À moins d'un imposant coup de barre, le Canada sera incapable de respecter les cibles en matière de réduction de gaz à effet de serre qu'il s'est fixées en signant l'accord de Paris sur les changements climatiques en décembre 2015, estime la commissaire à l'environnement et au développement durable Julie Gelfand.

En vertu de cet accord, le gouvernement Trudeau s'est engagé à réduire d'ici 2030 les émissions de GES de 30 % sous les niveaux de 2005, reprenant ainsi à son compte les mêmes cibles qui avaient été annoncées par l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Pour respecter son engagement, le gouvernement Trudeau a annoncé en octobre 2016 « le cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques »  en vertu duquel Ottawa imposera une taxe carbone de 10 $ la tonne dans les provinces qui n'auront pas adopté une forme de tarification du carbone à compter de janvier prochain. Cette taxe sera majorée de 10 $ la tonne par année par la suite pour atteindre le prix plancher de 50 $ à compter de 2022.

En 2017, les émissions de GES ont atteint 735 mégatonnes au Canada. Pour respecter l'accord de Partis, le Canada devrait ramener ses émissions de GES à 517 mégatonnes.

Or, constate Mme Gelfand dans un rapport déposé à la Chambre des communes mardi qui a été rédigé avec l'appui des vérificateurs généraux de l'ensemble des provinces, à l'exception du Québec, «  le Canada devra faire des efforts considérables et prendre des mesures qui vont au-delà de celles qui sont déjà prévues ou en cours » s'il veut atteindre les cibles fixées pour 2030.

Dans ce rapport, intitulé « Perspectives sur l'action contre les changements climatiques au Canada », on rappelle que le Canada a déjà raté deux cibles distinctes de réductions des émissions de GES (celle de 1992 de Rio et celle de 2005 de Kyoto) et que tout indique qu'il ratera aussi la cible de 2020 de Copenhague. Pis encore, les émissions de GES devraient dépasser de 20 % la cible établie pour 2020.

Les vérificateurs généraux ont d'ailleurs souligné que seulement deux provinces - le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse - seront en mesure d'atteindre leurs objectifs de réduction de 2020 tandis que sept provinces et territoires n'avaient même pas établi de cible précise, dont l'Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba.

« Les vérificateurs généraux du pays ont constaté que la plupart des gouvernements au Canada n'étaient ni en voie de respecter leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ni prêts à faire face aux impacts d'un climat en constante évolution », indique-t-on dans le rapport de 53 pages.

Les vérificateurs généraux déplorent d'ailleurs l'absence d'une véritable concertation contre les changements climatiques au sein de la plupart des gouvernements et que certains gouvernements ne rendaient pas compte régulièrement et en temps opportun des progrès réalisés.

Le Québec n'a pas participé à la rédaction de ce rapport étant donné que le bureau du vérificateur général de la province a récemment publié ses constatations sur ce dossier.

Interrogée à ce sujet, mardi, la ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna a soutenu que le rapport ne tient pas véritablement compte de l'impact des mesures du cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques.

« C'est un rapport qui regarde plutôt dans le passé.  Nous, nous regardons vers le présent et le futur. Nous avons une cible pour 2030, et nous avons un plan pour atteindre la cible.  Le gouvernement précédent Harper n'a rien fait pendant 10 ans alors c'est difficile.  Mais nous avons pris des mesures avec les provinces et territoires en imposant un prix sur le carbone », a dit la ministre.

Elle a ajouté que le gouvernement fédéral investit aussi massivement dans le transport en commun et dans les infrastructures vertes - des investissements qui, selon elle, permettront de réduire les émissions de GES.

«C'est sûr qu'on a du travail à faire, mais nous avons toujours dit que nous allons atteindre notre cible et le commissaire a dit nous avons des mesures substantielles », a-t-elle dit.

Mais pour le NPD, le rapport déposé mardi « est accablant ». « Je pense que Mme McKenna devrait faire ses devoirs. Elle devrait regarder la réalité en face et se rendre compte que malgré les beaux discours, le gouvernement libéral ne livre pas la marchandise.  C'est extrêmement clair dans le rapport qui a été déposé par la commissaire et ce n'est pas le premier rapport. Nous avons déjà eu des avertissements de l'OCDE. Nous avons déjà eu un rapport qui a été déposé aux Nations unies qui dit que pour 2030, le Canada va rater la cible d'au moins 66 mégatonnes. Et cela, c'est si tout va bien », a déclaré le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Selon Patrick Bonin, le responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada à Montréal, les gouvernements doivent mettre l'industrie pétrolière au pas si on veut s'attaquer aux changements climatiques.

«Les vérificateurs ont mis en évidence les symptômes, mais la véritable cause de l'inaction face aux changements climatiques est le refus des gouvernements de tenir tête aux lobbys pétroliers et aux manufacturiers automobiles. Il faudra du courage politique pour changer le statu quo et nous ne pourrons pas profiter pleinement des avantages économiques et environnementaux d'une économie véritablement verte tant que le laxisme actuel perdurera », a-t-il dit.