Québec ne peut pas critiquer le bilan environnemental des sables bitumineux albertains tout en encourageant leur production avec l'oléoduc 9B d'Enbridge, ont dénoncé en choeur divers groupes environnementaux, hier.

PAUL JOURNET LA PRESSE

«L'inversion de cet oléoduc entraînera l'expansion des sables bitumineux au Canada, une industrie désastreuse pour l'environnement et dont les émissions de gaz à effet de serre [GES] sont en explosion», a dénoncé Patrick Bonin de Greenpeace. Et même si les GES sont produits en Alberta ou dans le Dakota-du-Nord, «ils ne s'arrêtent pas aux douanes», ajoute-t-il.

L'inversion du flux de l'oléoduc servirait à acheminer du pétrole de l'Ouest vers les raffineries de Montréal et Lévis, qui emploient environ 1000 personnes. On reviendrait à la direction originale qui a existé durant 20 ans, entre les années 70 et 90. Le débit augmenterait aussi d'environ 60 000 barils par jour.

Les raffineries de Montréal et Lévis reçoivent actuellement du pétrole apporté par bateau de l'Algérie, du Moyen-Orient et de la mer du Nord.

«Quand on analyse la production, le pétrole des sables bitumineux est de trois à quatre fois plus polluant que le pétrole conventionnel», soutient M. Bonin.

Demande

Comme Greenpeace, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, Équiterre, Nature-Québec et le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement ont demandé à Québec de s'opposer au projet.

L'oléoduc est toutefois de compétence fédérale. Québec n'a pas le pouvoir de le bloquer. C'est d'ailleurs pourquoi le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, n'a pas demandé un examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

Le gouvernement péquiste commandera une contre-expertise sur les études de risque d'Enbridge.

Il se préoccupe des risques de fuite ou de déversement, mais il n'inclut pas les émissions de GES dans sa réflexion.

Mitaines et livres de recettes

Claire Durocher a reçu récemment un cadeau d'Enbridge: des livres de recettes et des mitaines de cuisine. Mais elle reste sur sa faim. Dans les années 70, elle avait cédé des droits de passage à Enbridge pour que leur oléoduc 9B traverse sa cédrière à Saint-André-d'Argenteuil. Elle avait reçu 700 dollars. Enbridge a récemment détecté une anomalie dans l'oléoduc. La société albertaine veut rouvrir l'entente pour y faire des travaux et empêcher Mme Durocher d'y planter des cèdres à l'avenir. Elle perdrait désormais 10% de ses terres cultivables. Enbridge lui offre moins que la valeur des cèdres qui seraient sacrifiés, soit environ 90 000 dollars. Amir Khadir a invité Mme Durocher à l'Assemblée nationale, hier, pour raconter son histoire, qui prouverait selon lui qu'on devrait «se méfier» avant de faire confiance à la société albertaine.

Enbridge dit avoir respecté les normes habituelles de sécurité. «Comme c'est le cas pour tous nos propriétaires terriens en Amérique du nord, il fallait que la servitude soit dégagée en tout temps, pour la sécurité (de Mme Durocher) et celle des autres», explique Éric Prud'Homme, directeur des affaires publiques pour la société albertaine.Les équipes d'entretien et les premiers intervenants doivent avoir accès rapidement à l'oléoduc, ajoute-t-il. «Cette clause fait partie de nos ententes depuis la mise en service de cette canalisation.»Enbridge soutient que l'huile sur le terrain de Mme Durocher n'est «aucunement en lien» avec son oléoduc.«Nous avons offert à la propriétaire de payer pour l'expert indépendant de son choix afin qu'elle fasse des tests additionnels, dit M. Prud'Homme. Notre but est de cultiver une bonne relation avec les milliers de propriétaires terriens le long de nos emprises».