La première chose que voit un voyageur qui arrive à Lagos en venant de l'aéroport, c'est le sinistre pont d'Oshodi. Un véritable coupe-gorge nocturne plongé dans le noir pendant des années. De quoi faire fuir les investisseurs.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«80% des étrangers qui viennent au Nigeria empruntent ce pont, et si j'étais eux, je ne reviendrais pas à la vue de ce chaos», déclarait récemment le gouverneur de l'Etat, Babatunde Fashola.

Elu en 2007, Fashola a décidé de transformer radicalement ce méga-bidonville de 12 à 15 millions d'habitants.

Cet avocat de formation est à allé à Singapour pour un congrès de juristes et l'a pris comme modèle, décrivant un ancien bidonville de cette ville-Etat, qui est «aujourd'hui mieux que n'importe quel centre-ville d'une capitale ouest-africaine».

Même si elle est toujours congestionnée par de monstrueux embouteillages, les fameux «go slow», Lagos la sale, ville sans touristes, a manifestement changé: des espaces verts sortent de terre, les ponts-poubelles sont nettoyés, les égouts putrides à ciel ouvert sont curés, les ordures ramassées, des panneaux indiquent enfin le nom des rues... Et quelques feux tricolores fonctionnent. Luxe suprême: certains affichent le compte à rebours de la durée du rouge et du vert.

Dans cette mer de tôle rouillée, la municipalité a lancé il y a quelques mois une «opération Lagos vert». «On en voit déjà partout le résultat», affirme le ministre de l'information de l'Etat, Opeyemi Bamidele.

Dès l'aube, une armée de femmes en blouses rouges balaient inlassablement les rues.

Signe que les temps changent, la grande artère du centre-ville, Kingsway road, a été illuminée comme jamais pour les fêtes de fin d'année. Mais il a fallu des générateurs.

Car l'électricité est le défi le plus monumental pour Lagos, qui vit au rythme des délestages, du bruit assourdissant et des fumées de milliers de générateurs.

Malgré sa richesse en pétrole et gaz, le Nigeria produit moins de 3000 mégawatts pour tout le pays (12 fois moins que l'Afrique du sud). Du coup les usines, les hôpitaux, les entreprises marchent au générateur.

Depuis quelques temps, la ville se lance aussi dans les énergies renouvelables et des lampadaires publics qui fonctionnent au solaire ont fait leur apparition.

Tout cela coûte cher et le gouvernement de l'Etat a fait appel au secteur privé, tout en émettant des bons du trésor, 50 milliards de naira l'an dernier (415 millions $).

Et il faudra encore entre 250 et 275 milliards de naira en bons du trésor pour faire de Lagos une mégapole digne de ce nom, la troisième plus importante du monde en population en 2015, selon un document officiel de l'Etat.

La municipalité a récemment acheté plus de 200 bus pour transporter les hordes de banlieusards, avec une voie théoriquement réservée aux «BRT» (Bus Rapid Transit). Le conseiller aux transports de la ville, Kayode Opeifa, précise que des projets de trains de banlieue et des navettes lagunaires sont également à l'étude.

Le grand axe Lagos-Badagry qui file vers le Bénin, autre cauchemar routier et d'insécurité, va également faire peau neuve selon son collègue aux travaux publics, Ganiyu Johnson.

La sécurité s'affiche d'ailleurs elle aussi au chapitre des priorités.

On commence aussi à voir des caméras de surveillance dans la capitale. Le front de mer du «Bar Beach», encore il y a peu mangé par l'océan, a été bétonné et devient une promenade fréquentable avec la disparition des voyous et dealers.

Et dans le quartier Marina, centre des banques et des sièges de société, 80 policiers d'élite viennent d'être déployés pour protéger les hommes d'affaires, cibles fréquentes d'attaques, indique le porte-parole de la police de la ville Frank Mba.

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