Débrayer, simultanément, partout dans le monde. C'est l'objectif du mouvement Earth Strike, qui veut organiser une grève générale à l'échelle mondiale, en septembre prochain. L'objectif : secouer les décideurs pour qu'ils en fassent plus pour sauver le monde de la dérive climatique. Au Québec, des groupes s'activent pour y participer, a appris La Presse.

Mis à jour le 21 janv. 2019
JEAN-THOMAS LÉVEILLÉ LA PRESSE

Ce sera un « coup de semonce » planétaire, prévient le mouvement Earth Strike.

Une grève générale pour que les grandes entreprises qui contribuent aux changements climatiques et qui ont peu d'incitatifs à réduire leur pollution « n'aient pas le choix » de le faire, explique le site internet du mouvement.

Des « chapitres nationaux » ont été créés dans une vingtaine de pays jusqu'à présent, dont un au Québec, qui a tenu une rencontre la fin de semaine dernière avec différentes organisations citoyennes.

« C'est clair qu'il y a un mouvement qui s'organise », a confié à La Presse le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle.

Pouvoir citoyen

Son organisation a participé à la rencontre, tout comme le mouvement La planète s'invite au Parlement, qui estime qu'une grève est « le dernier pouvoir démocratique qui nous reste », a déclaré à La Presse son porte-parole, François Geoffroy.

« Ça va prendre plus que des milliers de personnes qui manifestent pour engager la transformation dont on a besoin », a-t-il ajouté.

Une telle mobilisation « démontre que les citoyens sont rendus beaucoup, beaucoup plus loin que les gouvernements » face à la menace que représente le réchauffement climatique, estime André Bélisle.

« Ça fait des années que les gouvernements se rencontrent dans des [sommets internationaux] et ça n'a rien donné. » - André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique

Earth Strike, dont le nom peut être traduit par « grève de la Terre », rappelle qu'il reste 12 ans pour empêcher que l'augmentation de la température de la planète par rapport à la période préindustrielle dépasse 1,5 °C, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Le mouvement veut donc forcer les grandes entreprises ainsi que les décideurs politiques à agir sans délai.

Il réclame, pour ce faire, des accords contraignants et non ambigus à l'échelle internationale pour renverser les dégâts climatiques, arrêter la destruction des forêts tropicales et d'autres habitats sauvages ainsi que tenir les entreprises responsables des gaz à effet de serre (GES) qu'elles émettent.

Impact économique

La grève pour la planète est prévue pour le 27 septembre, mais le mouvement Earth Strike laisse planer le doute quant à sa durée en affirmant qu'elle « commencera » à cette date.

Comme toute grève, elle vise à avoir un impact économique, explique André Bélisle.

« On envoie un signal, dit-il.

« On ne va pas travailler parce que la crise climatique nous apparaît tellement importante qu'il faut agir, que les gens sont prêts à prendre une journée de grève. » - André Bélisle

Le mouvement Earth Strike justifie d'ailleurs le recours à la grève sur son site internet en affirmant que « les manifestations sont une bonne chose, mais [que] pour les barons du pétrole, elles comptent moins que leur prochain chèque de paie d'un million de dollars ».

Bien que les discussions n'en soient encore qu'à leurs balbutiements, André Bélisle rapporte que l'idée d'en faire aussi « une journée où on ne consomme pas » est évoquée, pour « faire le contraire » de journées comme le Vendredi fou ou le Boxing Day.

Le coup d'envoi du mouvement a été donné hier, alors que des manifestations ont été organisées à différents endroits dans le monde, notamment à Amsterdam et à Londres.

D'autres « manifestations prégrève » sont prévues en avril et en août.

« Il n'y a pas d'événements prévus à très court terme au Québec, mais vous allez commencer à en voir », prévient André Bélisle.