George W. Bush a annoncé mardi la création dans le Pacifique d'une zone océanique protégée d'une superficie équivalente à celle de l'Espagne, deux semaines avant la fin d'une présidence au bilan environnemental très contesté.

Mis à jour le 6 janv. 2009
Laurent Lozano AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon la Maison-Blanche, M. Bush a placé sous protection la zone océanique la plus vaste au monde en déclarant «monuments nationaux marins» trois sites: la Fosse des Mariannes et des massifs coralliens des îles Mariannes; l'Atoll rose, à l'extrémité est des Samoa américaines; et un archipel isolé du Pacifique. Les trois sites totalisent environ 505 000 kilomètres carrés.

Ce classement devrait protéger des raretés naturelles comme le crabe géant des cocotiers (le plus gros crustacé terrestre au monde); le seul oiseau connu pour utiliser la chaleur volcanique pour l'incubation de ses oeufs; une chaîne de 21 volcans actifs au fond de la Fosse des Mariannes, près de l'île de Guam, la plus profonde au monde à environ moins 11 000 mètres.

Il va de pair avec des mesures de préservation de la ressource et des interdictions ou des restrictions de la pêche commerciale ou de la pêche de loisir.

Ces mesures «apportent la touche finale à un engagement de huit années en faveur d'une politique forte de protection et de conservation de l'environnement. Je sais que cela semble contraire aux idées convenues qu'ont beaucoup dans les médias», a-t-il dit.

Mais, depuis 2001 et le début de sa présidence, «nous avons mené des politiques de bon sens et je peux dire au moment de partir: notre air est plus propre, notre eau est plus pure et nos terres sont mieux protégées», a-t-il dit dans, peut-être, son dernier plaidoyer de président en faveur de sa politique environnementale.

Et, en effet, les annonces de mardi ont valu des louanges à celui qui a volontiers été la tête de Turc des défenseurs de l'environnement à cause de son opposition passée à des quotas contraignants pour lutter contre le réchauffement climatique.

Il a aussi causé bien des crispations en 2008 en poussant à une reprise des forages au large des côtes américaines après plus de vingt ans de moratoire.

Pour les scientifiques, le classement annoncé mardi offre «des perspectives magnifiques», a dit Roger McManus, vice-président du groupe de protection de l'environnement Conservation International, pour qui «vous ne trouverez jamais un meilleur laboratoire naturel que dans ces endroits-là».

Même si des défenseurs de l'environnement ont relevé que certaines des zones bénéficiaient déjà d'une forte protection et qu'il ne fallait pas perdre de vue la totalité de la politique environnementale de M. Bush, «la décision historique prise par le président Bush protège une partie de l'habitat océanique le plus rare et le plus important d'un point de vue biologique», a dit Joshua S. Reichert, pour le Pew Environment Group.

«Ceci marque la fin d'une époque où l'être humain a compris de mieux en mieux la nécessité de conserver des espaces sauvages en voie de disparition sur la terre, mais n'a pas vu que les océans connaissaient le même sort», a-t-il dit.

La Fosse des Mariannes, cinq fois plus longue que le Grand Canyon, recèle le seul cratère de soufre en ébullition sur Terre et une faune «fascinante» vivant dans des conditions extrêmes qui, selon les scientifiques, pourraient être semblables à celles où la vie est apparue, a dit M. Bush.

Les massifs coralliens placés dans le même ensemble abritent plus de 300 variétés de coraux et l'une des plus grandes abondances de poissons de l'archipel.

L'Atoll rose est une zone réduite mais spectaculaire qui tient son nom de la couleur que lui donne une algue. Il abrite des palourdes géantes, des requins des récifs, de très gros poissons perroquets et est le séjour fréquent de baleines à bosse et de marsouins.

Le dernier archipel est décrit comme un paradis pour les oiseaux de mer et les oiseaux migrateurs.