(LAS VEGAS) Le festival gastronomique Vegas Uncork’d, qui rassemble chaque année les plus grandes vedettes de la restauration et dont la 13e présentation s’est conclue dimanche sur la célèbre Strip, a mis les femmes à l’honneur cette année.

Catherine Maisonneuve
Collaboration spéciale

Alors que l’an dernier, les événements signature du festival rassemblaient Gordon Ramsay, Guy Savoie, Nobu Matsuhisa et Jean-Georges Vongerichten, cette année, c’étaient plutôt Christina Tosi, Giada De Laurentiis, Lorena Garcia, Susan Feniger et Lisa Vanderpump qui animaient les événements les plus courus du festival.

« Oui, nous sommes cinq femmes en vedette cette année au festival, mais combien y a-t-il d’hommes ? Presque le double, a nuancé Giada De Laurentiis, tête d’affiche du Food Network et copropriétaire de deux restaurants à Las Vegas, Pronto by Giada et Giada Ristorante. Nous prenons effectivement plus de place et le milieu change et évolue, mais encore trop lentement, selon moi. »

« La restauration est une industrie qui a toujours été dominée par les hommes, souligne Lorena Garcia, première chef latino-américaine à inaugurer un restaurant sur la Strip. Tous domaines confondus, je crois que les femmes prennent leur place comme jamais auparavant. Nous avons démontré ces dernières années que nous étions capables de gérer la pression et le stress, mais aussi d’être d’excellentes leaders. Cette année, avec la programmation du festival et avec mes collègues à mes côtés, c’est l’occasion parfaite de montrer le chemin parcouru et de célébrer notre succès. »

Évolution à Vegas

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La chef Giada De Laurentiis (copropriétaire de deux restaurants à Las Vegas, Pronto by Giada et Giada Ristorante) et le chef Guy Savoy.

La programmation du festival reflète ce qui se passe à Las Vegas alors que de plus en plus de femmes chefs choisissent de s’y établir. Pendant 15 ans, la seule chef sur la Strip était Susan Feniger, qui a ouvert son restaurant Border Grill en 1999. Par la suite, « les restaurants français très traditionnels exploités par des chefs formés en Europe se sont succédé. Ce fut comme cela pendant très, très longtemps, explique Susan Feniger. Je crois que les gestionnaires, hôteliers et investisseurs sont majoritairement des hommes, et donc la roue a tourné pendant des années ; des hommes qui engagent des hommes et ainsi de suite ». 

L’ouverture du Giada Ristorante en 2014 est donc arrivée comme un vent de fraîcheur. « C’est lorsque tu obtiens du succès que tu confonds les sceptiques », précise Giada De Laurentiis.

« Je crois que la majorité des gens se disent d’une femme qui ouvre un restaurant : “Oh, elle n’a pas ce qu’il faut pour réussir, elle va échouer.” Mais si tu réussis, peu importe ton sexe, plus personne ne doute de toi. »

« Il a fallu beaucoup de temps avant que je sois entendue. J’ai dû me battre pour faire valoir mon point de vue et mes idées, mais je récolte ce que j’ai semé et aujourd’hui, on m’écoute… parce que le restaurant est toujours plein. »

La chef Nicole Brisson, qui a passé plusieurs années aux commandes des restaurants du B&B Hospitality Group avant d’être responsable d’une brigade de 25 chefs à l’Eataly Las Vegas, ne saurait mieux dire. « Le succès n’a pas de sexe, tranche-t-elle. Je crois que si tu es compétent dans ton domaine, peu importe lequel, les gens auront du respect pour toi, particulièrement tes collègues et tes employés. »

La chef, qui dirige une équipe majoritairement masculine, confie également avoir vécu son lot de défis à l’ouverture de l’Eataly Las Vegas. « Je crois que, malheureusement, encore aujourd’hui, les préjugés sont bien ancrés ; les gens vont d’abord te juger sur ton apparence avant ton savoir-faire. Oui, il faut se prouver en tant que femme, probablement deux fois plus qu’un homme aurait à le faire dans la même situation, mais si l’on a du talent et qu’on tient ses promesses, cela n’a plus d’importance au bout du compte. »

« Y mettre tout son amour »

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Adam Rapoport, éditeur en chef de Bon Appétit, et Lorena Garcia, première chef latino-américaine à inaugurer un restaurant sur la Strip.

Ces dernières années, les ouvertures de restaurants gérés par des femmes se sont succédé. Après Susan Feniger en 1999 et Giada De Laurentiis en 2014, Christina Tosi a ouvert Milkbar en 2016, Lorena Garcia a ouvert Chica en 2017 et Nicole Brisson a inauguré Eataly en 2018. Finalement, la restauratrice Lisa Vanderpump a profité de Vegas Uncork’d 2019 pour inaugurer le Vanderpump Cocktail Garden. Le nombre de restaurants d’envergure exploités par des femmes à Las Vegas vient donc de passer à six et ils obtiennent tous du succès.

« Lorsque nous avons ouvert Chica il y a deux ans, nous savions que c’était extrêmement risqué, confie Lorena Garcia. Je tenais à servir une cuisine qui honorait mes racines latines, et l’équipe s’inquiétait que les gens ne comprennent pas notre concept et n’apprécient pas notre cuisine. Aujourd’hui, le restaurant connaît un succès inespéré, mais j’y ai mis tout mon cœur et mon énergie et je me suis battue pour mes convictions. »

Selon Giada De Laurentiis, une femme qui ouvre et exploite un restaurant le fait avec plus de personnalité et de doigté qu’un homme, mais aussi de façon plus stratégique. « Je crois que nous prenons plus notre temps lorsque nous travaillons sur un projet qui nous tient à cœur, et aussi, nous sommes plus attentives aux détails, explique-t-elle. Donc, une femme qui ouvre et exploite un restaurant va traiter l’établissement et l’équipe comme sa famille et va y mettre tout son amour et toute son énergie. Les hommes ont peut-être moins cet attachement ou ce côté émotif que nous avons envers nos projets. »