Étape cruciale sur la voie d'un nouveau traité post-Kyoto pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la conférence qui s'ouvre lundi pour deux semaines à Poznan (Pologne), devrait profiter d'un «effet Obama», le président-élu des Etats-Unis se montrant beaucoup plus sensible que George W. Bush à la lutte contre le réchauffement climatique.

Arthur Max ASSOCIATED PRESS

Poznan marque la quatrième session de négociations depuis la conférence de l'ONU sur le climat de décembre dernier à Bali, qui a fixé pour objectif la signature d'un accord international sur la réduction des gaz à effet de serre (GES) en décembre 2009 à Copenhague. Ce nouveau texte doit succéder au protocole de Kyoto, qui expire en 2012.Le contexte a bien changé par rapport aux trois précédentes réunions de cette année, à Bangkok, Bonn et Accra. Si Barack Obama ni aucun membre de son équipe ne seront présents à Poznan, il devrait être beaucoup question du président-élu. Ses positions sur la lutte contre le changement climatique pourraient dynamiser un processus de négociations qui a pâti jusqu'ici de l'hostilité de l'administration Bush envers tout accord international limitant les émissions de GES.

«L'Amérique est de retour», a affirmé le sénateur démocrate John Kerry, candidat à la Maison Blanche en 2004, soulignant la volonté d'Obama de voir les Etats-Unis jouer un rôle moteur dans les négociations sur le climat. «C'est un moment très excitant», a observé le futur président de la puissante Commission des relations extérieures du Sénat. «Après huit années d'obstruction, de retard et de déni, les Etats-Unis vont enfin rejoindre la communauté internationale pour relever ce défi mondial», a ajouté M. Kerry lors d'une conférence de presse.

Le contexte a aussi changé avec la crise financière, qui grève les budgets nationaux au moment où les Etats doivent promettre des centaines de milliards de dollars pour combattre le changement climatique.

Selon un récent rapport de l'ONU, au moins 200 milliards de dollars (155 milliards d'euros) seront nécessaires chaque année pour réduire d'ici 2030 les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 25% par rapport à leurs niveaux de 2000. Des dizaines, voire des centaines de milliards supplémentaires devront aussi être mobilisés, selon ce document, pour aider les pays pauvres à faire face aux effets du réchauffement: montée du niveau de la mer, raréfaction de l'eau, bouleversements agricoles, etc.

Quelque 9.000 délégués, défenseurs de l'environnement et chercheurs assisteront à la conférence de Poznan (1er-12 décembre), qui s'achèvera par un sommet de deux jours réunissant le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, 150 ministres de l'environnement, M. Kerry et d'autres parlementaires américains chargés de rendre compte de la réunion à Barack Obama.

La conférence intervient alors que de nouvelles données suggèrent que les émissions de CO2 continuent à augmenter. Selon l'ONU, les émissions totales de plus de 40 pays se sont accrues de 2,3% entre 2000 et 2006.

«Le besoin de progrès réels n'a jamais été aussi urgent», prévient Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), dans un message vidéo adressé aux délégués.

Les Etats-Unis ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto, qui engage 37 pays industrialisés à réduire leurs émissions de CO2 de 5% en moyenne d'ici 2012 par rapport aux niveaux de 1990. George W. Bush a motivé son choix en arguant que ce texte était néfaste pour l'économie américaine et qu'il ne demandait pas d'efforts à des puissances émergentes comme la Chine.

Une avancée a été constatée lors de la conférence de Bali, la Chine et d'autres pays en développement ayant accepté sous certaines conditions de participer aux efforts pour réduire les GES.

Les délégués espèrent maintenant parvenir à un accord sur un calendrier pour l'achèvement des négociations et l'élaboration du traité qui doit être approuvé à Copenhague fin 2009. «Poznan marque vraiment le moment où les négociations sérieuses peuvent commencer», a déclaré M. De Boer à l'Associated Press.

Malgré les espoirs suscités par la victoire de Barack Obama, l'impact de son élection ne se fera pas sentir sur les négociations avant plusieurs mois. Il ne prendra ses fonctions que le 20 janvier et, même si elle devrait faire profil bas, la délégation américaine à Poznan sera encore celle de l'administration Bush.

Il faudra vraisemblablement un an à Barack Obama pour préparer l'adhésion des Etats-Unis à un nouveau traité sur le climat. Reste que les délégués s'attendent à ce qu'un changement d'attitude des Américains permette de passer la vitesse supérieure dans les discussions l'an prochain.

«Les Etats-Unis sont la clé pour faire bouger les autres pays», souligne la ministre danoise de l'Energie et du climat Connie Hedegaard, qui doit présider la conférence de Copenhague l'an prochain. «Sans les Etats-Unis et la Chine, il n'y aura pas d'accord.»