La question taraude les cercles conservateurs : la lente progression du parti de Maxime Bernier pourrait-elle coûter des sièges à Erin O’Toole lundi, dans un typique scénario de division du vote ?

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Le journal de droite Toronto Sun a fait écho à ces craintes vendredi. Sa une présentait un montage photo où l’on voit Maxime Bernier couronner Justin Trudeau. « Votez Bernier. Obtenez Trudeau », clamait la manchette.

TORONTO SUN

Une du Toronto Sun vendredi, coiffée de la manchette : « Votez Bernier. Obtenez Trudeau. »

Alors, le Parti populaire du Canada (PPC) peut-il faire perdre le pouvoir aux conservateurs en divisant le vote de droite ?

La question n’est pas si simple, selon les sondeurs. Ceux-ci ne s’entendent pas sur le niveau d’appui du PPC, qui oscille au niveau national entre 4 et 8 %, selon les coups de sonde.

« Sans vouloir minimiser ce qui se passe, le problème à l’heure actuelle, c’est que le PPC est populaire là où les conservateurs ont leurs plus grosses majorités », note Christian Bourque, vice-président exécutif chez Léger.

Dans des circonscriptions où des conservateurs gagnaient par 15 000 votes, ils vont gagner par 10 000 votes. Le PPC n’a pas encore la maturité pour faire changer des sièges de couleur.

Christian Bourque, vice-président exécutif chez Léger

Le PPC, fondé en 2018, n’avait obtenu que 1,6 % des voix en 2019. Cette fois, il pourrait dépasser le Parti vert, à qui les sondeurs accordent 3 ou 4 % des voix.

Les sondeurs perçoivent donc une tendance, un engouement certain pour ce parti opposé aux mesures sanitaires. Mais la formation est surtout populaire au Manitoba, en Saskatchewan, dans certains coins de l’Alberta et du sud-ouest de l’Ontario.

« Si l’engouement se déplaçait en Ontario, alors là il y a plusieurs courses à deux ou à trois qui seraient chamboulées », croit Christian Bourque.

Qui sont ses électeurs ?

L’analyste politique Éric Grenier croit qu’il est possible que la montée du PPC fasse perdre « quelques sièges » aux conservateurs. Dans une lutte serrée, cela pourrait être déterminant.

Selon lui, il faut toutefois être prudent : les 4 à 9 % des voix créditées au parti de Maxime Bernier ne sont pas autant de votes « dérobés » au Parti conservateur du Canada (PCC).

« Il y a des gens parmi ces électeurs qui n’ont pas voté depuis longtemps, il y a des verts, d’anciens libéraux, même des gens progressistes contre la vaccination », explique l’auteur du site d’analyse politique The Writ. « La majorité de ces électeurs sont probablement conservateurs, mais certainement pas la totalité. »

La popularité du PPC en Ontario sera aussi déterminante. La professeure associée de science politique à l’Université Western Ontario, Cristine de Clercy, rappelle que Maxime Bernier a tenu plusieurs rassemblements très courus dans la province.

« Apparemment, un millier de personnes se sont présentées dans un rallye à Aylmer, et ça, c’est impressionnant. C’est une démonstration de force », note Mme de Clercy, parlant d’Aylmer, ville du sud de l’Ontario.

Pour certains conservateurs déçus, l’idée de faire perdre des sièges au PCC pourrait même être attirante.

Plusieurs conservateurs sont très mécontents du recentrage du Parti conservateur sous Erin O’Toole.

Cristine de Clercy, professeure associée de science politique à l’Université Western Ontario

Éric Grenier a une lecture similaire : il serait trop facile de prétendre que la seule naissance du parti de Maxime Bernier divise le vote.

« Ce n’est pas que l’existence du PPC qui fait perdre des votes aux conservateurs. C’est parce qu’ils ont bougé au centre et ça a donné une opportunité à Maxime Bernier », croit-il.