L’engouement pour les poules pondeuses a atteint un nouveau sommet, ce printemps. Les Québécois ont plus envie que jamais d’œufs frais et d’un début d’autonomie alimentaire. Il y a des sites web, des chapitres de livres et même des livres en entier qui se consacrent aux bonnes pratiques d’élevage de ces miraculeux bipèdes. Voici quelques conseils.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

C’est en regardant des émissions de Martha Stewart et en lisant des livres sur l’autonomie alimentaire que Louise Arbour s’est intéressée aux poules pondeuses, autour de 2007-2008. À l’époque, on parlait assez peu d’agriculture urbaine, si l’on compare à 2020. Aujourd’hui, une cinquantaine de municipalités du Québec ont légalisé l’élevage de poules et d’autres suivront.

« Au départ, la mission de l’entreprise Poules en ville était d’aider les citoyens à légaliser les pondeuses dans leur municipalité », raconte Mme Arbour, dont le livre Des poules dans ma cour, publié chez Écosociété, sera en librairie le 26 mai.

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Louise Arbour s’est intéressée aux poules pondeuses, autour de 2007-2008.

Puis c’est devenu un site web gorgé d’informations et de références, une formation en élevage de poules urbaines — celle-ci est maintenant offerte sous forme de webinaire avec plus de quatre heures de contenu —, et une boutique virtuelle où l’on peut autant acheter des vers de farine qu’un poulailler préassemblé de luxe d’une valeur de 4200 $ !

Dans sa cour de Terrebonne Ouest, Louise Arbour chouchoute cinq poules. Deux œufs chaque matin, trois dans son pain sans gluten, un dans ses biscuits aux pépites de chocolat, un autre pour lier ses boulettes de viande… Louise Arbour n’a jamais trop de cocos. « L’œuf, c’est l’aliment parfait. Il n’y a rien de plus nourrissant. »

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Dans sa cour de Terrebonne Ouest, Louise Arbour chouchoute cinq poules. Deux œufs chaque matin, trois dans son pain sans gluten, un dans ses biscuits aux pépites de chocolat, un autre pour lier ses boulettes de viande...

Pondeuses recherchées

Il semble que les Québécois soient en effet plus que jamais friands de cette nourriture complète, polyvalente et délicieuse qu’est l’œuf. « Les poules pondeuses, c’est le papier de toilette du monde animal en ce moment », lance à la blague Pierre-Luc St-Jean, en faisant allusion au fait qu’au début de la crise de la COVID-19, les Québécois se sont rués sur les poules, comme ils se sont rués sur les paquets de papier hygiénique.

L’entreprise familiale dont il est le directeur général, Distribution Gilles St-Jean, fait la revente de poules aux particuliers. Si la demande est en constante augmentation depuis quelques années, elle a atteint un sommet ce printemps.

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Les pondeuses ne commencent à produire des œufs qu’à partir de l’âge de 18 semaines.

En 50 ans d’existence, on n’a jamais vu ça ! J’ai vendu trois fois plus de poules que d’habitude et si j’avais pu en avoir plus, j’en aurais vendu plus.

Pierre-Luc St-Jean

« J’ai même essayé de faire venir des poules d’Ontario, mais ça n’a pas fonctionné. Est-ce que les gens ont voulu des poules parce que les supermarchés ont manqué d’œufs à un moment donné ou parce que les gens se sont dit qu’ils auraient le temps, cet été, d’élever des poules ? Ça doit être un peu des deux. »

On entend le même discours dans toutes les meuneries et coops agricoles du Québec. Le téléphone ne dérougit pas et les poules sont réservées jusqu’en octobre, nous confirme Louise Morin, de Génération Grains Natures, qui vend moulée, poulettes et autres nécessités de basse-cour.

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La plus grande crainte de Louise Arbour est de voir l’augmentation de petits couvoirs amateurs qui vendent des poules non vaccinées et parfois déjà malades.

Les pondeuses ne commencent à produire des œufs qu’à partir de l’âge de 18 semaines. Aussi les producteurs n’ont-ils pu prévoir l’élan avicole des Québécois lorsqu’ils ont mis leurs premiers œufs fécondés au chaud, en octobre et novembre derniers. Voilà qui explique l’écart entre l’offre et la demande démesurée.

Les habitués réservent toujours leurs poules en janvier et février pour le printemps. On ne recommande pas de partir de poussins, à plus forte raison chez les poules de race, ceux-ci n’ayant pas reçu tous leurs vaccins et pouvant se révéler mâles au bout de plusieurs mois. Les races hybrides, elles, sont sexables dès la naissance.

Même si les couvoirs et les poulaillers commerciaux ont pu augmenter la production légèrement pour l’automne, il n’est pas garanti que les éleveurs novices veuillent se lancer dans la garde de poules pondeuses juste avant la saison froide. Pourtant, les pondeuses, surtout les hybrides issues des races les plus rustiques, comme la bonne poule rousse, sont tout à fait adaptées à l’hiver. La plupart continuent même de pondre à un très bon rythme, si elles ont suffisamment de lumière.

