rassembler les membres de l’équipe qui, pris à la maison depuis trop longtemps, voulaient changer de décor. Mais s’y sont ajoutés d’autres invités, dont des restaurateurs de passage à Montréal, notamment. « Tant qu’à recevoir des gens ici, on veut que ce soit beau et invitant, ajoute Valériane. C’est sûr qu’on a un souci du détail. »

Maintenant, le cercle s’est agrandi un peu plus, car les propriétaires de l’agence organisent aussi des ateliers régulièrement pour les gens qui voudraient s’initier aux vins nature. On peut vraiment dire qu’elles ont, oui, le vent dans les voiles.

Consultez le site du Vin dans les voiles
Consultez le site de Dupont Blouin architectes

Osmo X Marusan : de béton, d’acier et de lumière

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Le designer Mathieu Domingue Trempe aimait bien le look brutaliste du lieu, avec sa coquille en béton.

Qu’est-ce que c’est ? Un café le jour, lieu événementiel le soir

Qu’est-ce qu’on sert ? Du café et une cuisine d’inspiration japonaise

Propriétaires : David Schmidt et Hideyuki Imaizumi

Designers : MDT Mobilier

Le café Osmo X Marusan est l’un des nombreux établissements du restaurateur David Schmidt, copropriétaire ici avec Hideyuki Imaizumi. Mais pour Mathieu Domingue Trempe, qui a fait le design de l’endroit avec son collègue Éliott Légaré, il s’agit de la première création sur laquelle il a travaillé de A à Z.

« Mathieu a fait des meubles pour plusieurs de nos entreprises, dont le Fleurs et cadeaux [restaurant dans le Quartier chinois], explique le restaurateur David Schmidt, joint au téléphone. Ça fait quand même cinq ou six ans qu’on travaille ensemble. Chaque fois que j’ai du travail de métal un peu plus poussé à faire faire, je fais appel à lui. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Mathieu Domingue Trempe et Éliott Légaré, de MDT Mobilier

Mais est venu le moment où Mathieu voulait mener son propre projet de design, et il en a parlé à David. Ça tombait bien, celui-ci était en train de négocier le bail de ce qui allait devenir l’Osmo X Marusan. « Il nous a dit qu’il avait le projet parfait pour nous », explique Mathieu Domingue Trempe, qui officie sous le nom MDT Mobilier. « On lui a donné carte blanche », enchaîne David Schmidt.

Il fallait justement meubler le lieu, niché dans l’historique maison Notman, à l’angle des rues Sherbrooke Ouest et Clark. Le café-terrasse, qui fait le pont entre deux maisons centenaires, a été rénové par Sid Lee architecture en 2014. Tout habillée de béton, la pièce qui abritait jusqu’à récemment le café Osmo est dotée de puits de lumière circulaires. Mathieu aimait le style brutaliste, qui s’harmonisait bien avec l’acier qu’il travaille. « On a utilisé de l’acier galvanisé pour les tables. Je trouvais que ça mariait bien le béton », souligne-t-il.

  • Café le jour, Osmo X Marusan se transforme en lieu événementiel le soir.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

    Café le jour, Osmo X Marusan se transforme en lieu événementiel le soir.

  • On y sert une cuisine d’inspiration nipponne, comme le tamago sando, sandwich aux œufs japonais.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

    On y sert une cuisine d’inspiration nipponne, comme le tamago sando, sandwich aux œufs japonais.

  • Les banquettes sont recouvertes d’une mince couche d’acier galvanisé pour les assises. Une couturière a fabriqué de petits coussins pour qu’on s’y assoie confortablement.

    PHOTO ÉLIOTT LÉGARÉ, FOURNIE PAR V2COM

    Les banquettes sont recouvertes d’une mince couche d’acier galvanisé pour les assises. Une couturière a fabriqué de petits coussins pour qu’on s’y assoie confortablement.

  • Grandes tables communes, petites tables individuelles, le café peut recevoir toutes sortes de clientèles avec différents besoins.

    PHOTO ÉLIOTT LÉGARÉ, FOURNIE PAR V2COM

    Grandes tables communes, petites tables individuelles, le café peut recevoir toutes sortes de clientèles avec différents besoins.

  • Le comptoir de service s’inscrit dans la même esthétique minimaliste, avec une petite touche de blanc.

    PHOTO ÉLIOTT LÉGARÉ, FOURNIE PAR V2COM

    Le comptoir de service s’inscrit dans la même esthétique minimaliste, avec une petite touche de blanc.

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Ainsi, il y a de grandes tables communes au centre de l’espace, et des tables individuelles sur les côtés. Pour les banquettes, Mathieu a utilisé de la brique, rappel de celle qui habille le bâtiment d’époque et que l’on voit à l’intérieur du café.

Béton, brique et acier se partagent ainsi l’espace mi-historique, mi-moderne.

De plus, certains éléments du mobilier, comme les chaises, les banquettes et les tabourets, allaient faire partie de la collection que MDT lançait en même temps sur son site. Le studio a donc fait d’une pierre deux coups. « Les chaises sont faites spécifiquement pour le restaurant, mais on les a maintenant adaptées à notre collection et on les vend au grand public », précise Mathieu Domingue Trempe.

Aussi, Hideyuki – anciennement propriétaire du Marusan, dans le Vieux-Montréal – étant grand fan de musique, on trouve également sur place une station de DJ, et on y vend des vinyles. « C’est pas mal seulement des vinyles qu’on fait jouer, on reste plus dans l’analogue dans notre approche musicale. On a souvent des DJ le jour qui jouent pendant que le café est ouvert, et on fait des évènements le soir aussi », précise David Schmidt.

