Plusieurs groupes environnementaux, comités de citoyens et partis politiques organisent une manifestation samedi à Montréal contre les projets d'exploitation de gaz de schiste.

Charles Côté LA PRESSE

Ils mettent en garde le gouvernement Charest qui, disent-ils, continue à favoriser l'industrie sous le couvert de l'Évaluation environnementale stratégique (EES) lancée dans la foulée du rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

«Clairement le gouvernement est pro-industrie et a trouvé le moyen de vendre l'inacceptable», a affirmé le metteur en scène Dominic Champagne, citoyen engagé contre le projet gazier.

Il affirme que dans Lotbinière, où il réside, les projets gaziers avancent comme prévu, contrairement à l'idée d'un quasi-moratoire qui avait été véhiculée après les déclarations du ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, en mars dernier. «Il n'y a pas de moratoire, il n'y a aucune limite au nombre de forages et de fracturations qui peuvent être réalisés dans le cadre de l'ÉES, alors que la fracturation est une technique risquée et n'est pas acceptable dans les milieux où on vit», dit-il.

«On ne veut pas servir de rats de laboratoire», a dit de son côté Paul Lamoureux, porte-parole d'une quarantaine de comités de citoyens.

Selon Pierre Batellier, du Collectif de scientifiques sur le gaz de schiste, l'étude lancée par Québec ne correspond pas aux critères internationaux en matière d'évaluation environnementale stratégique (EES), tel que définis par exemple par l'OCDE.

«L'étude doit répondre à la grande question: est-ce qu'on doit aller de l'avant ou non, dit-il. Pour cela, l'OCDE indique qu'elle doit couvrir un large éventail de scénarios de rechange. Et elle doit être conduite de façon indépendante vis-à-vis de tout promoteur du projet.»

Selon M. Batellier et les autres organisateurs de la manifestation, la présence de deux dirigeants de compagnies gazières au comité directeur de l'ÉES ne permet pas de respecter cette exigence.

D'autant plus, soulignent-ils, que les comités de citoyens et les groupes écologistes n'ont aucune représentation au comité directeur.

«Il manque des acteurs fondamentaux dans la prise de décision», dit André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA).

Le mandat du BAPE avait aussi beaucoup été critiqué et plusieurs avaient remis en doute sa compétence et ses chances de succès, alors que la majorité ont finalement salué la qualité de son travail. Pourquoi maintenant douter du travail de l'EES?

«Les gens ont travaillé très fort pour faire du BAPE un succès, malgré les délais très courts, a répondu M. Batellier. Et le BAPE a fait preuve d'indépendance. Alors qu'ici les gens sont exclus du processus et qu'on n'a pas cette garantie d'indépendance, avec les représentants de l'industrie au comité.»

La manifestation est appuyée par le Parti québécois, Québec solidaire, le NPD ainsi que la CSN et la CSQ. Elle servira de fil d'arrivée à la marche du Moratoire d'une génération, qui a parcouru des centaines de kilomètres ces dernières semaines. Elle démarrera à 14h devant le siège social d'Hydro-Québec pour se terminer devant le bureau du premier ministre Jean Charest.