Alors que l'injection des eaux usées des forages gaziers a causé des séismes en Ohio, cette méthode de disposition est envisagée au Québec, souligne Marc Durand, ingénieur en géologie appliquée.

Charles Côté LA PRESSE

En effet, le projet de plan de travail proposé par le comité de l'Évaluation environnementale stratégique (EES) sur le gaz de schiste propose d'analyser les «possibilités de mettre en place la technologie de stockage des eaux de reflux dans des formations géologiques profondes au Québec» et d'évaluer les «coûts d'une telle pratique».

Ce plan dévoilé en novembre propose une liste de plus de 70 «connaissances à acquérir» qui fait actuellement l'objet de consultations publiques.

«Ils proposent d'étudier la disposition des eaux dans des puits d'injection, dit M. Durand en entrevue à La Presse. Ils se proposent aussi d'étudier le risque sismique, mais ils ne font pas le lien entre les deux.»

Car il y a bien un lien reconnu depuis des décennies entre l'injection de fluides dans le sous-sol et les séismes. Un fluide qui s'introduit sous pression dans des failles naturelles peut contribuer au relâchement de tensions entre deux masses rocheuses, ce qui provoque des séismes.

Ce lien a été observé pour la première fois au Colorado dans les années 60, quand l'arsenal américain a injecté des armes chimiques dont ils devaient se défaire dans un puits de 4000 mètres de profondeur. Selon le Service géologique des États-Unis, cela a provoqué plusieurs secousses, une atteignant la magnitude de 5,5 sur l'échelle de Richter. Les injections ont cessé quand le lien a été établi.

Risques

Selon M. Durand, il ne faudrait pas autoriser l'injection de fluides de fracturation au Québec sans évaluer le risque de séismes. Ce risque pourrait exister, dit-il, dans la mesure où les formations rocheuses propices à la disposition de fluides peuvent être aussi propices à l'activité sismique.

En revanche, la fracturation hydraulique, la technique qui sert à extraire le gaz de schiste, ne pose pas autant de risques sismiques, affirme M. Durand. Entre autres parce que le schiste accumule moins de tensions et est donc moins propice aux secousses.

Mais il note tout de même que le service géologique de l'Oklahoma a conclu qu'il pouvait y avoir un lien entre une série de petits séismes (1 à 2,8 de magnitude) et des fracturations hydrauliques dans cet État l'an dernier.

Toutefois, M. Durand estime qu'il ne faut pas s'inquiéter du risque de séismes au Québec lié à la fracturation. Les zones où naissent les séismes au Québec sont dans des couches beaucoup plus profondes.

Par exemple, comme le souligne Denis Lavoie, géologue à la Commission géologique du Canada, un séisme à Laurier-Station en 2010, survenu dans une région où des puits de gaz de schiste avaient été forés, a trouvé son origine à 20 kilomètres de profondeur.

Mais dans l'exemple de l'Oklahoma, affirme M. Durand, il est intéressant de constater la distance qui séparait les puits de l'épicentre des séismes.

«En Oklahoma, il y a plus de 2000 mètres entre le lieu de fracturation et l'épicentre du tremblement de terre, dit-il. Cela montre que l'industrie n'a pas de contrôle sur la circulation des fluides dans des failles naturelles.»