Depuis leur arrivée au Québec, le mois de décembre embaume leur maison de parfums de clémentine et de cannelle. Les propriétaires d’Ateliers & Saveurs, Fanny et Éric Gauthier, embrassent les Fêtes à la québécoise dans tout ce qu’elles contiennent de chaleur et de féérie.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Martin Tremblay Martin Tremblay
La Presse

C’était en 2004. Éric était alors restaurateur à Nantes, tandis que Fanny attirait les oiseaux de nuit avec ses cocktails au célèbre Buddha Bar de Paris. Ils ont néanmoins décidé de tout balancer pour entreprendre une nouvelle épopée à deux, au Québec. Enfin… Plutôt à trois, puisqu’une petite Inès, encore blottie au chaud dans le ventre de sa mère, s’était pointée de manière inattendue avant le départ.

À son arrivée à Montréal, le couple s’est rapidement dégoté un emploi en restauration. Sans famille et encore peu entouré, Noël s’annonçait des plus tranquilles cette année-là. « Mon restaurant était fermé le soir de Noël, ce qui n’était pas le cas au départ pour Éric. J’ai d’abord pensé que je fêterais seule comme une Cosette, lance Fanny. Quand Éric a finalement eu congé à son tour, son directeur lui a dit : ‟Il est hors de question que vous soyez seuls à Noël !” »

Les nouveaux arrivants ont ainsi été catapultés dans un réveillon typiquement québécois : une fête au sous-sol, remplie de convives, de cadeaux et de musique. Simple et chaleureuse.

« En France, on avait l’habitude des repas assis où on met les petits plats dans les grands. Là, on s’est retrouvés à manger debout, à danser toute la nuit et à faire la fête », se remémore Éric. Dans un coin de la pièce trônait un buffet rempli de plats inusités : tourtières, ragoût de boulettes, couronnes de crevettes, trempettes, sandwichs à étages ou sans croûte… « Un concept open bar et open bouffe. C’était génial ! »

Pour clore cette soirée mémorable, une neige s’est mise à tomber vers minuit. « Pour deux immigrants de l’ouest de la France, c’était le summum de la féérie, enchaîne Fanny. Le plus beau cadeau qu’on pouvait souhaiter, c’était un Noël blanc et il a été exaucé. Ça nous confirmait qu’on était là où on devait être. »

Seize Noëls magiques

Il y a eu beaucoup de Noëls féériques depuis ce premier en terre d’accueil. D’abord parce qu’Inès, aujourd’hui âgée de 15 ans, a fini par voir le jour, et que deux autres belles surprises se sont aussi pointées : Lily, 13 ans, et Jade, 10 ans.

Bonne bouffe et bon boire sont évidemment des incontournables aux Fêtes chez les Gauthier, qui comptent désormais une célèbre cheffe en devenir dans leur tribu, puisqu’Inès a déjà publié deux livres de recettes. Mais au-delà des festins mémorables, il y a tous ces beaux moments devenus des traditions familiales au fil du temps.

Noël est spécial cette année. C’est pas la même ambiance, mais c’est la vie », déclare Lily avec philosophie. « Ça nous donne l’occasion de passer du temps en famille. C’est une question d’adaptation », ajoute Inès, appuyée par la cadette : « Moi, je trouve que c’est chaleureux ! »

Chaque nouveau mois de décembre, les filles décorent le sapin pendant qu’Éric prépare le souper, mais c’est à lui que revient l’honneur de déposer l’étoile à la cime de l’arbre, comme celui de mettre le bois dans la cheminée pour la première flambée de l’hiver.

Au réveillon, les amis proches et leur progéniture agrandissent la tablée. Les enfants, les décorations, la musique de Noël, la joie… C’est un moment privilégié, soulignent-ils. « La table est festive. On se maquille, on se coiffe et on enfile nos belles tenues. Éric porte rarement une cravate, mais au réveillon, il en met une. On fait des efforts. Mais à bien y penser, précise Fanny, ce n’est pas un effort, ça fait partie de la fête ! »

Un moment privilégié en famille

Quant au jour de Noël, il s’égrène tout doucement à cinq, en pyjamas. Les enfants rejoignent leurs parents dans leur lit, et la journée débute avec l’ouverture des cadeaux autour du sapin, moment particulièrement attendu. « C’est évidemment celui que je préfère ! », déclare Jade sans la moindre hésitation.

Suivent les films et les jeux de société. Pour le repas, du pain tartiné de beurre est mis à griller directement sur le feu avec du fromage et du jambon. « C’est notre rituel. Chez mes grands-parents, on faisait toujours cuire de grandes tartines dans l’âtre. Le pain avait ce goût de feu de bois, se souvient Éric avec un soupçon de nostalgie. Je le vois un peu comme un geste de partage : le père qui donne la becquée à ses enfants. »

Même en petit noyau, l’ambiance sera à la fête cette année. « Ce sera peut-être très intime, mais on a la chance d’avoir de beaux moments en famille et de rigoler tout le temps. Nous, on pourrait vivre ensemble au fin fond de la forêt et on serait bien quand même », soutient Éric, sans que personne ne s’y oppose. « On est quand même chanceux », renchérit Lily.

« Qu’on nous propose d’élaborer un menu de Noël pour La Presse me touche particulièrement, ajoute-t-il en aparté. Ça souligne tout le chemin qu’on a parcouru. Il y a 16 ans, on arrivait ici tous les deux. On a maintenant trois beaux enfants et une maison familiale comme on en rêvait. Aujourd’hui, dit-il avec émotion, je considère que ma patrie, c’est ici. »