S’il est élu à la tête du pays, le chef conservateur Erin O’Toole entend négocier de nouveau avec Québec pour conclure une entente qui financerait les centres de la petite enfance (CPE).

La Presse Canadienne

Dans une lettre adressée au premier ministre François Legault et relayée mardi par les médias de Québecor, M. O’Toole réitère sa promesse d’une rencontre dans les 100 premiers jours d’un gouvernement conservateur pour discuter de ce dossier avec Québec.

Il y souligne que dans son cadre financier, il y a « un financement, sans condition attachée » pour le réseau des CPE, en plus d’une aide directe aux parents. Il fait ainsi référence au fait que les ententes avec les provinces sur les garderies seraient maintenues pour un an, en 2021-2022. Pour les années subséquentes, les conservateurs reprennent 26,7 milliards des 30 milliards budgétés par les libéraux pour cinq ans pour un programme national de garderies. C’est dans ces 30 milliards que les libéraux calculaient 6 milliards pour Québec, sans condition.

« Dans les 100 premiers jours d’un gouvernement conservateur, je m’assoirai avec vous pour conclure une entente qui permettra à Québec et à Ottawa d’atteindre leurs objectifs respectifs, qui respectera à la fois les priorités du Québec en matière de garde d’enfants, ainsi que les devoirs du gouvernement fédéral envers les autres provinces dans le domaine », a écrit le chef conservateur.

Sans détailler les sommes, le chef du Parti conservateur indique dans sa lettre que son cadre financier prévoit « de l’argent pour de futures ententes avec les provinces ».

En point de presse, mardi avant-midi, il a refusé de mettre un chiffre sur ses intentions. Il a plutôt rappelé son crédit d’impôt pour les familles, mesure qui remplacerait le programme national libéral de garderies à moins de 10 $ par jour.

« Nous allons laisser les familles prendre les décisions », a-t-il répété.

« C’est avec ce fonds que j’entends honorer mon engagement de coordonner mon approche en matière de garde d’enfants avec votre priorité, soit le programme de CPE québécois qui fonctionne bien depuis plus de 20 ans », ajoute M. O’Toole dans sa lettre, reconnaissant que l’approche avec Québec sera différente en raison de son système unique au pays.

Il a également rappelé son engagement d’augmenter les transferts « sans condition » en santé et de donner plus de pouvoirs à Québec en matière d’immigration.

« Si les Canadiens et les Québécois me choisissent comme premier ministre le 20 septembre prochain, vous aurez un partenaire à Ottawa, quelqu’un qui respecte le Québec, la nation québécoise et la fierté qui vous anime. Un premier ministre qui respecte le droit des provinces de légiférer dans leurs champs de compétences, et qui ne conteste pas les lois provinciales devant un tribunal », soutient M. O’Toole dans sa lettre.

Cette déclaration survient moins d’une semaine après l’appui tacite de François Legault aux conservateurs. Pour le premier ministre québécois, la formation d’Erin O’Toole semble la plus ouverte aux revendications du Québec et la plus respectueuse des champs de compétences des provinces, contrairement aux libéraux, néo-démocrates et verts.

D’entrée de jeu dans sa lettre, M. O’Toole dit partager l’opinion de M. Legault sur l’importance de respecter les compétences provinciales. Il promet d’instaurer « un fédéralisme de partenariat », s’il devient premier ministre du Canada le 20 septembre.

« Les années où Ottawa croyait pouvoir dicter aux provinces quoi faire seront résolument derrière nous », conclut-il.

Questionné mardi à savoir si les autres provinces pourraient aussi demander une utilisation différente des fonds fédéraux dédiés aux garderies, M. O’Toole a affirmé vouloir discuter avec les gouvernements provinciaux.

« On va adopter une approche axée sur le fédéralisme de partenariat suite à la négligence de M. Trudeau. Je vais travailler avec toutes les provinces pour négocier les transferts », a-t-il réitéré en point de presse, en Ontario.

M. O’Toole n’a pas précisé si d’autres premiers ministres provinciaux avaient aussi reçu une lettre similaire à celle envoyée à M. Legault.

Modifié « encore une fois »

Aux yeux de son rival libéral, la lettre représente une tentative de M. O’Toole pour modifier « encore une fois » son programme électoral, parce qu’on le voit « lutter pour des choses qui ne sont pas les priorités des Canadiens et des Québécois ».

« Depuis des semaines et des mois, il dit qu’il va annuler nos accords sur les garderies. Et c’est dans sa plateforme qu’il ne va pas honorer les six milliards de dollars que nous envoyons sans conditions au Québec », a commenté Justin Trudeau, en point de presse mardi.

« Il n’est pas là pour défendre nos valeurs, pour lutter pour nos priorités », a ajouté le chef libéral.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet n’y voit pour sa part aucune nouvelle annonce dans la lettre de M. O’Toole. « Ça reste Erin O’Toole, ça reste les conservateurs. Ça reste des valeurs qui ne vont pas dans le sens de celles du Québec. On dirait que les positions des conservateurs bougent au gré des sondages », a-t-il soutenu, mardi.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a dit qu’il garderait l’entente de six milliards avec Québec, s’il devenait premier ministre. « On veut mieux investir dans les services de garde. Au Québec, il y a aussi des enjeux où les gens ne peuvent pas trouver des places à cause du manque de financement », a-t-il déclaré.