En 2006, une «vague scélérate» a emporté Laura Gainey alors qu'elle se trouvait dans un voilier au large de Cape Cod. De tels phénomènes, qui ont causé le naufrage de la plateforme pétrolière terre-neuvienne Ocean Ranger en 1982, ont aussi inspiré Hollywood, avec le film Poséidon, où une vague renverse un bateau de croisière.

Mis à jour le 25 mars 2011
Mathieu Perreault LA PRESSE

La force de ces vagues, qui dépassent 30 mètres, pourrait fort bien augmenter avec le réchauffement de la planète, selon un ingénieur australien. Depuis deux décennies, la force des vents extrêmes a augmenté de 10% dans les océans et la hauteur des vagues anormales, de 6% à 7%.

«On ne peut pas être certain que cette tendance est due aux changements climatiques», explique Ian Young de l'Université nationale australienne, en entrevue avec La Presse. «Il se pourrait que ce soit dû à des cycles durant quelques décennies, comme ceux qui produisent El Niño. Mais c'est certainement compatible avec la théorie du réchauffement de la planète, qui prévoit plus de phénomènes météorologiques extrêmes.»

L'ingénieur maritime, qui a publié ses résultats hier dans la revue Science, s'est penché sur le premier percentile des vents et des vagues - le 1% le plus élevé en force du vent et en hauteur des vagues. Ces extrêmes se trouvent généralement dans les hautes latitudes, dans l'Atlantique et le Pacifique Nord et près du sud de l'Afrique et de l'Amérique latine. Ces extrêmes ne sont pas toutes des «vagues scélérates», qui sont définies par une hauteur 2,2 fois plus élevée que les vagues qui les entourent.

«Je m'occupe depuis longtemps des normes pour les plateformes océaniques, particulièrement pour l'industrie pétrolière, dit M. Young. Elles sont généralement conçues pour durer 50 ans. Si les extrêmes changent, il faut revoir les normes.»

Selon le livre Marine Climate and Climate Change, publié l'an dernier par des océanographes allemands, la réalité des vagues scélérates n'a été reconnue par les scientifiques qu'en 2004, quand une étude européenne a détecté, à partir des observations de deux satellites, dix vagues scélérates en trois semaines sur les océans de la planète. Auparavant, il n'existait que des rapports anecdotiques, comme le «mur d'eau» de 30 mètres de haut décrit par l'équipage du Queen Elizabeth II en 1995 au large de Terre-Neuve.

En 2001, une étude a conclu que le tiers de soixante superpétroliers qui ont coulé entre 1969 et 1994 à cause d'une inondation soudaine ont été victimes de vagues scélérates, selon un article publié par le Toronto Star en 2006, après la disparition de Laura Gainey.