Ça fait maintenant un an environ qu’Osmo X Marusan a ouvert ses portes. Depuis, le lieu change constamment au gré du temps. D’ailleurs, l’endroit a récemment remporté deux récompenses aux Grands Prix du design. Le temps nous dira comment évoluera ce lieu en constante mouvance.

Consultez le site d’Osmo X Marusan
Consultez le site de MDT Mobilier

Saison des pluies : de café à crémerie de quartier

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Lors des heures d’opération de la crémerie, on ouvre la porte de garage pour servir les clients.

Qu’est-ce que c’est ? Une crémerie (annexée au café de quartier du même nom)

Qu’est-ce qu’on mange ? De la crème glacée molle végane à base de noix de coco

Propriétaires : Antoine Lacroix-Vézina et Erika Lafleur

Designers : Studio Alphabet

Ce n’est pas parce qu’un endroit se nomme Saison des pluies qu’il est impossible d’y vendre de la crème glacée. Du moins, les propriétaires de ce mignon café de Villeray en ont décidé ainsi. Depuis l’été dernier, ils ont récupéré l’ancienne porte de garage qui donnait sur la petite rue secondaire pour y vendre leur glace molle végane.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

L’équipe d’Alphabet : Juliette Blouin, Marie-France Paquette, Marie-Eve B. Sévigny, Charline Lemieux et Jeanne Vinet-Gagnon

Pour créer le cadre de cette seconde vocation, ils ont de nouveau fait appel à Alphabet, le studio de design qui avait réalisé leur café de la rue Guizot Est il y a deux ans. « On avait eu une belle expérience avec eux, donc on a sondé leur intérêt pour savoir si ça leur disait de revenir pour faire le local », explique Antoine Lacroix-Vézina, copropriétaire des lieux avec sa conjointe Erika Lafleur.

L’ex-garage ne payait pas de mine, il faut le dire. Il servait notamment de débarras à l’ancien commerce qui occupait les lieux. « Il y a eu beaucoup de travail mis là-dedans, mais ils ont vraiment vu le potentiel, renchérit Marie-France Paquette, designer chez Alphabet. Et avec l’espace garage qui donne directement sur la rue, il fallait faire quelque chose avec ça. »

Le concept est simple comme tout : lorsque la crémerie est en activité – du mercredi au dimanche –, on ouvre la porte coulissante pour accueillir les clients. L’espace est tout petit, mais parfait pour remplir sa fonction. On l’a séparé en deux : à l’avant, le studio Alphabet a dessiné un comptoir tout en rondeur, surmonté d’une jolie lampe, où les gens peuvent passer leur commande. À l’arrière, on a installé une cuisine d’appoint, car celle du local à l’avant est plutôt petite. « Il y a beaucoup de préparation pour le café qui est faite là », précise Antoine. Une cloison sépare les espaces de service et de préparation.

  • Même si les deux espaces sont distincts, on reconnaît la signature
des designers d’Alphabet autant au café qu’à la crémerie.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Même si les deux espaces sont distincts, on reconnaît la signature
des designers d’Alphabet autant au café qu’à la crémerie.

  • Le joli café de Villeray se situe rue Guizot Est, alors que la crémerie s’ouvre sur l’avenue secondaire, Henri-Julien.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

    Le joli café de Villeray se situe rue Guizot Est, alors que la crémerie s’ouvre sur l’avenue secondaire, Henri-Julien.

  • Les copropriétaires du café et de la crémerie Saison des pluies, Antoine Lacroix-Vézina et Erika Lafleur

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Les copropriétaires du café et de la crémerie Saison des pluies, Antoine Lacroix-Vézina et Erika Lafleur

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L’idée était de rester dans le même esprit que le café, mais en apportant une touche plus ludique, soulignent à la fois propriétaires et designers. « On voulait quelque chose d’un peu plus funky, qui faisait un peu plus crémerie », résume Antoine.

Saveur estivale

Les deux espaces sont distincts, mais s’harmonisent mutuellement. « C’était la volonté des propriétaires d’avoir quelque chose d’un peu plus le fun et coloré, mais qui est complémentaire à l’espace déjà créé. Il y a le café et la crémerie, mais c’est un peu la même vision à travers tout ça », résume Marie-France.

Alors que le café se situe dans les tons chaleureux de bois et possède une esthétique plus minimale, l’espace crémerie joue avec les textures et les formes.

On est allés un peu dans une autre direction pour la crémerie, sans s’éparpiller non plus, parce qu’on ne voulait pas que ça devienne un arc-en-ciel de couleurs.

Marie-France Paquette, designer d’Alphabet

Le comptoir-caisse, d’une teinte pêche, ainsi que la lampe épousent de belles courbes, alors que le dessus du comptoir est en fini terrazzo, et les tuiles qui constituent son revêtement créent un relief intéressant. Même chose quant au mur qui sépare l’avant de l’arrière : « Il est fait de panneaux rainurés pour donner un effet de lambris, qui amène aussi une petite chaleur au lieu », note la designer.

Et cette continuité semble fonctionner, puisque ce sont souvent les mêmes familles qui fréquentent les deux lieux, a remarqué leur propriétaire. « C’est ça qui est drôle : on peut voir quelqu’un le matin au café, et le revoir le soir à la crémerie. On a quand même une belle clientèle de quartier au café », conclut Antoine.

Consultez le compte Instagram de Saison des pluies
Consultez le site d’Alphabet