Que ça plaise ou non, il y aura un jour deux à trois mines d'uranium au Québec, estime Robert Marquis. De là à affirmer que la province pourrait devenir un Klondike de l'uranium, il y a un énorme pas que le géologue en chef du Québec n'est pas prêt à franchir.

Éric Moreault LA PRESSE

Les recherches d'uranium de Terra Ventures ont fait les manchettes sur la Côte-Nord parce qu'elles avaient lieu à proximité de Sept-Îles et que le profil géologique de la région correspond aux gisements du métal radioactif - on en a aussi détecté de faibles teneurs à Aguanish, à proximité de Natashquan, en 2006.

 

Plusieurs compagnies s'activent dans ce secteur, ce qui ne veut pas dire que c'est là qu'on creusera des mines. Le projet le plus avancé au Québec, où on n'a jamais exploité l'uranium, est d'ailleurs à Matoush, à 150 km au nord de Chibougamau. Le gouvernement fédéral a récemment donné le feu vert à de l'exploration souterraine.

Les teneurs en uranium détectées sur la Côte-Nord sont trop faibles pour une exploitation à court terme. Et en matière de faible teneur en uranium, il ne faut juger de rien. Dans le bassin d'Athabaska, en Saskatchewan, les compagnies ont trouvé des gisements avec des concentrations de 10% à 20% d'uranium, comparativement à une moyenne de 5%, après 50 ans d'exploitation. Or, au Québec, le potentiel «est beaucoup moins connu et il pourrait présenter des surprises. Il n'est pas inconcevable qu'on trouve des teneurs semblables à celles de la Saskatchewan», a soutenu M. Marquis.

Dans le cas de l'exploration minière réalisée par Terra Ventures en ce moment, «ils estiment que dans 25 ans, l'uranium va être plus recherché et que là, ça va être rentable», a expliqué Jean-Pierre Thomassin, président de l'Association de l'exploration minière du Québec.

Si les prix et la demande augmentait, il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour le Québec: la faible teneur des gisements signifie qu'il faut extraire des tonnes et des tonnes de minerai pour obtenir un peu d'uranium. «L'impact sur le paysage serait plus conséquent. Sur l'environnement, peut-être pas. La contamination de l'eau et de l'air serait plus faible en raison de la faible concentration et des meilleures technologies», estime M. Marquis.

Une situation qui n'est pas sans rappeler la controverse actuelle qui entoure le projet d'exploitation d'une mine à ciel ouvert à faible teneur en or dans la ville de Malartic, en Abitibi, projet soumis à l'évaluation environnementale du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

Tous les intervenants interviewés ont souligné qu'une mine d'uranium doit franchir plusieurs étapes d'examen, dont celui de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, et qu'il pourrait s'écouler encore 10 ans avant le début de l'exploitation, a indiqué Robert Marquis.

Peu importe qu'il se concrétise ou non, le projet de Terra Ventures a provoqué une levée de boucliers à Sept-Îles, notamment chez les Innus (voir l'autre texte).

Dans ce cas précis, la compagnie de Colombie-Britannique a débarqué sans crier gare. «Ce sont des unilingues anglophones: ils n'ont pas établi de contact avec la population. Les gens ont appris par hasard qu'il y avait des travaux et il n'y avait personne pour leur répondre. Ça a pris des proportions démesurées», a expliqué M. Marquis.

Le Parti québécois a même ajouté sa voix à celles qui demandent un moratoire sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium. Même si les questions de la population sont «légitimes», un moratoire à ce stade de l'exploration est «très prématuré», estime André Lavoie, de l'Association minière du Québec. Jean-Pierre Thomassin va même jusqu'à parler de «désinformation». Lui non plus n'est pas contre un forum comme celui qui commence demain à Sept-Îles, mais son association ne veut rien savoir d'un moratoire.

Il est tout de même ironique, comme l'a souligné un écologiste au Soleil, que Terra Ventures, à l'origine de tout ce brouhaha, débarque d'une province où il y a un moratoire permanent sur l'uranium... La Nouvelle-Écosse a aussi un moratoire, tout comme certains États américains. L'Australie a toutefois révoqué le sien en 2007.

La situation n'a pas échappé à l'administration municipale, bien au fait de l'exploitation minière - du fer, surtout, à Sept-Îles. «Les choses devraient changer. Il y a des trous dans la réglementation» concernant les titres miniers, croit Jean Masse, le maire suppléant.

Des préoccupations qui rejoignent celles des groupes écologistes, qui demandent depuis plusieurs mois déjà une réforme de la Loi sur les mines du Québec.

Rappelons qu'en avril dernier, le Vérificateur général avait sévèrement blâmé le laxisme du gouvernement du Québec à propos de sa gestion des mines.