Le fait que Terre-Neuve demande une audience publique sur le projet de forage pétrolier Old Harry est «une bonne nouvelle en soi», selon la ministre des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Nathalie Normandeau.

Charles Côté LA PRESSE

Lundi, l'Office Canada/Terre-Neuve-et-Labrador sur les hydrocarbures a demandé au ministre fédéral de l'Environnement Peter Kent de confier le projet Old Harry à une commission d'examen fédérale.

Mme Normandeau ne va par pour autant appuyer la demande de l'office terre-neuvien.

«La ministre estime que c'est une bonne nouvelle en soi, mais le Québec n'en est pas là, a dit l'attachée de presse de Mme Normandeau, qui était en déplacement hier. Nous, on attend toujours les résultats de l'Évaluation environnementale stratégique (EES) que nous avons demandée.»

Les résultats de cette ÉES sur les forages pétroliers et gaziers dans le golfe du Saint-Laurent seront connus en 2012. Toutefois, cette étude porte sur la portion québécoise seulement du Golfe, qui s'arrête à quelques kilomètres du lieu où la société Corridor Resources prévoit forer dès l'an prochain.

La commission d'examen fédérale engloberait potentiellement tout le Golfe, qui baigne cinq provinces.

Dans sa lettre au ministre Kent, la commission affirme n'avoir jamais reçu en 26 ans d'existence plus de commentaires que pour ce projet, ce qui justifie de le soumettre à une commission d'examen.

La décision terre-neuvienne a été saluée par la Coalition Saint-Laurent, qui regroupe Nature Québec, la Fondation David Suzuki, la Société pour la nature et les parcs et le groupe madelinot Attention FragÎles.

«Le Golfe est un système unique au monde et d'une grande fragilité, affirme la Coalition. Certains aspects, comme les impacts environnementaux, ne peuvent être examinés qu'avec une vision globale dépassant les limites administratives et politiques que l'on trace artificiellement.»

Selon Christian Simard, de Nature Québec, le ministre Kent n'a pas beaucoup de marge de manoeuvre, devant une demande émanant d'un office créé par une entente fédérale-provinciale.

«Selon notre appréciation, le pouvoir discrétionnaire du ministre est extrêmement étroit, a affirmé M. Simard. Il y a une large appréhension du public et des problèmes environnementaux anticipés par des experts.»

Ces mêmes motifs ont été évoqués hier par le bureau du ministre Kent, même s'il n'a pas voulu se prononcer dans l'immédiat sur la demande terre-neuvienne.

«La Loi canadienne sur l'évaluation environnementale prévoit que le ministre de l'Environnement peut ordonner une évaluation par une commission d'examen et mettre en place une telle commission lorsqu'il estime que l'importance des effets environnementaux anticipés ou des préoccupations du public à l'égard du projet le justifie», a indiqué hier l'attachée de presse du ministre.