Nappe à carreaux, panier et bouteille de rosé : les amoureux de pique-niques et de réunions entre amis dans les parcs sont heureux de savoir que leur saison n’est pas annulée. Au contraire, l’offre sera plus généreuse et variée que jamais, plusieurs restaurants se préparant à saisir cette nouvelle occasion d’affaires.

Maude Goyer
Collaboration spéciale

« J’en avais les larmes aux yeux ! » Pour Andrée-Anne Guénette, Montréalaise de 42 ans et grande fan de pique-nique, la nouvelle d’un début de déconfinement a été reçue comme un soulagement et un cadeau.

Depuis 13 ans, cette mère de deux garçons souligne son anniversaire, en juin, en organisant un pique-nique festif au parc Laurier. « C’est tellement agréable d’être dehors, ensemble, sans aucune pression, dit-elle. Les gens arrivent et repartent quand ils veulent. Tout le monde apporte sa nourriture, sa couverture, sa boisson et des jeux. »

Même s’il est recommandé de garder ses distances (2 m) et de ne pas se réunir à plus de 10 personnes, appartenant à un maximum de 3 familles, Marie-Christine Guindon, 34 ans, a accueilli la nouvelle « à bras ouverts ». « Organiser un pique-nique dans un parc, ça permet de découvrir différents coins de la ville et de profiter du grand air, souligne cette architecte-paysagiste, mère d’un garçon de 3 ans. Notre fils grignote, retourne jouer et se promène autour. C’est relaxe ! »

Dans ses bagages, outre ses vivres, elle apporte toujours un ballon, un frisbee et des petites voitures. « Et on laisse les téléphones à la maison, précise-t-elle. C’est un moment pour se rassembler en famille, pour vivre le moment présent. »

Formules « tout inclus »

Ceux qui voudraient saisir le moment présent de façon spontanée et qui n’ont pas envie de préparer tout ce qu’il faut pour improviser un pique-nique seront ravis de savoir que les restaurateurs pensent à eux. Ils sont nombreux, dans le Grand Montréal, à créer des formules « tout inclus » : paniers à pique-nique, boîtes à lunch, cabarets ou chariots… Les propriétaires de restaurants pensent à de nouvelles façons de faire pour répondre aux besoins des clients, avides de se réunir tout en respectant les consignes sanitaires.

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PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

De nombreux restaurateurs, comme le Robin des bois, offrent des formules « tout inclus » : paniers à pique-nique, boîtes à lunch, cabarets ou chariots...

« On pense à ça depuis des mois, confie Judy Servay, directrice générale et fondatrice du Robin des bois. On voulait offrir un menu take-out, mais on est tannés du plastique, de la vaisselle en carton et de tout ce qui est jetable. » Mme Servay et son équipe ont accouché d’une idée : « Le piknik à mémé ». Il s’agit d’un panier sur roulettes rempli de victuailles (rillettes, sandwichs, salades, pouding chômeur), d’une nappe et de vaisselle. « C’est de la vraie vaisselle, indique Mme Servay. Les gens laissent un dépôt et partent avec leur panier au parc ou sur le mont Royal. »

Caroline Desgagnés et son chef Tom Allain, du restaurant Mélisse, tout près du canal de Lachine, proposent une boîte avec un menu classique, agrémenté d’éléments saisonniers. « On pense à des guédilles au homard, par exemple, dit la propriétaire. On propose aussi des bouteilles de vin. »

À noter qu’à Montréal, il est permis de consommer des boissons alcoolisées dans les parcs, là où il y a des tables à pique-nique, lors de la prise d’un repas.

À Québec et à Sherbrooke, toute consommation d’alcool est défendue dans les espaces publics (sauf lors de certains événements ou festivals). Il vaut mieux vérifier quel est le règlement municipal en vigueur dans votre municipalité ou arrondissement pour éviter les amendes…

Danny Van Dam, propriétaire du Julian’s comptoir gourmand, situé à un coin de rue du parc Jeanne-Mance, constate une hausse de la demande pour les pique-niques : « Je dirais que ça a augmenté de 20 % dernièrement, note-t-il. On a adapté tous nos contenants et on songe à proposer des parasols et des couvertures pour permettre aux gens de manger à l’ombre lors des journées chaudes. »

Le projet de « kit à pique-nique » avance au café bar et tapas Perles et Paddock. « Les nappes sont chez la couturière et seront bientôt prêtes », signale le copropriétaire Maxime Perrault, qui précise que, moyennant un dépôt, les clients pourront apporter nappe, panier, ouvre-bouteille et couverts à l’un des parcs du secteur.

Parmi les précurseurs de l’option pique-nique, le Dinette Triple Crown, ouvert il y a huit ans, demeure fermé… pour le moment. La propriétaire Nicole Turcotte s’inquiète des nombreux cas de COVID-19 dans les quartiers autour de son établissement. « On est en train de réfléchir à tout ça, avoue-t-elle. Je sais que beaucoup de restaurants veulent adapter la formule pique-nique, mais je me demande comment faire pour tout désinfecter correctement, pour limiter les points de contact et éviter la propagation du virus. »

Ambivalente, Mme Turcotte croit qu’il n’est pas « aussi facile que cela » d’assurer la sécurité alimentaire pour « les employés et les clients ». « On ne veut pas participer au problème, laisse-t-elle tomber, alors je me demande : est-ce vraiment la bonne chose à faire ? Est-ce responsable ? »