« La poule est facile à héberger l’hiver et, comme la plupart des oiseaux d’ici, ne craint pas le froid. Un espace un peu isolé, sec et à l’abri des courants d’air suffira. Une ampoule chauffante peut être installée dans l’espace semi-isolé, par-dessus l’abreuvoir et pas trop loin du pondoir, pour empêcher l’eau et les œufs de geler trop rapidement », conseille Dominic Lamontagne, auteur des livres La ferme impossible (2015) et L’artisan fermier – Manuel d’élevage artisanal du poulet de chair, de la poule pondeuse et de la chèvre laitière, publié chez Écosociété en 2019.

Inquiétudes

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Un espace un peu isolé, sec et à l’abri des courants d’air suffit pour abriter les poules.

Louise Arbour est bien entendu enchantée de l’engouement grandissant pour son espèce chouchou. Elle prédit néanmoins que plusieurs néo-éleveurs désenchanteront sans doute, ce qui pourrait remettre quelques poules sur le marché.

« Dans l’intervalle, ils auront des questions. Mes dépliants sont dans tous les magasins agricoles du Québec, mon site Poules en ville regorge d’informations. J’agis comme filet de sécurité pour les néophytes », déclare la spécialiste qui se fait appeler et écrire sans relâche à ce temps-ci de l’année.

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Des poules dans ma cour, de Louise Arbour

Mais la plus grande crainte de Mme Arbour est de voir l’augmentation de petits couvoirs amateurs qui vendent des poules non vaccinées et parfois déjà malades. « Les particuliers pourraient être tentés de se tourner vers ces éleveurs qui ne font pas toujours attention. »

Certains commerçants flairant la bonne affaire ont même commencé à faire monter les enchères. Pierre-Luc St-Jean, de Distribution Gilles St-Jean, a entendu parler de poules communes vendues pour 50 $. Une bonne pondeuse résistante ne devrait pas vous en coûter plus d’une quinzaine… à moins qu’elle ponde des œufs d’or !

Huit conseils pour un poulailler maison

Dominic Lamontagne, auteur des livres La ferme impossible et L’artisan fermier, et Louise Arbour, qui a écrit Des poules dans ma cour, en librairie le 26 mai, livrent leurs conseils.

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Une belle rousse dans toute sa splendeur...

• Commencez par tenter d’élever trois poules pendant une année entière.

• « Nul besoin de coq dans votre basse-cour pour que les poules pondent des œufs. Sans coq, les poules pondent des œufs stériles qui ne pourront pas être placés dans un incubateur pour en faire éclore des poussins. Un œuf fécondé est tout aussi propre à la consommation qu’un œuf qui ne l’est pas et la différence entre les deux [goût, apparence, valeur nutritive] est imperceptible. Les œufs d’épicerie sont stériles. » (Dominic Lamontagne)

• « La poule commence à pondre vers l’âge de six mois et le fera assez régulièrement pendant environ trois ans. Les œufs pondus seront plus petits au début, puis ils grossiront au fil du temps jusqu’à atteindre leur taille maximale lorsque la poule aura autour de 18 mois. Les poules naissent avec une quantité fixe d’ovules (entre 600 et 1000 selon la race) à partir desquels elles produisent leurs œufs. » (Dominic Lamontagne) 

• « Une caisse de lait remplie d’un peu de paille fait un pondoir idéal et bon marché. » (Dominic Lamontagne)

• « Le printemps, l’été et l’automne, si vous avez l’espace, élevez vos volailles sur l’herbe, dans une grande cage sans fond, ou dont le fond laisse les herbages pénétrer et les déjections des poules tomber sur le sol. Déplacez cette cage tous les jours et ne revenez aux mêmes emplacements que lorsque l’herbe se sera remise de la visite précédente de vos poules. » (Dominic Lamontagne)

• « L’achat de la nourriture de vos poules sera plus complexe que l’achat de nourriture pour chiens et chats à l’épicerie du coin ou à l’animalerie du quartier. En effet, la nourriture pour nos poules est encore vendue chez des détaillants spécialisés dans l’agriculture, comme des meuneries, des coops, des pépinières ou des commerces spécialisés en vente de moulée pour animaux. » (extrait du livre Des poules dans ma cour de Louise Arbour)

• « Les poules sont omnivores. Ce sont des composteurs nés. Mais puisque vous ne produirez sans doute pas assez de déchets de table pour les nourrir, vous devrez sans doute leur offrir de la moulée pour poule pondeuse. Je vous suggère de ne pas en offrir plus de 100 g par poule par jour. Offrez par contre une quantité illimitée de matières résiduelles provenant de votre cuisine, d’herbes fraîches, d’insectes, etc. » (Dominic Lamontagne)

• Bien qu’elle adore ses poules, Louise Arbour ne s’acharne pas quand vient le temps de dire au revoir à une de ses bêtes. « Après quatre-cinq ans, on peut dire que la pondeuse a eu une bonne vie. » Il y a alors deux options : l’euthanasie chez le vétérinaire, qui peut facilement coûter 120 $, ou l’abattoir. Dominic Lamontagne procède lui-même à l’abattage de ses pondeuses lorsqu’elles atteignent l’âge de 4 ans et ne se gêne pas pour les cuisiner !