Le lien qui unit le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse est menacé

L'isthme de Chignectou sépare la baie de Chignectou... (Photo tirée de Wikimedia Commons)

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L'isthme de Chignectou sépare la baie de Chignectou (photo), sous-bassin de la baie de Fundy, de la baie Verte.

Photo tirée de Wikimedia Commons

Le député libéral Bill Casey a le sentiment d'être engagé dans une course contre la montre depuis trop longtemps afin d'éviter que sa province, la Nouvelle-Écosse, ne soit transformée en île à cause des changements climatiques.

Les digues qui protègent la portion du territoire qui lie la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick - un territoire connu sous le nom d'isthme de Chignectou - n'ont pas été érigées pour résister à une augmentation du niveau de la mer attendue en raison du réchauffement de la planète et de la fonte des glaces.

À deux endroits, souligne M. Casey, la ligne du chemin de fer du CN est tout ce qui empêche l'eau de la baie de Fundy d'inonder une portion de ce territoire où se trouve également l'autoroute Transcanadienne - le lien routier le plus important entre la Nouvelle-Écosse et le reste du pays -, un oléoduc, des lignes de transmission d'électricité et le réseau téléphonique.

Pis encore, sa province s'enfonce tranquillement à raison de 15 cm à chaque siècle, et les marées de la baie de Fundy sont reconnues comme les plus hautes du monde. Déjà, on prévoit d'ici deux ans, soit en 2020, que le niveau de l'eau aura augmenté de 32 mm par rapport à 1980, selon les calculs du ministère de l'Environnement de la Nouvelle-Écosse.

« Ce n'est plus une question de savoir si cela va arriver. C'est une question de savoir quand cela va arriver », affirme Bill Casey, qui représente la circonscription de Cumberland-Colchester, qui englobe ce territoire, à la Chambre des communes depuis de nombreuses années.

« Si nous avons une combinaison d'une tempête et des plus hautes marées, ce chemin de fer va briser. Ce n'est pas sécuritaire présentement. Ce chemin de fer n'a jamais été construit pour agir comme digue », ajoute-t-il.

L'inondation du lien qui unit sa province au Nouveau-Brunswick aurait des conséquences catastrophiques. Selon une étude du ministère fédéral des Ressources naturelles publiée en 2016, la rupture de ces liens ferroviaire et routier entraînerait des pertes économiques évaluées à 50 millions de dollars par jour. C'est que la ligne ferroviaire du CN permet d'acheminer des milliers de conteneurs du port d'Halifax jusqu'à Chicago, région névralgique pour le transport de marchandises aux États-Unis, en une journée de moins que de n'importe quel autre port maritime.

« Le port d'Halifax pourrait ne jamais s'en remettre. Il y a 400 000 conteneurs qui sont acheminés par cette voie ferrée chaque année. C'est donc un enjeu de la plus haute importance et il n'y a pas de marge d'erreur dans ce dossier », soutient le député libéral, visiblement inquiet de ce qui attend sa province si rien n'est fait.

UN DOSSIER URGENT

Cela fait des années que M. Casey interpelle le gouvernement fédéral sur cette question. En février 2009, il avait demandé au ministre de l'Environnement de l'époque, Jim Prentice, de travailler avec les deux provinces touchées afin de construire de nouvelles digues pour protéger la zone vulnérable, soulignant au passage qu'un rapport des Nations unies de 2007 sur le réchauffement de la planète avait désigné la baie de Fundy comme l'une des deux zones les plus à risque en Amérique du Nord, avec la Louisiane, en raison de l'augmentation du niveau de la mer.

« Il s'agit du dossier environnemental le plus urgent auquel le pays est confronté à l'heure actuelle, car ce n'est qu'une question de temps avant que ce soit inondé », dit Bill Casey, député libéral de la circonscription de Cumberland-Colchester.

Des études ont déjà été réalisées dans le passé afin de produire des modèles permettant de faire des projections de l'augmentation du niveau de la mer et d'élaborer des mesures d'adaptation afin de protéger ce lien important menacé par les changements climatiques. En 2012, le scientifique Tim Webster et son équipe de chercheurs de l'Applied Geomatics Research Group, du collègue communautaire de Middleton, en Nouvelle-Écosse, ont conclu dans leur étude qu'une hausse des marées de 8 m pourrait inonder toute cette portion du territoire et rendre la voie ferrée et l'autoroute inutilisables.

Il soulignait qu'il était difficile de prévoir combien de temps le territoire pourrait demeurer inondé, rappelant qu'il était déjà saturé d'eau.

Il soutenait que trois options s'offraient aux autorités : renforcer les digues, déplacer la voie ferrée et l'autoroute, ou encore ne rien faire en espérant pour le mieux. Le renforcement des digues était, selon lui, l'option la moins coûteuse.

Le maire d'Amherst, en Nouvelle-Écosse, David Kogon, a lui aussi sonné l'alarme, pressant les autorités fédérales et provinciales d'agir dans les plus brefs délais pour éviter le pire à sa municipalité. Il a récemment envoyé une lettre en ce sens au gouvernement Trudeau, ainsi qu'aux gouvernements du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

« La question n'est pas de savoir si les digues vont être submergées, mais quand elles le seront », a dit David Kogon, maire d'Amherst, en Nouvelle-Écosse, au réseau CBC.

Dans une entrevue à CBC, M. Kogon a prédit que sa province deviendrait une île dans un horizon de 20 ans si les digues n'étaient pas renforcées pour contenir la hausse du niveau de la mer.

Récemment, le ministre des Transports et des Infrastructures de la Nouvelle-Écosse, Lloyd Hines, a répondu à sa missive en soulignant que sa province et le Nouveau-Brunswick s'apprêtaient à mener une étude de faisabilité pour évaluer les différentes options de travaux d'ingénierie qui pourraient protéger le territoire de l'isthme de Chignectou.




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